Le 13 novembre 2013, Louis Greth, 14 ans, était retrouvé sans vie dans un corps de ferme à Pontpoint (Oise). Pendu à une poutre, son décès avait d’abord été qualifié de suicide par les autorités, avant que l’enquête ne soit réorientée vers la piste d’un homicide volontaire. Douze ans plus tard, sa mère, Sylvie Kellens, dénonce toujours l’inertie de l’instruction et demande que le dossier soit transmis au pôle « cold case » de Nanterre, afin d’obtenir des réponses définitives. Selon BFM – Faits Divers, l’enquête pour homicide volontaire, ouverte en 2021, reste au point mort, malgré des éléments troublants.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 13 novembre 2013, Louis Greth, 14 ans, est retrouvé pendu dans un corps de ferme à Pontpoint (Oise). Son décès avait d’abord été classé comme un suicide avant d’être requalifié en homicide volontaire en 2021.
  • Sa mère, Sylvie Kellens, dénonce une inertie de l’instruction et craint un classement sans suite. Elle demande que le dossier soit confié au pôle « cold case » de Nanterre.
  • Plusieurs indices, dont un ADN masculin non identifié et des traces de brûlure sur le corps de l’adolescent, suggèrent l’intervention d’un tiers.
  • Une pétition lancée par Sylvie Kellens en mai 2026 a recueilli un soutien croissant pour faire avancer l’enquête.

Un drame qui a bouleversé une famille et une enquête aux conclusions contestées

Le samedi 13 novembre 2013, Louis Greth quitte la maison familiale de Pontpoint (Oise) avec son chien, pour nourrir une chèvre dans le corps de ferme situé à une centaine de mètres. Sa mère, Sylvie Kellens, garde en mémoire cette dernière image de son fils vivant : « La porte au bout de l’allée, surplombée de glycines, se referme sur lui », confie-t-elle. Quelques minutes plus tard, elle découvre son corps pendu dans l’appentis du bâtiment. Malgré ses tentatives de réanimation, Louis est déclaré mort sur place par les secours.

À l’époque, l’enquête ouverte en « recherche des causes de la mort » avait conclu à un suicide, sans autopsie ni analyse médico-légale approfondie. Pourtant, Sylvie Kellens n’a jamais cru à cette version. « Ce n’est pas Louis. Louis, c’était la vie », affirme-t-elle. « Tous ceux qui le connaissaient sont d’accord pour dire qu’il n’aurait jamais attenté à sa vie. » L’adolescent, scolarisé en classe de troisième, préparait même ce jour-là un projet scolaire avec un camarade et avait prévu de dormir chez lui le soir même.

Des indices troublants qui remettent en cause la thèse du suicide

Plusieurs éléments ont depuis convaincu Sylvie Kellens et son avocate, Me Najwa El Haïté, que le décès de son fils n’était pas un suicide. Le premier concerne le poêle à pellets situé dans la pièce où Louis a été retrouvé. En novembre, les températures sont basses, et la mère de famille avait pour habitude de mettre en marche le chauffage d’appoint. Pourtant, en arrivant sur place, elle constate que le poêle est rempli de granulés, mais que le couvercle est resté ouvert. « Il ne l’a pas mis en route, je ne comprends pas pourquoi, et ça m’alerte », explique-t-elle.

Autre détail intrigant : l’état des lunettes de son fils, découvertes à ses pieds. « Le filant est cassé et le verre droit n’est pas brisé mais désolidarisé de la monture. C’est comme si on avait marché dessus », analyse Me Najwa El Haïté. Par ailleurs, une brûlure de cigarette sur l’avant-bras gauche de Louis, relevée lors de l’exhumation de son corps pour autopsie, interroge également. « Louis ne fumait pas. Personne ne fume chez nous », précise sa mère. Enfin, la trace laissée par la corde sur le cou de l’adolescent semble atypique : « Normalement, quand vous vous pendez, la trace va vers le haut. Là, au contraire, elle contourne le cou », souligne l’avocate.

Un ADN non identifié et un véhicule suspect : les pistes qui n’ont pas abouti

En 2018, un ADN masculin a été identifié dans le cadre d’une affaire de vol à la roulotte commise non loin de la ferme de Pontpoint. Cet ADN correspond à celui retrouvé sur la lanière ayant servi à la pendaison de Louis Greth. Un « élément extrêmement important », selon Me Najwa El Haïté. Pourtant, cet ADN ne correspond à aucun profil connu des services de police ou de justice. En 2021, le dossier, classé sans suite en 2018, est rouvert pour homicide volontaire. Des analyses complémentaires sur cet ADN ont été ordonnées par le parquet de Senlis, mais les résultats se font toujours attendre, près de trois ans après.

Un autre élément a retenu l’attention des enquêteurs : un utilitaire blanc, aperçu par plusieurs témoins le jour des faits. Une voisine a déclaré avoir vu ce véhicule garé dans la cour du corps de ferme, portail grand ouvert, le samedi 13 novembre. Un sapeur-pompier a confirmé cette observation quelques mois plus tard. Sylvie Kellens émet l’hypothèse que son fils ait pu être victime d’un cambriolage qui aurait mal tourné. « Ils ouvrent le portail, Louis est affairé au poêle à pellets. Il entend le bruit, jette un œil et voit des individus qui se garent. Il leur dit : *Vous n’avez rien à faire là, dégagez* », explique-t-elle.

Le combat d’une mère pour obtenir justice et vérité

Depuis plus de douze ans, Sylvie Kellens se bat pour que la vérité éclate. Entre les nuits passées à étudier le dossier d’enquête et les heures passées sur la tombe de son fils, elle refuse catégoriquement l’idée d’un classement sans suite. « Comment peut-on bâcler une enquête sur la mort d’un enfant ? Où est l’humain, là-dedans ? Je n’accepterai jamais le classement : tant qu’on ne trouve pas, on cherche », déclare-t-elle. Son avocate, Me Najwa El Haïté, abonde dans ce sens : « C’est le combat d’une mère pour la manifestation de la vérité concernant l’homicide volontaire sur son fils. C’est la lassitude d’une maman qui attend depuis plusieurs années des pistes, d’autant qu’on a des éléments sérieux qui prouvent que c’est l’intervention d’un tiers qui a retiré la vie à son fils. »

Face à l’inaction perçue, Sylvie Kellens a lancé une pétition le 12 mai 2026, demandant que le dossier soit transmis au pôle « cold case » de Nanterre. Ce pôle, spécialisé dans les affaires criminelles non élucidées, pourrait donner un coup d’accélérateur à l’enquête. Selon Me Najwa El Haïté, « les critères retenus par le pôle pour accepter un tel dossier sont réunis : l’ancienneté de l’affaire et une certaine complexité, car vous avez deux affaires qui s’entrechoquent. » Une magistrate du pôle aurait même indiqué à l’avocate, en début d’année, être prête à reprendre le dossier si le parquet de Senlis s’en dessaisissait.

Et maintenant ?

Pour l’heure, le parquet de Senlis souhaite conserver la main sur l’enquête, tant que des investigations sont en cours. Le procureur de la République de Senlis n’a pas répondu aux sollicitations de BFM – Faits Divers concernant une éventuelle transmission du dossier. Si le transfert vers le pôle « cold case » de Nanterre était acté, les prochaines étapes pourraient inclure de nouvelles analyses ADN ou des auditions complémentaires. En attendant, Sylvie Kellens et son avocate espèrent que la pression médiatique et citoyenne permettra enfin d’obtenir des réponses.

Pour la mère de Louis, l’enjeu dépasse la simple quête de vérité : « Je voudrais ne plus avoir ce fardeau sur le dos. Je voudrais qu’on respecte mon fils, qu’on me respecte. Mon fils ne méritait pas ça. Ce n’était pas un ange, mais c’était un petit mec bien. Je n’en aurais pas voulu d’autre. »

Le dossier a été rouvert en 2021 pour homicide volontaire, après avoir été classé sans suite en 2018. Selon Me Najwa El Haïté, les critères du pôle « cold case » de Nanterre – ancienneté et complexité de l’affaire – sont désormais remplis. Cependant, le parquet de Senlis a choisi de conserver l’enquête, estimant que des investigations étaient encore en cours.