En 2023, les Français ont investi plus de 40 milliards d’euros dans des produits structurés, ces placements financiers qui promettent de concilier protection du capital et rendements attractifs. Des noms comme « Évolution Prudent », « Sécurité Plus » ou « Rendement Garanti 5 % » rassurent les épargnants, séduits par l’idée de bénéficier d’une partie de la hausse des marchés sans risque de perte. Pourtant, selon Capital, la réalité est souvent bien différente des brochures commerciales.
Ces produits, massivement distribués par les banques et les conseillers en gestion de patrimoine, cachent en effet des mécanismes complexes et des risques mal évalués par les investisseurs. La protection du capital n’est que partielle, le rendement est conditionnel, et les frais, souvent opaques, grèvent fortement la rentabilité réelle. « Un produit structuré n’est pas un placement qu’on choisit pour son coupon affiché. Avant de regarder le rendement promis, il faut se demander ce qui se passe si le scénario défavorable se réalise », met en garde Thaïs Castang, associée de L&A Finance, citée par Capital.
Ce qu'il faut retenir
- En 2023, les Français ont investi plus de 40 milliards d’euros dans des produits structurés, selon Capital.
- La protection du capital est rarement totale et ne s’applique qu’à l’échéance, sous réserve de conserver le produit jusqu’au terme.
- Les frais (d’entrée, de gestion et marginaux) peuvent représenter jusqu’à 5 % du capital, réduisant fortement le rendement réel.
- La sortie anticipée est coûteuse et expose l’épargnant à la valeur de marché du produit au moment de la revente.
- La qualité de l’émetteur (la banque) est un critère essentiel, car un produit structuré reste une créance sur cet établissement.
Des noms rassurants, mais des mécanismes opaques
Les produits structurés séduisent par leur promesse d’un rendement garanti, souvent indexé sur la performance d’un indice boursier ou d’un panier d’actifs. Pourtant, leur fonctionnement repose sur des mécanismes financiers sophistiqués, peu accessibles au grand public. « La plupart des produits structurés offrent une protection dite à l’échéance, uniquement si vous conservez le produit jusqu’à son terme, en général six à dix ans », explique Thaïs Castang. Autrement dit, la fameuse « garantie » ne joue que si l’investisseur s’engage sur le long terme — une contrainte rarement mise en avant dans les arguments de vente.
Le rendement promis, souvent affiché en gros dans les présentations commerciales, est en réalité conditionnel. Il dépend de la performance d’un sous-jacent (indice, action, etc.) et de barrières de déclenchement : si l’indice chute au-delà d’un certain seuil, le rendement peut être réduit à néant, voire le capital partiellement perdu. « Beaucoup pensent pouvoir revendre leur produit structuré à tout moment, mais dans la pratique la sortie anticipée peut coûter cher », souligne l’experte. Revendre avant l’échéance expose en effet à la valeur de marché du produit, qui peut être bien inférieure à l’investissement initial.
Des frais qui rognent les rendements annoncés
Autre écueil majeur : la structure de coûts des produits structurés, souvent minimisée par les banques. Entre les frais d’entrée (jusqu’à 3 %), les frais de gestion annuels et la marge prélevée par l’émetteur dès la création du produit (parfois 2 à 5 % cachés), l’épargnant paie bien plus qu’il ne le pense. « Les frais sont souvent beaucoup moins visibles que les promesses de rendement. Entre les coûts intégrés au montage et les commissions versées aux distributeurs, l’épargnant ne mesure pas toujours ce qu’il paie réellement », confirme Thaïs Castang. Résultat : un produit annoncé à 6 % peut, après déduction des frais, offrir un rendement net inférieur à celui d’un simple fonds en euros.
Cette opacité des coûts est d’autant plus problématique que les produits structurés sont souvent présentés comme des solutions « sur mesure » pour les profils prudents. Or, leur complexité les rend difficilement comparables à d’autres placements, comme les fonds en euros ou les livrets réglementés. « On oublie souvent qu’un produit structuré est avant tout une créance sur une banque », rappelle Thaïs Castang. La qualité de l’émetteur devient alors un critère aussi important que celle du sous-jacent — un point rarement souligné dans les discours commerciaux.
Trois questions (au moins) à poser à votre conseiller
Pour éviter les mauvaises surprises, Capital liste les questions essentielles à poser avant de souscrire un produit structuré. Première interrogation : « Quel est le scénario de perte maximale ? » Autrement dit, jusqu’où l’indice sous-jacent peut-il chuter avant que le capital ne soit entamé ? Deuxième point crucial : « Quels sont les frais totaux, marge de la banque comprise ? » Il faut exiger une ventilation claire de tous les coûts, y compris ceux intégrés dans la structure même du produit. Enfin, « Puis-je sortir avant l’échéance et à quel coût ? » — une question souvent éludée par les conseillers, mais déterminante en cas de besoin imprévu de liquidités.
Une quatrième question, moins évidente, mérite également d’être posée : « Quel est l’état financier de l’émetteur ? » Un produit structuré, rappelons-le, est une dette de la banque envers l’investisseur. Si cette banque rencontre des difficultés, la protection du capital peut devenir caduque. L’Autorité des marchés financiers (AMF) impose d’ailleurs aux conseillers de vérifier l’adéquation du produit avec le profil de risque de l’épargnant — une obligation légale souvent oubliée dans la pratique.
Comment limiter les risques ?
Avant de se lancer, plusieurs bonnes pratiques s’imposent. D’abord, ne jamais investir dans un produit dont la structure n’est pas comprise — et exiger des explications claires de la part du conseiller. Ensuite, diversifier ses placements pour ne pas concentrer son épargne sur un seul type de produit. Enfin, comparer les rendements nets après frais avec d’autres solutions d’épargne, comme l’assurance-vie en fonds euros ou les livrets réglementés, dont les taux, bien que modestes, sont garantis.
Les produits structurés ne sont pas à proscrire en soi, mais leur souscription doit être mûrement réfléchie. Ils peuvent trouver leur place dans une stratégie d’investissement diversifiée, à condition d’être réservés à une partie minoritaire du portefeuille et à des épargnants prêts à s’engager sur le long terme. Pour les autres, les alternatives existent — et leur simplicité est souvent un gage de sécurité.
Oui. La protection du capital n’est souvent que partielle et ne s’applique qu’à l’échéance, sous réserve de conserver le produit jusqu’au terme. Si l’indice de référence chute au-delà d’un certain seuil, le capital peut être partiellement perdu. De plus, une sortie anticipée expose à la valeur de marché du produit, qui peut être inférieure à l’investissement initial.