Une étude de l’Observatoire de la visibilité IA, publiée en juin 2026, révèle que 97 % des sources citées par les assistants conversationnels (ChatGPT, Gemini, Claude et Perplexity) pour recommander des cliniques esthétiques en France sont issues d’établissements ou d’annuaires commerciaux. Selon Numerama, cette enquête met en lumière un système où les recommandations médicales reposent majoritairement sur des contenus auto-promotionnels plutôt que sur des avis indépendants.
Ce qu'il faut retenir
- 97 % des sources citées par les IA pour les cliniques esthétiques en France ne sont pas indépendantes
- Seulement 2,6 % des références proviennent de sources neutres (presse, Wikipédia, organismes professionnels)
- 77 % des citations renvoient aux sites des cliniques elles-mêmes, 19 % à des annuaires commerciaux
- La Clinique des Champs-Élysées domine largement les résultats avec 7,3 % des mentions nationales
- Les moteurs d’IA privilégient les établissements les plus visibles en ligne, indépendamment de la qualité médicale
Pour évaluer la fiabilité des recommandations des assistants conversationnels, l’Observatoire de la visibilité IA a analysé 6 438 sources citées par ChatGPT, Gemini, Claude et Perplexity en réponse à 52 questions posées trois fois chacune. Résultat : seulement 167 références sur les 6 438 analysées proviennent de sources indépendantes. Parmi elles, 0,1 % sont issues de la presse, 0,7 % de Wikipédia et 1,8 % d’organismes professionnels. 97 % des sources sont donc des contenus auto-promotionnels ou des agrégateurs commerciaux.
Des recommandations biaisées par la visibilité en ligne
L’étude souligne que les IA priorisent les établissements disposant d’une forte présence numérique. La Clinique des Champs-Élysées, par exemple, capte à elle seule 7,3 % des mentions nationales, devant 445 autres établissements. Ce phénomène s’explique par une mécanique simple : la clinique publie sur son site qu’elle est une référence, l’IA lit cette page (crpce.com, source la plus citée avec 321 occurrences), puis la recommande comme étant la meilleure. 74 fois, les quatre assistants conversationnels cités la désignent comme la « meilleure clinique de chirurgie esthétique en France » lors d’une question spécifique. À titre de comparaison, la Clinique du Grand Paris, deuxième du classement, n’est mentionnée que 27 fois et par seulement trois IA sur quatre.
Ce biais se vérifie également à l’échelle locale. Dans les 12 métropoles analysées, des leaders régionaux émergent, comme la Clinique Phénicia à Marseille, la Clinique du Parc à Lyon ou la Clinique Clemenceau à Lille. Pourtant, les IA ont tendance à orienter les utilisateurs vers des établissements parisiens, même pour des recherches en province. Ainsi, 3,8 % des cliniques citées pour une ville comme Strasbourg proviennent de la capitale, malgré une offre de soins locale disponible.
Des comportements divergents selon les assistants conversationnels
Les moteurs d’IA ne répondent pas de la même manière face aux mêmes requêtes. ChatGPT (GPT-5.5 Instant) se distingue par sa prudence : il précise souvent en introduction qu’« il n’existe pas de classement officiel » et reste le plus transparent sur ses sources, citant 197 établissements distincts. En revanche, Claude (Sonnet 4.6) est le plus prolixe, assumant des classements chiffrés et puisant davantage dans les agrégateurs, avec jusqu’à 214 établissements cités. Perplexity, dont les réponses sont systématiquement sourcées, cite 180 établissements et inclut une part notable de références issues des réseaux sociaux. Enfin, Gemini (3.5 Flash) adopte un ton minimaliste, ne citant que 33 établissements et utilisant des liens Google opaques, ce qui rend ses sources inauditables et l’exclut du calcul global.
Pour les patients en quête de recommandations médicales, l’étude de Numerama met en garde : les résultats des IA doivent être traités comme de la publicité, et non comme des avis médicaux fiables. Les spécialistes du référencement soulignent d’ailleurs que soigner son site et ses listings suffit à améliorer sa visibilité dans les réponses des assistants. Ce phénomène, appelé GEO (Generative Engine Optimization), s’apparente au SEO traditionnel, mais appliqué aux moteurs d’IA générative. La qualité des soins, elle, n’entre pas en compte dans ce classement.
Un manque criant de sources indépendantes
Le problème de fond réside dans l’absence de données indépendantes sur le sujet. Ni la presse, ni les organismes professionnels, ni les autorités de santé ne produisent suffisamment de contenus neutres pour rivaliser avec les stratégies marketing des cliniques. Face à ce vide, les IA se rabattent sur les sources disponibles, c’est-à-dire majoritairement des contenus auto-promotionnels. « L’enjeu est réel : acte médical, coûts élevés, patients souvent vulnérables à des promesses », rappelle le document. Pourtant, l’étude mesure la visibilité, et non la qualité médicale. Les cliniques citées peuvent être parfaitement réputées, mais leur présence en ligne détermine leur classement.
Les éditeurs des assistants conversationnels, de leur côté, pourraient intégrer des critères de neutralité dans leurs algorithmes. Une piste évoquée par certains observateurs serait d’exiger des sources tierces, comme les ordres professionnels ou les certifications officielles, pour valider les recommandations médicales. Reste à voir si cette approche sera adoptée dans un avenir proche.
Comment éviter les pièges des recommandations d’IA ?
Face à ce constat, Numerama rappelle quelques bonnes pratiques pour les utilisateurs. Il est conseillé de croiser les informations obtenues via les assistants conversationnels avec des sources indépendantes, comme les sites des ordres professionnels (ex. : Conseil national de l’Ordre des médecins) ou les plateformes certifiées (ex. : Ameli, HAS). Pour les actes médicaux sensibles, une consultation directe avec un professionnel de santé reste la solution la plus sûre. Enfin, les annuaires spécialisés, s’ils ne sont pas parfaits, offrent généralement plus de transparence que les algorithmes d’IA.
Non. L’étude de Numerama ne remet pas en cause la qualité médicale des établissements cités. Elle souligne simplement que les recommandations des IA sont biaisées par la visibilité en ligne, et non par la compétence des professionnels. Une clinique peut être excellente tout en ayant une forte présence numérique, et inversement. La qualité des soins n’est pas évaluée dans cette étude.
Le GEO (Generative Engine Optimization) désigne l’équivalent du SEO (Search Engine Optimization) appliqué aux moteurs d’IA générative. Il s’agit des techniques utilisées par les sites web pour améliorer leur visibilité dans les réponses des assistants conversationnels. Cela inclut l’optimisation du contenu, la structure des pages et la stratégie de mots-clés, mais aussi l’achat de liens ou la création de contenus auto-promotionnels.