La Confédération française de l'encadrement-Confédération générale des cadres (CFE-CGC), quatrième syndicat de France, s’apprête à tourner une page de son histoire. François Hommeril, qui en a assuré la présidence pendant une décennie, passera officiellement le relais à Christelle Thieffinne lors du 39e congrès du syndicat, qui se tient cette semaine à Strasbourg. Selon BFM Business, cette transition s’inscrit dans un contexte de progression constante de la CFE-CGC, qui talonne désormais Force Ouvrière (FO) et pourrait, à terme, ravir la troisième place aux grandes centrales historiques.
Ce qu'il faut retenir
- La CFE-CGC, dirigée par François Hommeril depuis 2016, atteint 12,94 % des voix aux dernières élections professionnelles (2025), contre 10,69 % en 2017, ce qui la place en quatrième position des syndicats français, juste derrière FO (14,90 %).
- Christelle Thieffinne, quinquagénaire issue de Thales et de la Fédération de la métallurgie, sera seule candidate à la présidence après le retrait de Frédéric Guyonnet et Christophe Roth en février 2026.
- Avec 21,75 % des voix dans le collège des cadres, la CFE-CGC est déjà le premier syndicat dans ce secteur, devant la CFDT et la CGT.
- François Hommeril quitte ses fonctions à 64 ans, après avoir vu le nombre d’adhérents progresser de 15 % tous les quatre ans.
- William Viry-Allemoz, ancien secrétaire général de la CFE-CGC Énergie, deviendra secrétaire général, tandis que Farida Karad conserve son poste de trésorière.
- La nouvelle direction souhaite poursuivre une stratégie de « continuité », tout en maintenant une ligne intersyndicale sur les grands sujets sociétaux.
Une décennie de progression sous l’ère Hommeril
François Hommeril quitte la présidence de la CFE-CGC après dix ans de mandat marqués par une croissance régulière du syndicat. Selon ses propres termes, il a « eu la chance immense d’être président pendant 10 ans et de constater que l’organisation croît en représentation et en nombre d’adhérents de l’ordre de 15 % tous les quatre ans ». Cette progression s’explique en partie par l’augmentation de la part des cadres dans la population active, un vivier naturel pour le syndicat. « Évidemment, ce n'est pas totalement décorrélé du fait que la population des cadres augmente dans les grandes entreprises », a-t-il reconnu auprès de BFM Business.
À l’issue des dernières élections professionnelles, conclues début 2025, la CFE-CGC a enregistré un score de 12,94 %, contre 10,69 % en 2017. Ce résultat lui permet de se classer quatrième au niveau national, derrière la CFDT, la CGT et FO (14,90 %). Mais les ambitions sont claires : talonner, puis dépasser Force Ouvrière. « Je me dis toujours que les courbes vont se croiser un jour », a confié Christelle Thieffinne, qui reprend le flambeau. La syndicaliste, qui insiste sur la « continuité » de l’action menée, estime que « le syndicalisme chez les cadres se porte mieux que le syndicalisme en général pour l’ensemble des salariés ».
Christelle Thieffinne, une héritière désignée
Christelle Thieffinne, 50 ans, n’est pas une inconnue au sein de la CFE-CGC. Depuis 2023, elle occupait le poste de secrétaire nationale à la protection sociale, un rôle clé qui l’a notamment amenée à participer aux négociations sur la réforme des retraites en 2025. Son profil, marqué par une expérience chez Thales et au sein de la Fédération de la métallurgie, en fait une figure crédible pour incarner la poursuite de la dynamique engagée par François Hommeril. « Je m’inscris dans la continuité », a-t-elle assuré, tout en promettant de « faire attention à ce que les sujets sur lesquels on ne s’entend pas n’abîment pas les endroits où on est d’accord » dans le cadre des intersyndicales.
Sa nomination intervient après le retrait, en février 2026, de deux autres candidats pressentis : Frédéric Guyonnet, dirigeant du Syndicat national de la Banque, et Christophe Roth, membre du syndicat de policiers Alliance et ancien président de l’AGEFIPH. Une situation qui illustre l’unité relative autour de la nouvelle présidente, même si Hommeril a récemment critiqué la participation de responsables d’Alliance à une manifestation controversée en janvier 2026, aux côtés de figures de l’extrême droite. Malgré ses réserves, il a défendu l’appartenance du syndicat policier à la CFE-CGC, qui revendique 30 000 adhérents sur les 180 000 que compte la confédération.
Une ligne syndicale élargie aux enjeux sociétaux
Si la CFE-CGC reste ancrée dans les négociations salariales et les conditions de travail, son action s’étend désormais à des sujets de société. Le syndicat s’est ainsi exprimé sur le logement, les droits des LGBT+, le changement climatique, l’égalité des chances ou encore la lutte contre le racisme au travail. Un engagement qui tranche avec les positions de certains de ses partenaires. Par exemple, la CFE-CGC n’a pas signé la dernière convention d’assurance chômage en raison de son opposition à la dégressivité des allocations pour les plus hauts revenus. Elle a en revanche soutenu le mouvement contre la réforme des retraites et participé, en septembre 2025, à une journée nationale de mobilisation contre l’austérité budgétaire.
Cette ouverture reflète une volonté de modernisation, à l’image des autres grandes centrales. Avec Marylise Léon à la CFDT et Sophie Binet à la CGT, trois des cinq syndicats représentatifs seront dirigés par des femmes à compter de juin 2026. Une évolution symbolique, alors que la CFE-CGC mise sur l’attractivité auprès des jeunes cadres et des nouvelles générations de travailleurs.
Un héritage marqué par des tensions internes
Le mandat de François Hommeril n’a pas été exempt de controverses. En janvier 2026, la présence de Marion Maréchal, eurodéputée d’extrême droite, et de Sarah Knafo, candidate à la mairie de Paris pour le même camp politique, en tête d’une manifestation organisée par Alliance, a provoqué un malaise au sein du syndicat. « Certains dans mon organisation considèrent que c’est un dérapage, mais Alliance respecte les statuts. Nos statuts, c’est l’indépendance totale avec les partis politiques », avait expliqué Hommeril. Il avait alors justifié cette tolérance par la nécessité de ne pas « exclure » des forces vives : « Je préfère que Alliance Police nationale soit à la CFE-CGC plutôt qu’à l’extérieur ».
Ces tensions révèlent les défis auxquels devra faire face Christelle Thieffinne. Dans un paysage syndical fragmenté, où les alliances stratégiques sont souvent éphémères, la nouvelle présidente devra naviguer entre fermeté idéologique et pragmatisme pour consolider la place de la CFE-CGC. Une tâche d’autant plus ardue que le syndicat, bien que dynamique, reste minoritaire face à des géants comme la CFDT ou la CGT.
Reste à voir si la CFE-CGC parviendra à franchir un cap historique ou si, à l’instar de ses prédécesseurs, elle restera prisonnière d’un entre-deux, trop réformiste pour les traditionalistes, trop ancrée pour les modernistes. Une chose est sûre : sous la direction de Thieffinne, la confédération des cadres entend jouer un rôle central dans le dialogue social des années à venir.
Christelle Thieffinne sera officiellement investie lors du 39e congrès à Strasbourg les 11 et 12 juin 2026. Son premier objectif sera de structurer une équipe dirigeante stable, avec William Viry-Allemoz comme secrétaire général. Elle devra également préparer les prochaines élections professionnelles, dont la date n’a pas encore été annoncée, pour tenter de dépasser Force Ouvrière et viser la troisième place du paysage syndical français.
La CFE-CGC s’est opposée à la dégressivité des allocations pour les plus hauts revenus, une mesure qu’elle juge injuste pour les cadres et les professions intermédiaires. Ce désaccord l’a conduite à ne pas valider la convention, malgré son soutien global à la réforme du chômage. Ce positionnement illustre sa volonté de défendre les intérêts spécifiques de ses adhérents, même au risque de s’isoler partiellement.