Alors que les marchés financiers restent sous haute tension en ce mois de juin 2026, la question de la dépendance de l’économie aux secteurs technologiques ou aux politiques monétaires s’impose comme un débat central. Ce mercredi 10 juin, l’émission BFM Bourse a réuni plusieurs spécialistes pour décrypter ces enjeux, à commencer par Sophie Chauvellier, gérante et responsable de la recherche économique et de l’allocation d’actifs chez Dorval Asset Management, et Alain Bokobza, responsable de la stratégie d’allocation d’actifs de Société Générale CIB. Présentée par Guillaume Sommerer, l’émission a également accueilli d’autres intervenants comme Antoine Larigaudrie, journaliste, ou encore Patrice Gautry, chef économiste chez Union Bancaire Privée, selon BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux experts de la gestion d’actifs, Sophie Chauvellier (Dorval AM) et Alain Bokobza (Société Générale CIB), ont débattu ce 10 juin sur l’influence respective de la tech et des taux monétaires sur l’économie.
  • Les débats ont porté sur la capacité des secteurs technologiques à tirer la croissance, mais aussi sur l’impact des politiques monétaires, notamment celui de la BCE dont une hausse des taux est largement anticipée.
  • Plusieurs sujets connexes ont été abordés : l’autonomie énergétique de l’Europe, les seuils techniques des marchés, ou encore la fiabilité des « résultats ajustés » des entreprises, jugée peu crédible par Charles Monot (Monocle AM).
  • Les experts ont aussi évoqué les retards dans la production de l’A320 chez Airbus et les défis industriels du géant européen.
  • Enfin, la question de la souveraineté boursière de l’Europe a été soulevée, avec une réflexion sur le rôle des agences de notation et des marchés des capitaux.

Une économie tiraillée entre innovation technologique et politique monétaire

Alors que l’inflation persiste aux États-Unis et que la Banque centrale européenne (BCE) s’apprête à relever ses taux — une décision déjà largement anticipée par les marchés — le débat sur les leviers de l’activité économique s’est intensifié. Sophie Chauvellier, de Dorval AM, a souligné que « les avancées technologiques restent un moteur essentiel de la productivité, notamment dans des secteurs comme l’IA ou les semi-conducteurs ». Elle a rappelé que les géants du numérique, malgré les tensions géopolitiques, continuent de peser lourd dans les indices boursiers et les perspectives de croissance.

De son côté, Alain Bokobza, de Société Générale CIB, a tempéré cet optimisme en insistant sur le rôle des taux monétaires. « Les politiques des banques centrales restent déterminantes, a-t-il déclaré. Une hausse des taux, même modérée, peut freiner l’investissement des entreprises et peser sur la consommation ». Selon lui, l’équilibre actuel dépend autant des innovations technologiques que de la stabilité monétaire.

L’Europe face à ses défis industriels et énergétiques

Parmi les sujets abordés lors de l’émission, la question de la souveraineté économique de l’Europe a occupé une place centrale. Marc Lefèvre, head of Western Europe chez Scope Group, a mis en lumière le besoin croissant d’autonomie énergétique du continent. « L’Europe ne peut plus dépendre à 50 % des énergies fossiles, a-t-il expliqué. Cela passe par un renforcement des énergies renouvelables et une intégration plus poussée des marchés des capitaux ». Il a également pointé du doigt le rôle des agences de notation européennes, qu’il juge « trop influencées par les acteurs américains ».

Côté industriel, les experts ont pointé les difficultés rencontrées par Airbus dans la production de son modèle phare, l’A320. Antoine Larigaudrie, journaliste chez BFM Business, a indiqué que le groupe pourrait ne pas atteindre son objectif de production en 2026 en raison de retards logistiques et de pénuries de composants. « Jefferies a récemment dégradé sa recommandation sur Soitec, un fournisseur clé de semi-conducteurs pour Airbus, en raison d’un ralentissement de son chiffre d’affaires », a-t-il précisé. Par ailleurs, l’alternative au projet SCAF (Système de Combat Aérien du Futur) a également été évoquée comme un défi supplémentaire pour le secteur aéronautique européen.

Marchés financiers : seuils techniques et scepticisme sur les résultats ajustés

Dans un autre volet de l’émission, Romain Daubry, consultant pour Bourse Direct, a analysé les seuils techniques à surveiller sur les marchés. Il a notamment pointé la configuration graphique d’Hermès, dont l’action reste sous pression malgré sa réputation de valeur refuge. « Le titre pourrait tester un support clé à 1 200 euros, a-t-il indiqué. Une cassure en dessous pourrait entraîner une correction plus large ».

Côté comptabilité, Charles Monot, advisor chez Monocle Asset Management, a démonté le mythe des « résultats ajustés » souvent mis en avant par les entreprises. Dans le cadre du Bullshitomètre de l’émission, il a clairement affirmé que « ces ajustements sont loin d’être fiables. Ils permettent trop souvent de masquer la réalité financière des groupes ». Une critique qui rappelle les débats récurrents sur la transparence des bilans en Europe.

Inflation américaine et anticipations des marchés

L’inflation aux États-Unis a également été au cœur des discussions. Patrice Gautry, chef économiste chez Union Bancaire Privée, a confirmé une hausse des prix à la consommation en mai 2026, confirmant une tendance de fond. « L’inflation sous-jacente reste persistante, ce qui limite la marge de manœuvre de la Fed », a-t-il souligné. Dans ce contexte, la BCE devrait, selon les consensus, procéder à une nouvelle hausse de ses taux d’intérêt d’ici l’été, une décision qui pourrait peser sur la croissance européenne.

Le rôle de la Bourse dans la souveraineté européenne

Enfin, Marc Lefèvre a défendu l’idée que la Bourse pourrait devenir un véritable levier de souveraineté pour l’Europe. « Un marché des capitaux unifié permettrait de financer l’innovation et les transitions énergétiques sans dépendre des capitaux américains ou asiatiques », a-t-il argumenté. Il a également rappelé que les agences de notation européennes, comme Scope Group, devaient gagner en indépendance pour éviter les biais géopolitiques.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour les marchés. La décision de la BCE sur les taux, attendue d’ici fin juin, pourrait déclencher une volatilité accrue. Côté entreprises, les résultats du deuxième trimestre 2026 seront scrutés de près, notamment ceux des géants technologiques dont la performance reste cruciale pour la croissance mondiale. Enfin, les annonces d’Airbus sur sa production d’A320 pourraient donner des indications sur la santé réelle du secteur aéronautique européen.

Ce débat entre innovation technologique et politique monétaire illustre bien les défis auxquels font face les économies modernes. Si la tech reste un moteur de croissance, son succès dépendra largement de la stabilité des taux et de la capacité des États à soutenir les transitions industrielles et énergétiques. Autant dire que les prochains mois seront déterminants.

Selon Charles Monot (Monocle AM), ces ajustements sont souvent utilisés pour « embellir » les bilans financiers en excluant des éléments ponctuels ou exceptionnels. « Ils manquent de transparence, a-t-il déclaré. Les investisseurs n’ont pas toujours accès aux données brutes, ce qui fausse leur analyse ». Cette pratique, bien que légale, est régulièrement pointée du doigt par les régulateurs et les associations d’investisseurs.