Le marché de l'or traverse actuellement une phase de calme apparent qui pourrait bien s'avérer trompeuse, selon Benjamin Louvet, directeur des gestions matières premières chez OFI INVEST AM. Dans le cadre de sa chronique matinale diffusée ce mercredi 10 juin sur l'émission BFM Bourse, présentée par Guillaume Sommerer, l'expert a analysé les paradoxes du cours de l'once d'or, dont la stabilité relative contraste avec les tensions géopolitiques et économiques persistantes. Une analyse qui intervient alors que les investisseurs scrutent avec attention chaque variation du métal jaune, considéré comme une valeur refuge.

Ce qu'il faut retenir

  • Le cours de l'or affiche une stabilité trompeuse en juin 2026, selon Benjamin Louvet d'OFI INVEST AM ;
  • L'analyste estime que le marché sous-estime les risques géopolitiques et économiques actuels ;
  • Cette chronique a été diffusée ce mercredi 10 juin dans l'émission BFM Bourse sur BFM Business.

Une stabilité apparente qui masque des risques réels

Pour Benjamin Louvet, la relative immobilité du cours de l'or ces dernières semaines ne reflète pas la réalité des tensions mondiales. « Le marché se trompe sur l'or », a-t-il affirmé lors de son intervention. L'expert souligne que les investisseurs minimisent les risques liés aux conflits en cours, aux incertitudes économiques et aux politiques monétaires des grandes banques centrales. Autant dire que cette apparente sérénité pourrait cacher une prochaine phase de volatilité accrue. Selon lui, les fondamentaux du marché – demande physique, réserves des banques centrales et dynamique des taux d'intérêt – restent solides, mais le prix ne reflète pas ces éléments.

L'or, souvent perçu comme un actif de couverture contre l'inflation ou les crises, traverse actuellement une période de consolidation. Après avoir atteint des sommets historiques en 2024, le métal jaune oscille depuis plusieurs mois autour d'un palier technique difficile à franchir. Les analystes s'interrogent : cette stabilité est-elle durable ou le calme avant une nouvelle tempête ? Pour Louvet, la réponse penche clairement vers la seconde option.

Les raisons d'un optimisme prudent

Plusieurs facteurs expliquent l'analyse de Benjamin Louvet. D'abord, les tensions géopolitiques, notamment en Europe de l'Est et au Moyen-Orient, continuent de peser sur les marchés. Ces régions restent des zones de forte demande pour l'or, utilisé comme réserve de valeur dans des contextes d'instabilité. Ensuite, la politique monétaire des grandes économies, en particulier celle de la Réserve fédérale américaine, joue un rôle clé. Toute indication d'un assouplissement des taux pourrait relancer l'attractivité de l'or, dont le rendement n'est pas lié aux taux d'intérêt.

Enfin, la demande des banques centrales, notamment en Asie et au Moyen-Orient, reste un moteur structurel. Ces institutions continuent d'accumuler des réserves d'or, malgré un ralentissement observable depuis 2023. « Les achats des banques centrales pourraient repartir à la hausse si les conditions économiques se dégradent », a précisé Louvet. Autant d'éléments qui, selon lui, justifient une réévaluation à la hausse du cours de l'or dans les mois à venir.

Un contexte économique toujours incertain

Le diagnostic de Benjamin Louvet s'inscrit dans un environnement économique marqué par des signaux contradictoires. Aux États-Unis, les chiffres du chômage et de l'inflation, publiés début juin, montrent une économie en ralentissement progressif. Pourtant, la Réserve fédérale reste prudente quant à une baisse des taux, ce qui limite la progression de l'or, moins rémunérateur que les obligations dans un tel contexte. En Europe, la croissance économique reste atone, avec des disparités marquées entre les pays de la zone euro.

Dans ce paysage, l'or conserve une place centrale dans les portefeuilles d'investissement, même si sa performance récente est en demi-teinte. Les investisseurs institutionnels et particuliers hésitent à s'engager pleinement, préférant attendre des signaux plus clairs de la part des banques centrales ou une détérioration plus marquée des perspectives économiques. Pour Louvet, cette hésitation est précisément ce qui pourrait, à terme, déclencher un mouvement de rattrapage brutal.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient redéfinir le cours de l'or dans les prochaines semaines. La réunion de la Réserve fédérale prévue fin juin sera scrutée de près, tout comme les prochains indicateurs économiques américains et chinois. Les investisseurs surveilleront également les décisions des banques centrales en matière de réserves d'or, un sujet souvent sous-estimé mais déterminant pour la demande structurelle. Enfin, l'évolution des tensions géopolitiques, notamment en Ukraine et au Proche-Orient, pourrait jouer un rôle de catalyseur si la situation venait à s'aggraver.

Pour Benjamin Louvet, une chose est sûre : « le marché a tort de croire que l'or est en pause ». Les prochains mois pourraient confirmer cette analyse, à condition que les fondamentaux économiques et géopolitiques ne se dégradent pas davantage. Une certitude, en tout cas : l'or ne manquera pas de faire parler de lui, que ce soit par son silence ou par ses sursauts.

Cette analyse s'inscrit dans le cadre de la chronique quotidienne BFM Bourse, diffusée chaque jour de la semaine sur BFM Business. L'émission, présentée par Guillaume Sommerer, propose des décryptages économiques et financiers, avec des interventions d'experts et d'analystes du marché.

L'or est traditionnellement perçu comme une valeur refuge en raison de sa rareté, de son caractère tangible et de sa capacité à conserver sa valeur dans le temps. Contrairement aux monnaies ou aux actifs financiers, il n'est pas soumis à la dépréciation monétaire et résiste mieux aux crises économiques et géopolitiques. Historiquement, son cours tend à augmenter lorsque les marchés actions sont volatils ou lorsque les taux d'intérêt sont bas, car il ne génère pas de rendement fixe mais offre une sécurité relative.