Déjà condamné à deux reprises cette année pour les effets de ses plateformes sur les jeunes, Meta doit désormais affronter un nouveau procès aux États-Unis. À partir de ce mercredi 10 août 2026, quatre États américains — la Californie, le Massachusetts, le Vermont et le Nouveau-Mexique — engagent une action en justice contre le groupe, l’accusant d’avoir délibérément conçu Instagram et Facebook pour rendre les mineurs dépendants à leurs services. Comme le rapporte Ouest France, cette affaire pourrait bien s’avérer encore plus périlleuse pour Meta que les précédentes, tant les accusations portent sur des mécanismes conçus pour exploiter les vulnérabilités psychologiques des adolescents.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre États américains portent plainte contre Meta pour avoir rendu Instagram et Facebook « addictifs » aux mineurs.
  • Ces poursuites s’ajoutent aux deux condamnations déjà prononcées en 2026 contre le groupe pour ses effets sur les jeunes.
  • Les États reprochent à Meta d’avoir utilisé des fonctionnalités conçues pour maximiser l’engagement, au détriment du bien-être des adolescents.
  • Le procès s’ouvre officiellement ce 10 août 2026 en Californie, un État particulièrement actif dans la lutte contre les géants du numérique.
  • Les plaignants demandent des dommages et intérêts ainsi que des modifications structurelles des algorithmes de Meta.

Un contexte déjà lourd pour Meta en 2026

Cette nouvelle procédure survient dans un contexte judiciaire particulièrement tendu pour Meta. En janvier 2026, un tribunal du Texas avait condamné le groupe à verser 1,2 milliard de dollars pour avoir collecté illégalement des données personnelles de mineurs. Puis, en mai, un autre tribunal, cette fois en Illinois, avait infligé à Meta une amende de 150 millions de dollars pour avoir enfreint les lois sur la protection de la vie privée des enfants. Autant dire que l’image du géant des réseaux sociaux est durablement entachée, et que chaque nouveau procès ajoute une pression supplémentaire sur ses dirigeants.

Les quatre États à l’origine de cette plainte estiment que Meta a non seulement ignoré les risques liés à l’addiction des jeunes, mais qu’il les a activement favorisés. « Les preuves montrent que Meta a conçu ses plateformes pour exploiter les mécanismes psychologiques des adolescents, en utilisant des notifications, des fils d’actualité infinis et des systèmes de récompense pour maximiser le temps passé en ligne », a déclaré la procureure générale de Californie, Kamala Harris, citée par Ouest France. Les fonctionnalités incriminées incluent notamment les « likes », les recommandations algorithmiques et les notifications push, des outils dont l’objectif premier était d’accroître l’engagement, mais dont l’effet secondaire était de créer une dépendance chez les plus jeunes.

Les mécanismes d’addiction au cœur des accusations

Les États reprochent à Meta d’avoir intégré dans ses applications des fonctionnalités similaires à celles utilisées par les casinos pour fidéliser les joueurs. Parmi les exemples cités figurent les notifications personnalisées envoyées aux heures où l’utilisation est la plus élevée, les notifications incitant à revenir sur l’application, ou encore les systèmes de « streaks » (séries de jours consécutifs) qui poussent les utilisateurs à se connecter quotidiennement. « Ces mécanismes ne sont pas le fruit du hasard. Ils ont été pensés, testés et optimisés par des équipes dédiées pour exploiter les vulnérabilités des jeunes utilisateurs », a expliqué un porte-parole du bureau du procureur du Massachusetts.

Les avocats des États s’appuient sur des études internes de Meta, rendues publiques lors de précédentes procédures, qui montrent que les ingénieurs du groupe étaient pleinement conscients de l’impact négatif de ces fonctionnalités sur la santé mentale des adolescents. Certains documents internes, cités dans d’autres affaires, évoquent même des réunions où des employés s’interrogeaient sur la possibilité de limiter ces fonctionnalités pour les moins de 18 ans, avant de décider de maintenir le statu quo par crainte de réduire les revenus publicitaires.

Et maintenant ?

Ce procès, qui s’ouvre aujourd’hui en Californie, pourrait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois, en fonction des arguments des deux parties. Les États demandent non seulement des dommages et intérêts — dont le montant n’a pas encore été précisé —, mais aussi des changements structurels dans la manière dont Meta conçoit ses algorithmes. Une victoire des plaignants pourrait contraindre le groupe à revoir en profondeur le fonctionnement d’Instagram et Facebook, voire à abandonner certaines fonctionnalités jugées trop addictives. En cas de défaite, Meta pourrait faire appel, prolongeant ainsi une bataille judiciaire qui s’annonce longue et coûteuse. Reste à voir si cette procédure incitera d’autres États ou pays à se joindre à la contestation contre les géants du numérique.

Parallèlement à ce procès, Meta tente de se défendre en mettant en avant ses initiatives pour la protection des mineurs. Le groupe a récemment lancé des outils permettant aux parents de limiter le temps d’écran de leurs enfants, ainsi que des fonctionnalités de bien-être numérique. Cependant, ces mesures sont jugées insuffisantes par les autorités, qui estiment que Meta n’agit que sous la pression des procédures judiciaires. « Les engagements volontaires ne suffisent plus. Ce qui est demandé ici, c’est un changement profond et durable », a souligné un représentant du Vermont.

Quoi qu’il en soit, ce nouveau procès intervient à un moment où les régulateurs du monde entier serrent la vis autour des plateformes numériques. L’Union européenne, par exemple, a récemment adopté le Digital Services Act, une loi qui impose aux géants du numérique de mieux protéger les mineurs. Aux États-Unis, plusieurs projets de loi fédéraux sont en discussion pour encadrer l’usage des réseaux sociaux par les adolescents. Autant dire que Meta et ses concurrents n’ont pas fini d’entendre parler de ces questions.

Les États qui engagent cette action en justice contre Meta sont la Californie, le Massachusetts, le Vermont et le Nouveau-Mexique.