« Nous avons un coéquipier là-bas — le numéro 5 — et un autre sur le banc que nous appelons *negro*. » C’est par ces mots que Luca Agüero, capitaine de l’équipe U17 d’Argentinos Juniors, a prévenu les arbitres et l’adversaire de l’usage de ce terme avant un quart de finale de la Copa Imposible disputé fin mai à Medellín, en Colombie. Selon RMC Sport, cette initiative, relayée par le club sur les réseaux sociaux, illustre les tensions persistantes autour du vocabulaire utilisé dans le football argentin, alors que la Coupe du monde 2026 est marquée par plusieurs affaires racistes.
Ce qu'il faut retenir
- Le capitaine d’Argentinos Juniors U17, Luca Agüero, a annoncé publiquement que son équipe utilisait le terme « negro » pour désigner deux coéquipiers noirs lors d’un match en Colombie.
- La scène s’est déroulée fin mai lors de la Copa Imposible à Medellín, avant un quart de finale contre l’Inter Palmira.
- L’arbitre Diana Gómez a appelé au respect, tandis que le capitaine adverse a accepté la requête sous réserve.
- Le club a salué cette démarche sur les réseaux sociaux, soulignant son rôle dans la formation des joueurs et de leur caractère.
- Cette affaire s’inscrit dans un contexte où le football argentin est régulièrement critiqué pour son traitement du racisme, notamment après des incidents lors de la Coupe du monde 2022.
Un message préventif qui déroute
Sur une vidéo devenue virale ces derniers jours, Luca Agüero prend la parole avant le coup d’envoi pour clarifier un usage interne à son équipe. « Je tenais à le préciser pour éviter toute mauvaise interprétation », explique-t-il dans un micro placé à proximité. Diana Gómez, l’arbitre du match, intervient ensuite pour rappeler l’importance du respect dans les échanges : « Faites très attention au respect. Beaucoup de respect, j’aime le respect. Prêts ? »
Côté colombien, le capitaine de l’Inter Palmira, un joueur noir, réagit avec prudence. « Pas de souci, mais faites attention », lance-t-il en serrant la main de son adversaire. La scène, bien que bien intentionnée, laisse entrevoir une incompréhension sur la portée du terme « negro » dans la culture argentine.
Un club qui défend une démarche « pédagogique »
Sur Instagram, Argentinos Juniors a partagé la vidéo en saluant l’initiative de son capitaine. « Le capitaine de l’équipe U17 du *Semillero del Mundo* a pris le micro pour clarifier un point important : deux coéquipiers portent ce surnom, et il a souhaité le signaler aux arbitres et aux adversaires afin que personne ne se sente visé, mal à l’aise ou offensé », peut-on lire dans le message. Le club insiste : « À Argentinos, former des joueurs, c’est aussi forger leur caractère. »
Cette réaction officielle tranche avec les critiques récurrentes adressées au football argentin, souvent pointé du doigt pour son manque de sensibilité sur les questions raciales. En 2022, après leur victoire en Coupe du monde, des joueurs argentins avaient été accusés de gestes et propos racistes envers l’équipe de France, suscitant une polémique internationale.
Le football argentin sous le feu des projecteurs racistes
Cette affaire intervient alors que la Coupe du monde 2026 est émaillée d’incidents racistes, dont la récente polémique impliquant une sénatrice paraguayenne qui avait insulté Kylian Mbappé. Selon RMC Sport, le terme « negro » est régulièrement utilisé en Argentine, y compris dans un cadre sportif, sans forcément être perçu comme offensant par ceux qui l’emploient. Pourtant, dans un contexte international, son usage peut prêter à confusion.
Les observateurs soulignent un décalage culturel. « En Argentine, certains termes sont normalisés dans le langage courant, mais leur portée peut varier selon le contexte et l’interlocuteur », explique un spécialiste des questions raciales dans le football. Cette situation rappelle celle des années 2000, où des joueurs noirs européens avaient dénoncé des chants racistes lors de matchs en Argentine.
Une réaction arbitrale mesurée
L’arbitre Diana Gómez, seule femme dans une compétition majoritairement masculine, a joué un rôle clé dans la gestion de cette séquence. Après les déclarations de Agüero, elle a insisté sur la nécessité de « mesurer [leurs] propos ». Son intervention a permis d’apaiser les tensions avant le coup d’envoi, même si l’épisode laisse planer un malaise.
Côté colombien, la réaction du capitaine adverse reflète une certaine vigilance. Bien qu’il ait accepté la démarche, il a tenu à rappeler la sensibilité du sujet : « Faites attention », a-t-il glissé, montrant ainsi que le sujet reste explosif.
Cette scène, si elle visait à prévenir les malentendus, révèle en réalité les défis persistants du football sud-américain face aux questions raciales. Alors que les compétitions internationales se succèdent, la pression s’accentue pour que les fédérations adoptent des mesures concrètes, au-delà des simples déclarations d’intention.
En Argentine, le mot « negro » est parfois utilisé de manière familière ou affectueuse dans le langage courant, y compris dans le milieu sportif. Cependant, son usage pour désigner des personnes noires peut être perçu comme péjoratif ou raciste, notamment à l’international. Cette ambiguïté culturelle a déjà provoqué des polémiques, comme lors de la Coupe du monde 2022, où des joueurs argentins avaient été accusés d’avoir tenu des propos racistes envers l’équipe de France.
L’arbitre a pour mission de garantir le bon déroulement du match et de veiller au respect des règles, y compris celles liées au fair-play et à la non-discrimination. Dans cette affaire, Diana Gómez a rappelé l’importance du respect, tout en laissant la situation se régler entre les équipes. Son intervention a permis d’éviter une escalade, mais n’a pas tranché sur le fond du problème.