Depuis près de 55 ans, un cratère de 70 mètres de diamètre brûle en continu au cœur du désert du Karakoum, en Asie centrale. Surnommé la « porte de l’enfer » ou la « lumière de Karakoum », ce phénomène spectaculaire résulte d’un accident industriel survenu durant la Guerre froide, selon Futura Sciences. Aujourd’hui, ce brasier géant, qui libère d’énormes quantités de méthane, pose un défi scientifique, environnemental et technique à la communauté internationale.

Ce qu'il faut retenir

  • Le cratère de Darvaza, d’un diamètre de 70 mètres et profond de 30 mètres, brûle sans interruption depuis 1971.
  • Ce phénomène est né d’un effondrement de sol lors d’un forage soviétique, provoquant une fuite massive de méthane.
  • Le Turkménistan, l’un des plus gros émetteurs mondiaux de méthane, peine à trouver une solution pour éteindre ce brasier.
  • Les tentatives d’extinction comportent des risques majeurs : explosion, aggravation des fuites ou migration du méthane en surface.
  • Brûler le méthane limite son impact climatique, car il se transforme en vapeur d’eau et en CO2, moins puissants que le méthane lui-même.

Un accident soviétique transformé en phénomène permanent

Dans les années 1960-1980, des ingénieurs soviétiques foraient le sous-sol du désert du Karakoum pour exploiter ses ressources en gaz naturel. Le 4 juillet 1971, le sol s’est effondré sous leurs équipements, ouvrant une dépression de 70 mètres de large et 30 mètres de profondeur. Une poche de méthane s’est mise à fuir massivement, créant un brasier qui n’a jamais cessé de brûler depuis, selon Futura Sciences.

Les circonstances exactes de l’allumage des flammes restent floues. Certains récits évoquent une décision délibérée pour épuiser rapidement le gisement, tandis que d’autres suggèrent qu’une simple cigarette aurait suffi à enflammer les vapeurs de méthane. Quoi qu’il en soit, le résultat est là : un cratère enflammé, visible depuis l’espace, qui attire aujourd’hui l’attention des scientifiques et des touristes, malgré l’isolement du site.

Un défi scientifique et environnemental sans précédent

Le cratère de Darvaza repose sur le bassin d’Amou-Daria, une formation géologique saturée de méthane. Comme le rappelle Mark Ireland, géoscientifique à l’université de Newcastle, « nous ne devrions pas nous étonner de son existence ». Pourtant, sa fermeture définitive reste un casse-tête. En 2013, l’explorateur George Kourounis a été le premier — et le seul à ce jour — à descendre dans le cratère après deux ans de préparation. Il n’a disposé que de 17 minutes pour effectuer des prélèvements avant de remonter, décrivant l’expérience comme « bien plus effrayante que ce à quoi [il] s’attendait ». Ses images ont contribué à faire de ce site isolé une curiosité touristique pour le Turkménistan, un pays peu ouvert aux visiteurs étrangers.

Les tentatives d’extinction : un pari risqué

Depuis des années, le gouvernement turkmène envisage d’éteindre ce brasier, notamment pour exploiter le méthane sous-jacent. En janvier 2022, l’ancien président Gurbanguly Berdimuhamedov avait annoncé son intention de refermer le cratère. Début 2023, des discussions avaient même eu lieu avec Washington pour colmater ce type de sites. Pourtant, les solutions envisagées comportent des risques majeurs, comme l’a souligné Guillermo Rein, spécialiste des feux à l’Imperial College London : « Ça peut mal se passer ».

Étouffer le feu avec du ciment pourrait forcer le méthane à trouver d’autres issues en surface, aggravant les fuites. Boucher la fissure à la source nécessiterait de localiser précisément le conduit souterrain, ce qui n’a encore jamais été réalisé. Une explosion contrôlée, méthode utilisée par les Soviétiques pour des incendies de puits en 1981, pourrait provoquer une catastrophe. Sans exploration préalable du sous-sol, toute tentative d’intervention expose les équipes à un danger réel d’explosion.

Le paradoxe climatique : brûler pour limiter l’impact

Ironiquement, le fait que le méthane brûle en continu n’est pas totalement une mauvaise nouvelle sur le plan climatique. Comme l’explique Futura Sciences, en brûlant, le méthane se transforme principalement en vapeur d’eau et en dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre certes, mais 86 fois moins puissant que le méthane lui-même sur une période de 20 ans. Le Turkménistan, héritier de l’ère soviétique, figure parmi les plus gros émetteurs mondiaux de méthane. Ses puits abandonnés ou actifs fuient encore aujourd’hui, et le cratère de Darvaza, bien que spectaculaire, pèse peu face à ces autres sources de pollution.

George Kourounis, qui a alerté les autorités turkmènes, a résumé la situation sans détour : « Laissez brûler ». Pour l’heure, la « porte de l’enfer » reste ouverte, et la science n’a pas encore trouvé le moyen de la refermer sans aggraver les risques environnementaux.

Et maintenant ?

La question de l’extinction du cratère de Darvaza pourrait revenir sur le devant de la scène dans les mois à venir. Des discussions entre le Turkménistan et des partenaires internationaux, comme les États-Unis, avaient été engagées en 2023 pour explorer des solutions techniques. Cependant, aucune date précise n’a été fixée pour une intervention, et les risques liés à toute tentative d’extinction restent un frein majeur. Par ailleurs, les émissions de méthane du Turkménistan, bien plus vastes que celles du cratère, devraient continuer de faire l’objet de surveillances accrues, notamment via des satellites spécialisés.

Une chose est sûre : tant que le méthane s’échappera des profondeurs du désert du Karakoum, le brasier de Darvaza continuera de brûler, rappelant les limites de l’intervention humaine face aux phénomènes naturels.

Le méthane (CH4) est un gaz à effet de serre environ 86 fois plus puissant que le CO2 sur une période de 20 ans, selon les données du GIEC. Bien que sa durée de vie dans l’atmosphère soit plus courte que celle du dioxyde de carbone, son potentiel de réchauffement global est bien supérieur à court terme. C’est pourquoi les fuites de méthane, comme celles observées au Turkménistan, sont particulièrement préoccupantes pour les scientifiques et les décideurs politiques.