Les rayons des supermarchés regorgent désormais de boissons enrichies, censées apporter énergie, vitamines ou protéines. Mais derrière les étiquettes aux couleurs attrayantes se cachent-elles vraiment des bienfaits pour la santé ? Franceinfo - Santé a mené l’enquête sur ces produits en plein essor, révélant une réalité plus contrastée que les promesses marketing.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 30 références de boissons enrichies sont disponibles en supermarchés, ciblant particulièrement les adolescents et jeunes adultes.
  • Ces produits contiennent souvent des quantités élevées de sucre, de caféine ou de taurine, malgré des allégations santé parfois trompeuses.
  • Un fabricant bordelais a vendu plus de 80 000 bouteilles en deux mois et demi, illustrant l’engouement pour ces boissons.
  • Les nutritionnistes mettent en garde : ces boissons ne sont utiles que pour les sportifs de haut niveau et ne remplacent pas une alimentation équilibrée.
  • Le marché des boissons enrichies affiche une croissance soutenue, avec des innovations comme les protéines cold foam chez Starbucks.

Un marché en pleine expansion, porté par les jeunes consommateurs

Les boissons enrichies séduisent de plus en plus de consommateurs, notamment les adolescents et les jeunes adultes. Franceinfo - Santé a constaté que ces produits, souvent présentés en bouteilles colorées ou en canettes, affichent des promesses alléchantes : plus d’énergie, plus de vitamines ou encore plus de fibres. « Tout ce qui va être très sucré et doux. Donc pêche, framboise, tout ça. Et j’en consomme presque tous les jours », confie une acheteuse interrogée par les journalistes. Une autre précise : « Le coup fruité pour se réveiller ou bien donner un coup d’énergie ».

Ce succès commercial s’explique par une stratégie marketing ciblant les jeunes générations, sensibles aux messages de performance et de bien-être. Les rayons des grandes surfaces regorgent désormais de ces produits, avec près de 30 références différentes disponibles, selon les observations réalisées dans le cadre de l’enquête.

Des ingrédients variés, mais pas toujours naturels

Pour comprendre ce que contiennent réellement ces boissons, Franceinfo - Santé a rencontré Charles de Jaham, directeur commercial de la marque « Maison Meneau », qui produit deux boissons enrichies à base de matcha et de maté. « La première, c’est la Boost avec une base matcha. Et la seconde, c’est celle sur une base maté. Toutes les deux avec un ajout de caféine naturelle et de vitamine C. Donc il y a l’équivalent de trois expressos dans chacune de ces bouteilles », explique-t-il. Juliette Dufour, responsable de la production, précise que ces ingrédients ont été choisis pour leurs propriétés stimulantes et antioxydantes : « On va avoir la caféine, qu’on va pouvoir ajouter pour répondre aux besoins énergisants. Et ensuite, on va ajouter l’acérola, qui est donc un extrait issu d’une petite baie qui ressemble à la cerise et qui est naturellement riche en vitamine C. »

Ces recettes, élaborées avec des ingrédients naturels, contrastent avec celles d’autres marques, dont les compositions incluent parfois des additifs ou des doses élevées de sucre. Gabriel Butin, infirmier de nuit de 24 ans, en consomme quotidiennement : « Je vais chercher principalement des boissons qui sont sans sucre parce que c’est quelque chose qui est globalement mauvais pour le corps. Mais par contre, je vais chercher tout ce qui va être caféine et taurine ». Il reconnaît pourtant que « malgré tout ça reste des boissons qui ne sont pas super bonnes pour la santé au long terme… Mais j’en bois quand même ».

Starbucks mise aussi sur les boissons enrichies

Le phénomène ne se limite pas aux rayons des supermarchés. Les cafés s’y mettent également, à l’image de Starbucks, qui propose désormais une « protéine cold foam ». « Si vous souhaitez, on fait de la protéine cold foam. C’est de la mousse de lait froide à base de protéines », explique un vendeur. Cette innovation, qui contient 15 grammes de protéines végétales, vise à attirer une clientèle en quête de produits plus nutritifs. Bénédicte Hastier, responsable produits et innovations chez Starbucks France, confirme cette tendance : « Aujourd’hui, les protéines, ce n’est pas uniquement pour l’usage des sportifs. Donc on savait déjà qu’on s’adressait à des personnes qui étaient en demande sur ce type de produit ».

Cette diversification des offres reflète une mutation des habitudes de consommation, où les boissons enrichies deviennent un complément aux repas ou un substitut aux en-cas traditionnels. Pourtant, leur utilité réelle reste à prouver pour la majorité des consommateurs.

Les nutritionnistes tempèrent l’enthousiasme

Face à cet engouement, les experts en nutrition tirent la sonnette d’alarme. Laurent Dufay, nutritionniste, met en garde contre les compositions trompeuses de certaines boissons : « Le premier ingrédient, c’est de l’eau quand même et après c’est du glucose, donc du sucre ». Il rappelle que la plupart des vitamines nécessaires à notre organisme sont déjà apportées par une alimentation équilibrée. « Il faut bien se dire que notre alimentation pourvoit toutes les vitamines dont nous avons besoin. La majeure partie des consommateurs qui vont acheter ces produits-là ne sont pas dans une pratique journalière à haute intensité de sport… Et donc n’en ont pas besoin », souligne-t-il.

Pour les personnes souhaitant un apport supplémentaire en énergie ou en nutriments, le spécialiste recommande des alternatives plus saines : « En prévision d’un effort intense, lui recommande de fabriquer soi-même sa boisson enrichie en ajoutant un trait de jus de fruits et une pincée de sel dans une bouteille d’eau ». Une solution simple, économique et sans additifs controversés.

Un marché en croissance, mais sous surveillance

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les données de Statista, le marché des boissons énergisantes et des sodas sportifs en France devrait atteindre 1,49 milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2026. Une croissance portée par l’innovation et une demande accrue pour des produits perçus comme « healthy », même si leur composition réelle est parfois éloignée de cette image.

Les régulations européennes encadrent strictement les allégations nutritionnelles et de santé sur ces produits. Le règlement CE n°1924/2006 impose que toute mention santé sur un emballage soit scientifiquement prouvée. Pourtant, les consommateurs restent souvent désorientés face à des étiquettes complexes et des messages marketing subtils. Le Ministère de l’Économie rappelle d’ailleurs que la lecture des étiquettes nutritionnelles est essentielle pour éviter les pièges.

Et maintenant ?

Avec l’essor des boissons enrichies, les autorités sanitaires pourraient renforcer leur vigilance sur les allégations publicitaires. Une révision des normes européennes n’est pas exclue, notamment pour clarifier les seuils de sucre, caféine ou additifs autorisés. Les consommateurs, de leur côté, sont invités à décrypter les étiquettes et à privilégier les alternatives naturelles. Les professionnels du secteur, quant à eux, devraient continuer à innover, mais en veillant à la transparence sur la composition de leurs produits.

Que dit la science sur ces boissons ?

Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine souligne que la consommation excessive de boissons énergisantes peut entraîner des risques cardiovasculaires, notamment chez les jeunes. Les experts recommandent de limiter leur consommation à des occasions ponctuelles et de ne pas les utiliser comme substituts de repas ou d’hydratation classique. Les boissons enrichies en protéines, bien que moins étudiées, soulèvent également des questions sur leur assimilation par l’organisme en dehors d’un effort physique intense.

Le danger dépend de la composition et de la quantité consommée. Les boissons riches en sucre, caféine ou additifs peuvent favoriser des troubles métaboliques, des troubles du sommeil ou des problèmes cardiovasculaires en cas de consommation excessive. Les nutritionnistes recommandent de les réserver à des usages ponctuels et de privilégier les alternatives naturelles.

Pas toujours. En Europe, les allégations nutritionnelles et de santé sont encadrées par le règlement CE n°1924/2006, mais certaines formulations restent ambiguës. Il est conseillé de vérifier la liste des ingrédients et la valeur nutritionnelle pour éviter les pièges marketing.