D’après Cryptoast, l’écart historique entre Bitcoin et Ethereum, souvent évoqué sous le terme de « flippening », n’est plus la seule compétition majeure sur le marché des cryptomonnaies. Désormais, c’est l’USDT de Tether qui se rapproche dangereusement d’Ethereum en termes de capitalisation, un revirement qui illustre l’ascension des stablecoins dans l’écosystème crypto.
Ce qu'il faut retenir
- La capitalisation d’Ethereum s’élève à 199,8 milliards de dollars, tandis que celle de l’USDT atteint 187,3 milliards de dollars.
- Pour que l’ETH dépasse l’USDT, son prix devrait être multiplié par six sans variation du BTC, ou chuter de 6,3 % pour que l’USDT le devance.
- Les stablecoins représentent désormais plus de 315 milliards de dollars de capitalisation totale, avec une domination de l’USDT proche de 59 %.
- Les stablecoins sont devenus un outil clé pour les paiements transfrontaliers et l’accès au dollar dans les pays à monnaie instable.
Le « flippening » Ethereum-Bitcoin s’éloigne, place à la compétition USDT-ETH
Pendant des années, le « flippening » a symbolisé le scénario où Ethereum dépasserait Bitcoin en capitalisation boursière. Pourtant, comme le rapporte Cryptoast, cette rivalité s’est estompée au profit d’une nouvelle confrontation : celle entre l’USDT de Tether et l’ETH. Avec une capitalisation de 187,3 milliards de dollars contre 199,8 milliards pour Ethereum, l’écart n’est plus que de 12,5 milliards de dollars, un chiffre qui pourrait s’inverser en cas de baisse modérée du prix de l’Ether.
Bitcoin conserve néanmoins la première place avec une capitalisation de 1 240 milliards de dollars, soit six fois supérieure à celle d’Ethereum. Pour que ce dernier rattrape son retard, son prix devrait atteindre 6 277 dollars – un objectif bien plus élevé que les 1 655 dollars actuels. Autant dire que le « flippening » historique semble désormais hors de portée.
Les stablecoins, nouveaux acteurs centraux de l’écosystème crypto
L’ascension des stablecoins, ces cryptomonnaies indexées sur des actifs stables comme le dollar, marque un tournant dans l’utilisation des blockchains. Selon Cryptoast, leur capitalisation totale dépasse désormais 315 milliards de dollars, avec une prédominance écrasante de l’USDT (près de 59 %). Ces actifs ne servent plus uniquement de pont entre deux trades, mais constituent une couche permanente de liquidité et de règlement, essentielle pour les échanges, les transferts internationaux ou l’accès au dollar dans les pays où la monnaie locale est instable.
Leur succès repose sur une promesse simple : offrir une stabilité de valeur tout en permettant des transactions rapides sur des blockchains publiques. « Les stablecoins ne promettent pas une hausse de prix, mais un usage concret : conserver une unité de compte stable et la déplacer rapidement », explique un analyste cité par Cryptoast. Cette évolution contraste avec les cycles précédents, marqués par des phases spéculatives autour des NFT ou de la finance décentralisée (DeFi), dont l’activité s’est souvent effondrée après des pics de popularité.
Une centralisation croissante au sein des blockchains
Si les stablecoins renforcent l’utilité des blockchains, ils introduisent aussi une forme de centralisation. L’USDT et l’USDC, émis par des entreprises privées comme Tether ou Circle, sont soumis aux régulateurs américains et peuvent geler des adresses ou bloquer des transactions. « Plus une blockchain dépend de stablecoins centralisés, plus une partie de son pouvoir économique se déplace hors de son protocole natif », souligne Cryptoast. Cette dépendance pose des questions sur l’autonomie des réseaux et leur résistance aux décisions externes, notamment en cas de fork conflictuel où ces émetteurs pourraient influencer la chaîne dominante.
Par exemple, si un hard fork d’Ethereum devait diviser la communauté, le choix de Tether ou de Circle de soutenir une version plutôt qu’une autre pourrait avoir un impact majeur sur la valorisation et l’adoption de la chaîne résultante. Une situation qui rappelle les critiques souvent adressées à la concentration du pouvoir dans le secteur crypto.
L’ETH face à l’USDT : quelles conséquences en cas d’inversion ?
Concrètement, pour que l’USDT dépasse Ethereum en capitalisation, le prix de l’ETH devrait chuter à environ 1 550 dollars, soit une baisse de 6,3 % par rapport à son niveau actuel. Une telle fluctuation n’est pas rare sur le marché crypto, mais elle soulignerait la montée en puissance des stablecoins au détriment des actifs volatils comme l’Ether. « Le « flippening » le plus proche n’est plus celui qu’attendaient les partisans d’Ethereum face à Bitcoin, mais celui d’un stablecoin centralisé face à l’actif natif d’une blockchain », analyse Cryptoast.
Cette inversion de tendance refléterait aussi un changement de paradigme : les investisseurs et utilisateurs privilégient désormais la stabilité et la liquidité offertes par les stablecoins, plutôt que la promesse de rendements élevés – mais risqués – associés à des cryptomonnaies comme l’ETH. Une tendance qui pourrait s’accentuer avec l’adoption croissante des paiements en stablecoins, notamment dans les pays émergents.
Quoi qu’il en soit, cette situation illustre une mutation profonde du marché crypto, où les actifs stables ne sont plus de simples outils de transition, mais des acteurs incontournables – au risque, pour certains, de renforcer la centralisation d’un secteur initialement conçu pour la décentralisation.
Le « flippening » désigne le scénario où une cryptomonnaie dépasse une autre en capitalisation boursière. Historiquement, il était associé à l’idée qu’Ethereum (ETH) pourrait un jour dépasser Bitcoin (BTC), en raison de son adoption dans la finance décentralisée et les smart contracts. Aujourd’hui, ce terme est aussi utilisé pour évoquer la compétition entre Ethereum et l’USDT de Tether, un stablecoin dont la capitalisation se rapproche dangereusement de celle de l’ETH.