Le gouvernement cubain, confronté à une crise économique sans précédent, s’apprête à adopter une série de réformes libérales visant à libéraliser davantage l’économie et à réduire le poids de l’État. Ces mesures, dont les détails précis ne sont pas encore tous connus, ont été présentées comme « urgentes et nécessaires » par le président Miguel Diaz-Canel lors d’une session extraordinaire du Comité central du Parti communiste (PCC), mercredi 17 juin 2026, selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- Le président cubain Miguel Diaz-Canel a qualifié de « urgents et nécessaires » les réformes économiques en préparation, dans un contexte de crise profonde.
- Ces réformes visent à ouvrir davantage de secteurs à l’investissement privé, à attirer les capitaux des Cubains de l’étranger et à donner plus d’autonomie aux entreprises publiques.
- L’Assemblée nationale se réunira en urgence jeudi 18 juin 2026 pour approuver ces mesures, déjà soutenues par l’ex-dirigeant Raul Castro.
- Le blocus américain, renforcé depuis cinq mois, aggrave la situation économique de l’île, provoquant des pénuries et des coupures de courant.
- Près de 10 000 entreprises privées, employant un tiers de la population active, existent déjà sur l’île depuis leur autorisation en 2021.
Une libéralisation économique présentée comme inévitable
Miguel Diaz-Canel a justifié ces réformes par la nécessité de sortir le pays d’une crise économique « profonde et prolongée ». « La réalité nous impose des changements urgents et nécessaires », a-t-il déclaré lors d’un discours retransmis par la télévision d’État. Ces mesures, dont les contours ont été esquissés la semaine dernière, s’inspirent des modèles économiques chinois et vietnamien, avec l’ambition de les adapter à court terme.
Parmi les axes principaux figurent l’ouverture de nouveaux secteurs à l’investissement privé, l’attraction des capitaux des Cubains résidant à l’étranger, et une réduction de la part de l’État dans l’économie. « Certaines de ces réformes ne feront pas consensus, mais il est impossible de les remettre à plus tard », a souligné le président, qui a également appelé à la création d’un « environnement institutionnel et réglementaire » favorable à la production et à la qualité des services.
Un soutien politique inédit, mais des défis persistants
L’adoption de ces réformes a reçu le soutien de l’ex-dirigeant Raul Castro, 95 ans, toujours influent au sein du PCC, malgré son retrait des fonctions officielles. « Quand la vie du peuple devient si dure, le premier devoir du Parti communiste et du gouvernement révolutionnaire n’est pas d’expliquer mieux la crise, mais de changer ce qui doit l’être pour en sortir », a-t-il rappelé, dans une formule qui marque un tournant dans le discours officiel.
Pourtant, les obstacles restent nombreux. Miguel Diaz-Canel a lui-même reconnu que certains freins à la production ne viennent pas du blocus américain, mais de « lenteurs bureaucratiques, de règles trop rigides et d’une gestion inefficace ». « Il y a des obstacles qui ne viennent pas de l’extérieur », a-t-il admis. L’historien Michael Bustamante, spécialiste de Cuba à l’Université de Miami, salue « un degré de franchise rafraîchissant » dans l’analyse de la situation, mais s’interroge sur la rapidité avec laquelle ces annonces seront traduites en actes concrets.
Une économie au bord de l’effondrement sous pression américaine
La situation économique de Cuba s’est dramatiquement dégradée ces dernières années, aggravée par la pandémie de Covid-19 et le durcissement de l’embargo américain. Depuis près de cinq mois, Washington applique un « blocus pétrolier » qui a plongé l’île dans une crise sans précédent : coupures de courant généralisées, pénuries de nourriture, de carburant, d’eau potable et de médicaments. Cet embargo, en place depuis 1962, a déjà provoqué un effondrement de la production nationale, réduisant encore davantage les capacités d’importation du pays.
Les États-Unis, qui n’ont jamais caché leur souhait de voir un changement de modèle économique – voire de régime – à Cuba, ont récemment réitéré leur position. « S’ils prennent des décisions intelligentes, nous aurons une bien meilleure relation avec cette île », a déclaré le vice-président américain JD Vance, interrogé à la Maison Blanche sur l’impact des réformes cubaines. Cette déclaration intervient alors que Washington et Téhéran viennent de signer un accord, suscitant des spéculations sur une possible intervention militaire américaine dans la région.
Un scepticisme persistant parmi la population
Si les annonces du gouvernement sont saluées par certains, d’autres Cubains expriment leur scepticisme, voire leur méfiance. Victor Hierrezuelo, 63 ans et employé de banque, estime que « la révolution socialiste vit un moment délicat ». « Si nous n’atterrissons pas avec ces nouvelles réformes, la révolution va tomber », a-t-il confié, reflétant les craintes d’une partie de la population face à une libéralisation économique perçue comme une rupture avec les principes fondateurs du régime.
D’autres, comme Iris, 58 ans, interrogée par l’AFP, se montrent encore plus critiques : « C’est des mensonges, ça fait 67 ans qu’on est là-dedans. » Ce discours illustre la défiance persistante envers un système politique et économique qui, malgré ses promesses de changements, reste marqué par des décennies de gestion centralisée et de pénuries récurrentes.
Pour les observateurs, la véritable épreuve de vérité résidera dans la capacité du gouvernement à concilier libéralisation économique et maintien du contrôle politique. Les prochaines semaines seront cruciales : les Cubains, comme la communauté internationale, attendent des actes concrets après des années de discours sur la nécessité de réformer un système à bout de souffle.
Une chose est sûre : l’équilibre sera difficile à trouver entre ouverture économique et préservation du pouvoir par le PCC, alors que les pénuries et le mécontentement populaire ne cessent de grandir.