Une enquête vidéo publiée fin mai 2026 par le créateur de contenu Micode sur YouTube met en lumière les dérives des offres de PER (Plan d’Épargne Retraite) proposées par téléphone. Selon Capital, ces démarchages commerciaux abusifs reposent sur des techniques de manipulation et des frais excessifs, mettant en danger l’épargne des souscripteurs. L’occasion de rappeler les règles d’or pour souscrire un PER en toute sécurité.
Ce qu’il faut retenir
- Les PER souscrits par téléphone sont souvent assortis de frais abusifs, pouvant atteindre 70 % des cotisations la première année et 30 % la seconde, selon l’enquête de Micode.
- Les commerciaux évitent les termes « contrat » ou « placement » et utilisent un jargon administratif pour brouiller la compréhension, comme le souligne le vidéaste.
- Les professions libérales sont particulièrement ciblées, car elles doivent souvent organiser elles-mêmes leur retraite.
- Un PER doit être souscrit en connaissance de cause, hors démarchage non sollicité, et après vérification de l’intermédiaire sur le registre de l’Orias.
- La défiscalisation n’est pas un gain définitif : l’économie d’impôt aujourd’hui sera réintégrée dans le revenu imposable à la retraite.
- Le PER reste un produit légitime, mais sa commercialisation agressive et ses frais posent question.
Des méthodes de vente trompeuses et des frais cachés
L’enquête de Micode, diffusée fin mai 2026, révèle des pratiques commerciales agressives autour des PER. Les conseillers rappellent jusqu’à dix fois en quelques minutes un même numéro pour vendre un produit dont les frais dépassent largement ceux du marché. 70 % des cotisations de la première année — soit environ 5 000 € sur un versement de 10 000 € — sont absorbés par une « garantie décès » jamais évoquée lors de l’appel. La deuxième année, 30 % supplémentaires partent dans ce même dispositif.
Les commerciaux évitent soigneusement les termes commerciaux classiques. Selon Micode, ils se présentent comme un « service de mise en conformité » et remplacent les termes habituels par un jargon administratif. Par exemple, un « contrat à signer » devient un « retour de mail pour ouvrir des droits », et un « placement » une « éligibilité à la défiscalisation ». Ce brouillage du vocabulaire vise à masquer la réalité du produit souscrit.
Les signes qui doivent alerter
Un conseiller sérieux ne pousse jamais à une souscription immédiate, ne refuse pas d’envoyer les documents par courrier et ne harcèle pas le prospect avec des appels répétés. Aucune offre sérieuse ne se décide lors d’un appel non sollicité, rappelle Capital. Les souscripteurs doivent systématiquement vérifier l’identité de l’intermédiaire sur le registre de l’Orias, qui recense les conseillers autorisés en France. Il est également conseillé de consulter les avis en ligne pour éviter les mauvaises surprises.
L’arnaque réside aussi dans la promesse systématique de défiscalisation, un argument massivement utilisé pour convaincre. Pourtant, l’avantage fiscal du PER dépend de la tranche marginale d’imposition du souscripteur. Pour un contribuable imposé à 30 %, 10 000 € versés permettent une économie de 3 000 €. À 41 %, l’économie atteint 4 100 €. En revanche, pour un contribuable faiblement imposé, l’avantage est quasi nul. « Promettre une défiscalisation à tout le monde n’a donc aucun sens », souligne Capital.
Le PER, un produit légitime mais à bien choisir
Le PER reste un outil d’épargne retraite valide, mais sa commercialisation agressive et ses frais excessifs en font un produit à aborder avec prudence. Contrairement aux affirmations de certains conseillers, les versements ne sont pas obligatoires et peuvent être ajustés ou stoppés sans pénalité. Les frais de gestion, annuels, sont inévitables tant que le PER est ouvert, d’où l’importance de comparer les offres.
L’épargne n’est pas non plus bloquée jusqu’à la retraite : six cas de déblocage anticipé existent, dont l’achat de la résidence principale, l’invalidité ou le surendettement. À la retraite, l’épargne peut être récupérée en capital, en rente ou les deux. Le problème ne vient pas du produit en soi, mais de sa commercialisation, estime Capital. Les frais élevés et les méthodes trompeuses sont les véritables points noirs.
La défiscalisation, un avantage à relativiser
L’attrait principal du PER repose sur la défiscalisation : les versements sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus professionnels. Cependant, cet avantage n’est pas définitif. À la sortie, le capital correspondant aux versements déduits est réintégré dans le revenu imposable. « La défiscalisation reporte l’impôt, elle ne l’efface pas », rappelle Capital. L’intérêt est réel si la tranche d’imposition diminue à la retraite — ce qui arrive fréquemment pour les professions libérales — mais cela reste une hypothèse et non une certitude.
Pour maximiser l’efficacité du PER, il est donc crucial de bien définir son profil : horizon avant la retraite, tranche d’imposition actuelle et future, capacité à bloquer l’épargne sur le long terme, et niveau de risque acceptable. Si la tranche marginale est basse, l’avantage fiscal peut être faible, voire inexistant. Dans ce cas, d’autres placements comme l’assurance-vie ou le PEA peuvent s’avérer plus adaptés.
En attendant, les pouvoirs publics et les associations de consommateurs appellent à la prudence. Le PER, outil légitime de préparation de la retraite, doit être souscrit en toute connaissance de cause, sans pression commerciale et après une analyse rigoureuse des frais et des garanties.
Pour vérifier la légitimité d’un conseiller en PER, il faut consulter le registre de l’Orias (www.orias.fr), qui recense tous les intermédiaires en assurance, banque et finance agréés en France. Ce registre permet de confirmer l’identité du conseiller et son autorisation à exercer.
Il n’existe pas de plafond légal strict pour les frais d’un PER, mais les frais de gestion annuels ne doivent pas excéder 0,70 % à 1 % des encours pour les fonds en euros, et peuvent atteindre 1 % à 1,5 % pour les unités de compte, selon les contrats. Les frais d’entrée, eux, ne doivent pas dépasser 5 % du versement. Les offres proposant des frais bien supérieurs à ces seuils doivent être considérées avec méfiance.