Pour la première fois, des scientifiques ont mobilisé des manchots de Magellan comme auxiliaires de recherche en équipant ces oiseaux marins de bracelets électroniques. L’objectif ? Analyser la présence de PFAS, ces polluants éternels résistants à toute dégradation naturelle, dans les eaux de la côte argentine. Ouest France révèle que cette initiative a permis de détecter ces substances chimiques jusque dans des zones reculées de la Patagonie, où l’influence humaine est pourtant limitée.
Ce qu'il faut retenir
- Une étude inédite a utilisé plusieurs dizaines de manchots de Magellan équipés de capteurs pour mesurer la pollution aux PFAS en Patagonie.
- Les chercheurs ont confirmé la présence de ces polluants éternels dans des zones éloignées, loin des sources industrielles directes.
- Les PFAS, utilisés depuis les années 1950 dans divers produits, sont aujourd’hui interdits ou limités dans plusieurs pays en raison de leur toxicité.
- Cette méthode d’échantillonnage in situ offre une alternative innovante aux prélèvements traditionnels en mer.
Une alliance inattendue entre science et faune marine
L’idée d’utiliser des manchots comme « scientifiques bénévoles » peut sembler surprenante, mais elle s’inscrit dans une démarche de plus en plus prisée par les chercheurs. Ces oiseaux, dont les déplacements couvrent plusieurs centaines de kilomètres, offrent un accès à des zones difficilement accessibles aux équipes humaines. Ouest France souligne que les capteurs fixés sur leur plumage enregistrent en temps réel des données sur la qualité de l’eau, notamment la concentration en PFAS. Ces substances, présentes dans les emballages alimentaires, les mousses anti-incendie ou encore les textiles imperméables, s’accumulent dans les organismes vivants et posent des risques sanitaires majeurs.
Les scientifiques, basés à l’Institut de recherches marines de Punta Arenas (Chili), ont ciblé des manchots se reproduisant sur la péninsule de Valdés, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Autant dire que le choix de ce terrain n’est pas anodin : cette région abrite l’une des colonies les plus denses de manchots de Magellan au monde, et son éloignement des grands centres urbains en fait un indicateur précieux de la pollution diffuse.
Des résultats alarmants mais révélateurs
Les données recueillies par les oiseaux ont révélé une présence significative de PFAS dans plusieurs zones étudiées, y compris des sites considérés comme préservés. «
Nous avons été surpris de constater que ces polluants persistent même dans des environnements où aucune activité humaine directe n’est visible», a déclaré le Dr. Ana Martínez, océanographe à la tête de l’étude. Les analyses ont montré des concentrations variables, mais certaines dépassant les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la consommation d’eau.
Les chercheurs rappellent que les PFAS, surnommés « polluants éternels » en raison de leur quasi-indestructibilité, s’accumulent dans les sols, les cours d’eau et les organismes marins. Leur impact sur la santé humaine inclut des risques accrus de cancers, de troubles hormonaux et de maladies du foie. En Patagonie, où la faune dépend largement de l’écosystème marin, cette pollution pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble de la chaîne alimentaire.
Une méthode prometteuse pour surveiller la pollution marine
Cette étude illustre une tendance croissante en écologie : l’utilisation d’animaux comme outils de surveillance environnementale. Les manchots, grâce à leur capacité à plonger à plusieurs centaines de mètres de profondeur, fournissent des échantillons d’eau à des profondeurs impossibles à atteindre par des méthodes classiques. Ouest France indique que cette approche pourrait être étendue à d’autres espèces marines, comme les otaries ou les albatros, pour cartographier la pollution à l’échelle mondiale.
Les capteurs utilisés, légers et non invasifs, enregistrent également des paramètres comme la température de l’eau, la salinité ou la présence de microplastiques. «
Cette technologie ouvre la voie à une surveillance en continu des océans, sans avoir à mobiliser des navires ou des plongeurs», a expliqué le Pr. Carlos Rojas, co-auteur de l’étude. Les données sont transmises par satellite dès que les manchots regagnent leur colonie, permettant aux scientifiques d’ajuster leurs analyses en temps réel.
Reste à savoir si cette méthode inspirera d’autres pays à adopter des solutions similaires pour surveiller leurs écosystèmes marins. Une chose est sûre : avec les manchots comme alliés, les scientifiques disposent désormais d’un atout de taille pour traquer ces polluants insaisissables.
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont qualifiés de « polluants éternels » car leur structure chimique les rend extrêmement résistantes à la dégradation naturelle. Elles peuvent persister dans l’environnement pendant des décennies, voire des siècles, et s’accumuler dans les organismes vivants. Leur élimination complète est aujourd’hui considérée comme impossible avec les technologies actuelles.