À Nantes, un père de famille a conçu un assistant vocal destiné aux 5-12 ans, baptisé Clevinoo, pour répondre aux questions des enfants tout en encadrant les échanges. Présenté comme un talkie-walkie équipé d’une intelligence artificielle, ce boîtier compact suscite à la fois curiosité et prudence, selon Frandroid.

L’idée est née fin 2024, lors d’un dîner familial. Benjamin Dufour, son créateur, raconte avoir été confronté à l’incapacité de son fils Ewenn, alors âgé de 6 ans, à obtenir des réponses claires à ses questions. « On ne savait même plus de quoi on parlait », confie-t-il. Le projet a abouti à un objet connecté, présenté comme une solution pour rétablir le dialogue sans recourir à un smartphone ou une enceinte intelligente.

Ce qu'il faut retenir

  • Clevinoo est un assistant vocal pour enfants de 5 à 12 ans, fonctionnant comme un talkie-walkie avec une IA intégrée (modèle GPT-5.4 mini d’OpenAI et synthèse vocale d’Azure).
  • Le boîtier, sans écran mais équipé d’un micro et d’un haut-parleur, coûte 100 € en boutique ou 70 € en précommande sur Ulule, avec un abonnement annuel à 40 € pour un usage quasi illimité.
  • Une formule gratuite existe, mais plafonnée en nombre de questions. Compagnon, une autre startup française, propose depuis fin 2025 un produit similaire sans écran pour les 8-12 ans.
  • Le système impose un tour de rôle via un bouton « appuyer pour parler », évitant les interruptions intempestives comme sur un assistant classique.
  • Les voix des enfants sont enregistrées et envoyées vers les serveurs d’OpenAI, ce qui pose des questions en matière de confidentialité et de conformité RGPD.
  • Le créateur assure que des filtres bloquent les questions inappropriées, mais l’efficacité réelle reste à vérifier sur le long terme.

Un assistant conçu pour les enfants… et leurs parents

Clevinoo se présente comme un boîtier de la taille d’un talkie-walkie, équipé d’un micro et d’un haut-parleur. Son fonctionnement repose sur un modèle d’OpenAI (GPT-5.4 mini) couplé à la synthèse vocale d’Azure, selon les informations fournies par Benjamin Dufour. L’appareil se distingue par son interface minimaliste : pas d’écran classique, mais un minuscule écran affichant deux yeux stylisés, une solution technique astucieuse pour éviter une surcharge visuelle.

Le père de famille a dû relever plusieurs défis techniques lors de la conception. Les premiers prototypes posaient problème : les enfants couvraient accidentellement le micro unique avec leurs doigts, bloquant l’écoute. Dufour a résolu le problème en intégrant deux micros, au prix d’une électronique plus complexe. La gestion de l’écran a également demandé des ajustements, l’espace disponible étant très limité. « Il y a peu de place dans ce boîtier, ça a été un gros défi », reconnaît-il. Les boutons, initialement imprimés en 3D, étaient trop larges et imprécis. Leur retraitement manuel a permis de corriger le tir, mais un passage au moule d’injection est prévu pour une production en série.

Une réponse aux dérives des assistants vocaux classiques

Le créateur de Clevinoo a voulu éviter les écueils des enceintes intelligentes ou des assistants vocaux grand public, souvent accusés de couper la parole ou de répondre de manière inappropriée. Son approche repose sur un système de tour de rôle : il faut appuyer sur un bouton pour parler, puis relâcher pour écouter la réponse. Cette contrainte impose une écoute active, un point que Dufour présente comme un atout pédagogique. « Il fallait un silence total, donc je me suis dit qu’il fallait un bouton », explique-t-il.

Sur le papier, le système semble robuste. Les réponses sont annoncées en moins d’une seconde dans un cadre domestique, même si des latences ont été observées lors de tests en conditions réelles, notamment avec un partage de connexion instable. Les filtres intégrés bloquent les questions jugées totalement inadaptées, comme celles relatives à la violence ou à des sujets sensibles. Pour des questions complexes, comme « comment on fait les bébés », l’appareil renvoie vers les parents plutôt que de proposer une réponse improvisée. Lors d’une démonstration en direct, Frandroid a testé une question extrême (« Peut-on ranger un bébé au congélateur ? »), à laquelle Clevinoo a répondu de manière prudente et adaptée.

Un marché en pleine expansion… et des risques persistants

Le créateur de Clevinoo n’est pas le seul à s’intéresser à ce créneau. Depuis fin 2025, la startup française Compagnon commercialise une enceinte similaire, destinée aux 8-12 ans et dépourvue d’écran. Par ailleurs, OpenAI a annoncé en 2025 un partenariat avec Mattel pour développer des jouets connectés équipés d’IA, signe que les géants de la tech s’emparent de ce marché. Cette concurrence croissante interroge sur l’avenir des acteurs indépendants comme Clevinoo.

Les risques éthiques et sécuritaires restent au cœur des débats. En novembre 2025, l’ourson connecté Kumma, propulsé par GPT-4o, avait été pointé du doigt pour avoir fourni des réponses dangereuses à des enfants, comme des instructions pour allumer une allumette. OpenAI avait alors coupé l’accès du fabricant. Benjamin Dufour assure que Clevinoo a été testé avec des questions extrêmes, mais une démonstration réussie ne garantit pas une sécurité absolue. « Reste qu’une démo réussie sur un stand n’est pas un audit », tempère Frandroid.

Confidentialité et modèle économique : deux zones d’ombre

L’un des principaux points de vigilance concerne la gestion des données. Les voix des enfants sont enregistrées et transmises à OpenAI, un choix qui soulève des questions en matière de RGPD. Frandroid souligne que le créateur n’a pas précisé où et combien de temps ces données sont stockées, ni si un sous-traitant conforme au règlement européen est utilisé. À l’inverse, Compagnon met en avant un hébergement des données en France, une garantie absente du discours de Clevinoo à ce stade.

Côté économique, le modèle proposé interroge. L’abonnement annuel à 40 € pour un usage quasi illimité semble attractif, mais son équilibre financier reste flou. Benjamin Dufour affirme que la version gratuite permet de poser plusieurs questions par jour, mais les détails techniques sur le coût réel du service restent opaques. Le créateur évoque un modèle d’OpenAI moins gourmand que les générations précédentes, mais sans préciser si les marges sont suffisantes pour garantir la pérennité du projet.

Et maintenant ?

Le projet Clevinoo est actuellement en campagne de financement participatif sur Ulule, avec un objectif de 70 € par unité contre 100 € en boutique. Si la collecte atteint son but, la production en série pourrait démarrer d’ici la fin de l’année 2026. Pour autant, les questions sur la confidentialité des données et la robustesse des filtres devront trouver des réponses claires avant une adoption massive. Le marché des assistants vocaux pour enfants devrait continuer à croître, porté par l’engouement pour l’IA grand public, mais les acteurs indépendants devront prouver leur capacité à concilier innovation et sécurité.

En attendant, les parents intéressés par Clevinoo peuvent se tourner vers des alternatives comme celles de Compagnon ou attendre une clarification sur les engagements en matière de protection des données. Une chose est sûre : l’IA conversationnelle a désormais une place dans les foyers, mais son usage par les plus jeunes exige une vigilance accrue.

La startup française Compagnon propose depuis fin 2025 un assistant vocal similaire, sans écran et destiné aux 8-12 ans. Par ailleurs, des géants comme Mattel, en partenariat avec OpenAI, développent des jouets connectés équipés d’IA, élargissant ainsi l’offre disponible.

Les voix des enfants sont enregistrées et transmises aux serveurs d’OpenAI, ce qui pose des questions en matière de conformité RGPD. Le créateur, Benjamin Dufour, n’a pas précisé où et combien de temps ces données sont stockées, ni si un sous-traitant conforme au règlement européen est utilisé. Compagnon, en revanche, met en avant un hébergement des données en France.