Selon Franceinfo - Culture, la plage de Nonza, nichée au pied d’un village médiéval perché à 1350 mètres d’altitude dans le Cap Corse, se distingue par son ruban de galets sombres et son atmosphère unique. Ce site, à la fois discret et chargé d’histoire, attire chaque jour des visiteurs en quête de calme et d’authenticité, loin des plages surpeuplées de l’île de beauté.
Ce qu'il faut retenir
- La plage de Nonza est composée de galets noirs et gris, résultat de décennies de rejets industriels entre 1948 et 1965.
- Le village médiéval, perché au-dessus de la plage, abrite des lieux emblématiques comme le « Café de la Tour », ouvert il y a cinquante ans.
- Florence Arrighi, artiste locale, y a réalisé une fresque en hommage à Sainte Julie, patronne de la Corse et de Nonza.
- Le maire de la commune, Jean-Marie Dominici, souligne l’émotion que suscite ce paysage depuis la tour de guet, édifiée à l’époque de Pasquale Paoli.
Un décor façonné par l’histoire industrielle
La plage de Nonza, aujourd’hui considérée comme une curiosité naturelle, doit son aspect singulier à un passé industriel lourd de conséquences. Entre 1948 et 1965, une mine d’amiante a rejeté des tonnes de déchets dans la mer, transformant le paysage local. Les résidus se sont mélangés aux galets, donnant naissance à cette plage unique, à la fois sombre et silencieuse. Si cette période a marqué l’histoire du village, elle a aussi laissé des séquelles : des dizaines d’ouvriers sont décédés des suites de leur exposition à l’amiante, et des centaines en ont conservé des séquelles.
Pourtant, ce désastre écologique a involontairement façonné un décor que certains qualifient de « cathédrale naturelle ». Florence Arrighi, artiste originaire de la région, en témoigne : « Ce que j’aime beaucoup, c’est le son des galets en eux-mêmes. C’est justement ce qui donne à cette plage une charge émotionnelle qui l’apparente à une sorte de cathédrale. On a une impression d’être dans quelque chose qui est bien plus grand que soi. » Elle précise : « Moi je la vois comme ça, c’est pour ça que je l’aime. »
Un village médiéval et un café centenaire
Perché sur un promontoire rocheux, le village de Nonza est l’un des plus anciens de Corse. Ses ruelles pavées et ses maisons en pierre, blotties les unes contre les autres, offrent un cadre pittoresque. À ses pieds, la plage s’étend comme un ruban noir, contrastant avec la clarté de la mer Tyrrhénienne. Au cœur de ce village, le « Café de la Tour » incarne une partie de son histoire. Fondé il y a cinquante ans, il est l’un des plus anciens établissements de Nonza. Francis Lovati, son fondateur, raconte : « Je l’ai connu avant la plage. C’est le plus vieux du village. La plage, je l’ai vue grandir. Elle n’y était pas quand je suis né. L’eau arrivait et la végétation commence. Il n’y avait rien, des rochers. On allait d’un rocher à l’autre. »
Le café, ombragé par de vieux platanes, est devenu un lieu de rencontre incontournable. Les visiteurs s’y attardent pour profiter d’une vue imprenable sur la plage et discuter avec les habitants, fiers de leur patrimoine. Parmi les attractions récentes, une fresque en l’honneur de Sainte Julie, patronne de la Corse, a été réalisée par Florence Arrighi. Elle souligne : « La plage est un espace où la nature et l’histoire se rencontrent. »
Une destination préservée du tourisme de masse
Nonza attire des visiteurs en quête d’authenticité. Contrairement aux plages bondées du sud de la Corse, celle de Nonza reste peu fréquentée, en raison de son accès difficile et de l’absence de parasols ou d’aménagements touristiques massifs. Les touristes qui s’y aventurent décrivent un havre de paix, où « tout ce que la Corse peut offrir est ici : la paix de l’esprit, un petit bout de paradis », comme l’explique l’un d’eux. Une jeune touriste ajoute : « Le village juste au-dessus, magnifique, la clarté de l’eau, magnifique. Sans être turquoise, c’est pour ça qu’il n’y a jamais personne. »
L’accès à la plage se fait soit par une descente depuis la route, soit en gravissant les cent soixante mètres qui séparent le village de la côte. Une fois sur place, le spectacle des galets noirs sous les rayons du soleil levant ou couchant fascine. Jean-Marie Dominici, maire de Nonza, observe chaque jour ce paysage depuis la tour de guet, construite à l’époque de Pasquale Paoli, père de l’indépendance corse. Il confie : « Je la regarde tous les jours. On ne se lasse pas, on ne se lasse jamais. C’est quelque chose qui n’est pas inexplicable. Ça relève de l’émotion. On est remplis par cet espace. »
Alors que le soleil se lève chaque jour sur cette « perle noire », les habitants et les visiteurs continuent de s’émerveiller devant ce paysage hors du temps. Jean-Marie Dominici résume cette fascination : « Il n’y a pas que la plage, il y a la mer. Et nous sommes dans le Cap Corse. Donc la mer, c’est notre identité. »
Aujourd’hui, aucun risque pour la santé n’est identifié. Les résidus d’amiante, bien que présents dans les galets, sont considérés comme stables et ne présentent pas de danger en conditions normales d’exposition.