Près de trois ans après la mort de Thomas Perroto, 17 ans, lors d’une rixe survenue lors d’un bal à Crépol (Drôme) en novembre 2023, la justice doit trancher sur la qualification raciste des faits. Quatorze accusés, tous originaires du quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère, ont été mis en examen pour meurtre et tentatives de meurtre. Selon nos confrères de BFM - Faits Divers, qui ont consulté les procès-verbaux des interrogatoires menés en juillet 2026, les mis en cause rejettent catégoriquement toute motivation raciste derrière les violences, malgré l’ajout récent de la circonstance aggravante « racisme antiblanc » dans leurs mises en examen.

Ce qu'il faut retenir

  • Les 14 accusés, tous originaires du quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère, nient toute intention raciste derrière les violences du 19 novembre 2023 à Crépol.
  • Les juges d’instruction ont ajouté la circonstance aggravante de « racisme antiblanc » dans les mises en examen après deux ans et demi d’enquête, ce qui pourrait entraîner un procès sur cette base.
  • Des propos tenus sur WhatsApp peu après les faits, qualifiant les victimes de « Français » ou évoquant le souhait de « charcler des Blancs », sont au cœur du débat judiciaire.
  • Les avocats des parties civiles estiment que ces violences ont été commises, au moins en partie, en raison de l’appartenance ethnique des victimes, citant une quinzaine de témoins ayant entendu des propos racistes.
  • Le parquet de Valence conteste cette lecture, jugeant les témoignages « très minoritaires » et parfois contradictoires, et refuse de retenir la qualification raciste.
  • Les juges d’instruction doivent rendre prochainement une ordonnance de mise en accusation, déterminante pour l’issue du procès.

Une rixe mortelle aux motivations encore débattues

Le 19 novembre 2023, une altercation éclate lors d’un bal organisé à Crépol, dans la Drôme, opposant deux groupes : d’un côté, des jeunes du quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère, de l’autre, des adolescents issus d’autres quartiers de la région. Thomas Perroto, 17 ans, décède des suites de ses blessures, tandis que trois autres personnes sont blessées. Rapidement, les investigations se concentrent sur les membres du premier groupe, tous originaires de la Monnaie, et dont les profils suscitent des interrogations.

Deux ans et demi plus tard, l’enquête a abouti à la mise en examen de 14 jeunes hommes, âgés de 18 à 23 ans au moment des faits. Tous ont nié leur participation aux violences, mais leur responsabilité pénale a été retenue sur la base des témoignages et des éléments matériels. C’est dans ce contexte que, début juillet 2026, les juges d’instruction chargés du dossier ont décidé de réinterroger les accusés sur un aspect particulièrement sensible : l’existence d’un mobile raciste derrière les violences.

Des propos sur WhatsApp au cœur du débat judiciaire

Parmi les éléments les plus discutés figurent des enregistrements vocaux échangés sur WhatsApp peu après les faits. Un vocal attribué à Chaïd A., 22 ans, contient ces propos : « Les Français, ils ont voulu nous boule… On leur a niqué leur mère, et à la fin c’est parti en meurtre, sa mère la pute ». Interrogé par la juge le 17 juillet 2026, l’accusé a justifié ces termes en les présentant comme du « langage de rue », précisant : « Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours parlé comme ça. C’est du langage de rue. J’ai employé ce mot pour désigner le groupe, mais ce n’est pas une insulte, moi-même je suis Français ! »

Un autre enregistrement, attribué à un autre accusé et diffusé deux heures après les faits, évoque explicitement l’intention de « charcler un Français ». Le terme « charcler », argotique, signifie blesser ou tuer. Jawed K., également interrogé par la magistrate, a tenté de minimiser la portée de ces propos en les comparant à une distinction courante : « Dans le langage du quartier, quand on dit ‘Français’, c’est pas péjoratif, c’est comme quand vous, vous dites ‘les Maghrébins’, c’est pas péjoratif. »

Des témoignages contradictoires sur la dimension raciste des violences

Face à ces dénégations, les avocats des parties civiles, dont ceux de la famille de Thomas Perroto, s’appuient sur d’autres éléments pour étayer la thèse d’un mobile raciste. Me Alexandre Farelly, avocat des parents de la victime, souligne dans un mémoire adressé aux juges que « l’ensemble de ces éléments établit que les violences ont été commises à tout le moins pour partie en considération de l’appartenance vraie ou supposée des victimes à la ‘race blanche’ ».

Selon les observations transmises aux magistrats, une quinzaine de témoins sur les plus de 450 entendus par les gendarmes auraient rapporté avoir entendu des propos hostiles envers les Blancs ou les Français dans la bouche de certains accusés au cours de la soirée. Parmi les formulations citées figurent : « On va vous crever les petits Blancs », « On est là pour planter des Blancs, tuer des Français », ou encore « Sales Français de merde ».

Cependant, ces témoignages sont contestés. Le parquet de Valence, dans son réquisitoire définitif, estime que ces éléments sont « très minoritaires » et parfois « contradictoires entre eux quant au moment et au lieu » où ils auraient été tenus. Le ministère public souligne également la variabilité des propos rapportés, allant de formulations anodines à des insultes plus explicites.

Un mobile raciste au cœur des divergences entre parties prenantes

La question du mobile raciste divise donc les acteurs judiciaires. D’un côté, les juges d’instruction ont décidé d’intégrer cette circonstance aggravante dans les mises en examen, une décision qui pourrait conduire à un procès où cette dimension serait retenue. De l’autre, le parquet de Valence s’y oppose fermement, considérant que les éléments à charge ne sont pas suffisamment probants.

Cette divergence illustre les tensions autour de l’interprétation des faits. Mathys I., 22 ans, interrogé par la juge, a pointé du doigt les médias : « Il résulte des investigations téléphoniques qu’à plusieurs reprises, lors de conversations entre mis en examen, il est opéré une distinction entre les membres du groupe de la Monnaie et ‘les Français’. » Il a ajouté : « Si les mis en examen disent ‘les Français’, c’est parce qu’à la télé, ils parlaient des Français. »

Ilyes Z., 22 ans, a quant à lui évoqué une logique de marginalisation : « Je pense que c’est plutôt un délire de marginalisation, on s’invente des ennemis, on s’invente des problèmes alors que tout ça, c’est dans la tête des gens. On a tous grandi avec des Français, des Arabes. »

L’enjeu de l’ordonnance de mise en accusation

Dans les prochaines semaines, les deux juges d’instruction doivent rendre une ordonnance de mise en accusation, un document clé qui déterminera si les 14 accusés seront jugés avec la circonstance aggravante de racisme. Si cette qualification est retenue, les peines encourues pourraient aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité. Dans le cas contraire, les accusés resteraient passibles de la perpétuité, mais sans cette circonstance aggravante.

Cette décision intervient alors que le dossier a déjà suscité de vifs débats dans l’opinion publique, notamment en raison de la complexité des motivations derrière les violences. Les proches de Thomas Perroto, comme les accusés, attendent avec impatience cette étape, qui pourrait ouvrir la voie à un procès ou, au contraire, clore définitivement la question du mobile raciste.

Et maintenant ?

Les juges d’instruction de Valence doivent rendre dans les prochaines semaines leur ordonnance de mise en accusation, un document qui pourrait être déterminant pour l’issue du procès. Si la qualification de « racisme antiblanc » est retenue, les accusés devraient être jugés sur cette base, ce qui alourdirait considérablement les peines encourues. Dans le cas contraire, le procès se concentrerait uniquement sur les faits de meurtre et de tentatives de meurtre, sans dimension raciste. Quelle que soit la décision, elle laissera probablement des questions en suspens sur les véritables motivations derrière cette rixe meurtrière.

Cette affaire rappelle les tensions qui peuvent émerger lors d’affrontements entre groupes aux origines ethniques ou sociales différentes. Elle pose également la question de l’interprétation des propos et des actes dans un contexte où les mots peuvent prendre des sens variés selon les milieux. Une chose est sûre : la décision des juges d’instruction sera scrutée de près, tant par les familles des victimes que par les accusés.

Les juges d’instruction ont décidé d’intégrer cette circonstance aggravante après avoir examiné les éléments du dossier, notamment des témoignages et des enregistrements vocaux échangés sur WhatsApp peu après les faits. Ils estiment que certains propos tenus par les accusés pourraient révéler une motivation raciste derrière les violences.

Les juges d’instruction doivent rendre prochainement une ordonnance de mise en accusation, qui déterminera si les 14 accusés seront jugés avec la circonstance aggravante de racisme. Cette décision ouvrira la voie à un procès si les mises en examen sont confirmées.