En combinant les observations des télescopes James-Webb et Hubble, des astronomes ont mis en lumière un phénomène jusqu’ici sous-estimé : les amas stellaires les plus massifs dissipent leur nuage de gaz natal bien plus rapidement que les modèles ne le prédisaient. Selon Futura Sciences, cette découverte, publiée le 12 mai 2026 dans la revue Nature Astronomy, éclaire les mécanismes de formation des étoiles et leur impact sur l’évolution des galaxies.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 9 000 jeunes amas stellaires ont été analysés dans quatre galaxies proches de la Voie lactée : M51, M83, NGC 628 et NGC 4449.
  • Les amas les plus massifs expulsent leur gaz environnant beaucoup plus vite que prévu, sous l’effet des rayonnements intenses et des vents stellaires.
  • Cette dissipation rapide influence la formation des systèmes planétaires et la dynamique des galaxies.
  • Les observations combinées de James-Webb (infrarouge) et Hubble (visible) ont permis de suivre l’émergence des amas de leur cocon de gaz et de poussières.
  • Ces travaux pourraient aussi expliquer la réionisation de l’Univers, un événement majeur survenu quelques centaines de millions d’années après le Big Bang.

La naissance des amas stellaires : un processus encore mystérieux

Dans les galaxies comme la Voie lactée, les étoiles ne naissent presque jamais seules. Leur formation débute au sein de gigantesques nuages moléculaires, composés principalement d’hydrogène, de poussières et d’autres gaz froids. Sous l’effet de la gravité, certaines zones de ces nuages, appelées nébuleuses, s’effondrent sur elles-mêmes. La matière s’y accumule jusqu’à atteindre des températures et des pressions suffisantes pour déclencher la fusion nucléaire : une étoile vient alors de s’allumer.

Mais ce processus ne produit généralement pas une seule étoile. Les nuages se fragmentent en de multiples noyaux, donnant naissance à des groupes pouvant compter des dizaines, des centaines, voire des milliers d’étoiles. Ces ensembles, appelés amas stellaires, sont souvent éphémères. Avec le temps, les étoiles s’éloignent les unes des autres, et l’amas finit par « s’évaporer ». Les Pléiades, dans la constellation du Taureau, ou l’amas de la nébuleuse d’Orion, en sont des exemples bien connus.

James-Webb et Hubble : des télescopes complémentaires pour percer les secrets des amas

Les premières étapes de la vie des amas stellaires restent difficiles à observer. Dans leur phase précoce, les jeunes étoiles restent enfouies dans leur cocon de gaz et de poussières, qui absorbe une grande partie de la lumière visible. C’est là que les télescopes James-Webb et Hubble entrent en jeu. Selon l’étude publiée par Futura Sciences, les chercheurs ont combiné leurs observations pour analyser près de 9 000 jeunes amas stellaires répartis dans quatre galaxies situées à moins de 30 millions d’années-lumière de la Voie lactée.

Le télescope James-Webb, grâce à sa vision infrarouge extrêmement sensible, a permis de détecter des amas encore profondément cachés dans la poussière. Son homologue Hubble, lui, a observé dans le visible les amas déjà dégagés de leur environnement gazeux. En croisant ces données, les astronomes ont pu reconstituer les différentes phases de la naissance des amas, depuis leur émergence jusqu’à leur dispersion progressive.

Une évaporation accélérée par les étoiles les plus massives

Les résultats de cette étude révèlent un phénomène inattendu : les amas les plus massifs dissipent leur gaz environnant bien plus rapidement que les amas moins denses. Cette accélération s’explique par l’action des étoiles les plus massives, dont le rayonnement intense et les vents stellaires chauffent, ionisent et repoussent le gaz alentour. Peu à peu, la nébuleuse se disperse dans l’espace interstellaire, mettant fin à la phase de formation stellaire au sein de l’amas.

Cette découverte a des implications majeures. D’abord, elle éclaire le rôle des étoiles massives dans le recyclage du gaz interstellaire. Ces astres enrichissent leur environnement en éléments chimiques lourds, modifiant ainsi la dynamique des nuages voisins et influençant l’évolution des galaxies. Ensuite, elle pourrait aider à comprendre pourquoi certains systèmes planétaires ne parviennent pas à se former : si le gaz disparaît trop vite, les matériaux nécessaires à la naissance des planètes pourraient manquer.

Un éclairage sur l’histoire cosmique et la réionisation de l’Univers

Les chercheurs estiment que ce mécanisme pourrait aussi apporter des réponses à l’un des grands mystères de l’astronomie : la réionisation de l’Univers. Quelques centaines de millions d’années après le Big Bang, les premières générations d’étoiles auraient progressivement rendu l’Univers transparent à la lumière en ionisant le gaz intergalactique. Des amas massifs capables d’expulser rapidement leur gaz auraient facilité l’échappement du rayonnement ultraviolet vers l’espace, marquant la fin de l’ère dite des « âges sombres » cosmiques.

« Ces amas agissent comme des phares cosmiques, dispersant la matière environnante et permettant à la lumière de s’échapper », explique Angela Adamo, astronome à l’Université de Stockholm et coauteure de l’étude, citée par Futura Sciences. « C’est un mécanisme clé pour comprendre comment l’Univers est devenu ce que nous observons aujourd’hui. »

Et maintenant ?

Les auteurs de l’étude soulignent que ces travaux ouvrent de nouvelles pistes de recherche. Les futures observations, notamment avec James-Webb, devraient permettre d’étudier davantage de galaxies et de préciser le rôle exact de la masse, du rayonnement et de l’environnement dans l’évolution des amas stellaires. « Nous en sommes encore aux balbutiements de la compréhension de ces processus », précise Angela Adamo. « Mais chaque nouvelle donnée nous rapproche un peu plus de la réponse. »

Ces recherches pourraient aussi offrir des indices sur la naissance de notre propre Soleil, il y a environ 4,6 milliards d’années, au sein d’un ancien amas aujourd’hui disparu. Une manière de mieux cerner notre place dans l’Univers.

Pour aller plus loin : galaxies et nébuleuses sous le regard des télescopes

Cette étude s’inscrit dans une série de découvertes récentes permises par les instruments modernes. Par exemple, les données du télescope Gaia de l’Agence spatiale européenne (ESA) ont permis de cartographier en 3D les régions de formation d’étoiles de la Voie lactée, révélant des zones autrefois inaccessibles en raison de l’opacité des poussières cosmiques. Ces travaux, publiés en 2025, ont permis de mieux comprendre la structure et la dynamique de ces nuages moléculaires.

Autre exemple marquant : les images capturées par James-Webb de galaxies comme M77, où la poussière cosmique et les cœurs stellaires brillants offrent un spectacle à la fois esthétique et scientifique. Ces clichés, combinés à ceux d’Hubble, fournissent aux astronomes des outils précieux pour étudier la formation et l’évolution des étoiles et des galaxies.

Cette évaporation accélérée est principalement due à l’action des étoiles les plus massives au sein de l’amas. Leur rayonnement intense et leurs vents stellaires chauffent et ionisent le gaz environnant, le repoussant vers l’espace interstellaire. Plus l’amas est massif, plus ce phénomène est marqué, car le nombre d’étoiles massives y est généralement plus élevé.