Huit ans après le décès de leur fils Quentin Ruot, noyé lors d’une sortie encadrée en Gironde, ses parents ont déposé plainte contre l’État pour « fonctionnement défectueux du service public de la justice », selon Franceinfo – Faits divers. Cette initiative vise à relancer une procédure judiciaire au point mort depuis plusieurs années, malgré la mise en examen de trois responsables en 2021.

Ce qu'il faut retenir

  • Quentin Ruot, 23 ans, atteint d’épilepsie, s’est noyé le 2 juillet 2018 lors d’une baignade organisée par l’IEM de Talence au Teich (Gironde).
  • Ses parents estiment qu’il n’a pas bénéficié d’une surveillance adaptée à son état de santé.
  • Une plainte pour homicide involontaire avait été déposée en février 2019 contre X devant le tribunal de Bordeaux.
  • En 2021, deux encadrantes et l’IEM de Talence ont été mis en examen, mais la procédure a été ralentie par des obstacles juridiques.
  • Les parents dénoncent l’absence d’avancées significatives depuis plus de sept ans et espèrent que leur nouvelle plainte contre l’État permettra de débloquer l’instruction.

Le drame de juillet 2018 et ses suites judiciaires

Le 2 juillet 2018, Quentin Ruot, âgé de 23 ans et atteint d’une forme d’épilepsie entraînant des absences, trouve la mort lors d’une sortie organisée par l’Institut d’éducation motrice (IEM) de Talence, située au Teich en Gironde. La baignade, prévue dans le cadre d’activités encadrées, tourne au drame : l’adolescent se noie. Ses parents, Henri et son épouse, ont depuis lors multiplié les démarches pour faire reconnaître les responsabilités dans ce décès.

Dès février 2019, la famille porte plainte pour homicide involontaire contre X devant le tribunal de grande instance de Bordeaux. « On laissait la plus large latitude au juge d’instruction de faire ses investigations et de mettre en examen qui il estimait devoir l’être », explique leur avocate, Me Géraldine Dauphin, à Franceinfo – Faits divers. Pourtant, malgré les demandes répétées, les parents estiment que la procédure n’a que très peu avancé.

Une instruction judiciaire au ralenti

En 2021, deux encadrantes de l’IEM ainsi que l’établissement lui-même sont mis en examen. Mais la procédure se heurte rapidement à une difficulté juridique majeure : l’IEM de Talence, en tant qu’établissement médico-social, ne dispose pas de la personnalité morale. Selon la défense de la famille, c’est l’association APF France handicap, dont dépend l’IEM, qui aurait dû être poursuivie. Cette nuance a entraîné un blocage procédural pendant plusieurs mois.

Le changement de juge d’instruction à trois reprises a encore ralenti le processus. « Le seul acte qui a été réalisé en trois ans, c’est l’audition de partie civile des époux Ruot, qui ont demandé expressément au juge d’instruction à être reçus », précise Me Géraldine Dauphin. Les parents dénoncent ainsi une instruction « en veille prolongée », malgré l’urgence de faire la lumière sur les circonstances du drame.

« On leur avait confié un garçon, ils nous ramènent un cadavre. »
— Henri Ruot, père de Quentin, cité par Franceinfo – Faits divers

Une plainte contre l’État pour relancer la procédure

Pour sortir de cette impasse, les parents de Quentin Ruot ont décidé de déposer plainte contre l’État en avril 2026, invoquant un « fonctionnement défectueux du service public de la justice ». Cette démarche vise à faire reconnaître les dysfonctionnements qui ont paralysé l’instruction depuis plus de sept ans. « On espère que cette procédure sera suivie d’une avancée majeure pour qu’on puisse enfin clôturer l’information judiciaire », déclare Me Géraldine Dauphin.

Henri Ruot insiste sur la gravité de ce qu’il considère comme une « faute grave » et non comme un simple accident. « Nous, on est là justement pour qu’on oublie rien du tout, parce que ça n’a rien d’un accident banal », martèle-t-il. Pour la famille, cette plainte représente une ultime tentative de faire reconnaître la responsabilité des autorités dans le drame.

Et maintenant ?

La plainte déposée contre l’État devrait être examinée dans les prochains mois par les juridictions compétentes. Si les juges donnent raison aux parents, cela pourrait entraîner une accélération de l’instruction en cours et, potentiellement, la mise en examen de nouveaux responsables. En revanche, si la plainte est rejetée, les Ruot pourraient se tourner vers d’autres recours, comme une action en responsabilité administrative. Une décision judiciaire est attendue d’ici la fin de l’année 2026.

Contexte : l’IEM de Talence et les enjeux de surveillance

L’Institut d’éducation motrice (IEM) de Talence, dépendant de l’association APF France handicap, accueille des jeunes adultes en situation de handicap, dont Quentin Ruot. La sortie du 2 juillet 2018, organisée au Teich, devait permettre aux résidents de profiter d’activités de plein air. Cependant, les parents contestent la qualité de la surveillance assurée ce jour-là, compte tenu de l’état de santé de leur fils. L’épilepsie de Quentin se manifestait par des absences, nécessitant une attention particulière, selon eux.

Ce drame soulève à nouveau la question de la sécurité des personnes handicapées lors d’activités encadrées. Les associations de défense des droits des personnes en situation de handicap rappellent régulièrement l’importance d’une prise en charge adaptée, notamment en milieu aquatique, où les risques sont accrus pour les personnes vulnérables.

L’IEM de Talence, en tant qu’établissement médico-social, est géré par l’association APF France handicap. Or, seuls les établissements disposant d’une personnalité morale peuvent être directement mis en examen dans une procédure judiciaire. C’est pourquoi la famille Ruot et ses avocats estiment que c’est l’association gestionnaire qui aurait dû être poursuivie, et non l’IEM lui-même.