Face à la recrudescence des cyberattaques ayant ciblé administrations et entreprises cet été, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) vient de publier, lundi 31 août 2026, un guide complet dédié à la sécurisation des réseaux Wi-Fi professionnels. Intitulé « Les Essentiels » et accessible depuis son site officiel, ce document propose une vingtaine de recommandations pratiques, organisées en trois volets distincts. L’objectif affiché est de renforcer la protection des infrastructures numériques des organisations, alors que les attaques par rebond via des réseaux mal sécurisés restent une menace récurrente, selon nos confrères de BDM.
Ce qu'il faut retenir
- L’ANSSI publie un guide de 20 bonnes pratiques pour sécuriser les réseaux Wi-Fi en entreprise, publié le 31 août 2026.
- Les utilisateurs doivent désactiver le Wi-Fi et les partages de connexion inutiles, et privilégier un VPN maîtrisé en déplacement.
- Les administrateurs réseau doivent journaliser les connexions, changer les identifiants par défaut et cloisonner les interfaces d’administration.
- Les protocoles WPA3-Enterprise sont recommandés, tandis que le mode mixte WPA3/WPA2 est à proscrire.
- Les mises à jour des systèmes, points d’accès et terminaux doivent être déployées sans délai.
Des réflexes individuels pour limiter les risques au quotidien
Le premier volet du guide s’adresse directement aux collaborateurs utilisant un poste professionnel. L’ANSSI y rappelle des principes de base souvent négligés, mais cruciaux pour éviter des compromissions. Il est ainsi recommandé de désactiver systématiquement l’interface Wi-Fi et le partage de connexion lorsqu’ils ne sont pas utilisés, ainsi que la fonction de connexion automatique aux réseaux déjà connus. Ces mesures permettent de réduire l’exposition aux attaques par force brute ou aux écoutes clandestines, précise l’agence.
Lors de déplacements dans des lieux publics — gares, aéroports ou cafés —, l’utilisation d’un réseau Wi-Fi public est vivement déconseillée. À la place, l’ANSSI préconise d’activer un service VPN maîtrisé par l’organisation, afin d’encapsuler le trafic et de le protéger des interceptions. Par ailleurs, le pare-feu local doit impérativement bloquer les connexions entrantes non sollicitées. Enfin, avant toute cession, reconditionnement ou mise hors service d’un terminal, il est impératif de supprimer les réseaux connus ainsi que leurs secrets de connexion, afin d’éviter tout accès ultérieur non autorisé.
Un réseau Wi-Fi professionnel : des règles strictes pour les équipes techniques
Le deuxième volet cible les équipes en charge du déploiement et de la gestion des infrastructures Wi-Fi au sein des entreprises. L’ANSSI y rappelle une règle absolue : interdire l’utilisation de points d’accès personnels en environnement professionnel. Ces équipements grand public, souvent mal configurés, constituent des portes d’entrée privilégiées pour les attaquants. L’agence insiste également sur le choix des protocoles de chiffrement : WPA3-Enterprise doit être privilégié, suivi de WPA2-Enterprise sous conditions, tandis que le mode mixte WPA3/WPA2 est à éviter, car il affaiblit la sécurité des terminaux compatibles WPA3.
Autre point clé : la gestion des secrets de connexion. Ceux-ci ne doivent être distribués qu’au personnel autorisé et leur renouvellement doit être régulier, afin de limiter les risques liés à d’éventuelles fuites. L’agence souligne que ces mesures, bien que simples en apparence, sont souvent négligées dans les petites et moyennes entreprises, où les ressources dédiées à la cybersécurité sont limitées. Pourtant, leur application systématique permet de réduire significativement la surface d’attaque des réseaux internes.
Pour les administrateurs réseau, une gestion centralisée et sécurisée s’impose
Le troisième volet s’adresse spécifiquement aux administrateurs réseau, dont le rôle est central dans la sécurisation des infrastructures Wi-Fi. L’ANSSI formule plusieurs exigences précises. D’abord, il est recommandé de journaliser toutes les connexions des points d’accès et des contrôleurs Wi-Fi vers une infrastructure centrale de supervision. Ces logs permettent d’identifier rapidement des comportements anormaux ou des tentatives d’intrusion, et doivent être conservés pour une durée déterminée.
L’agence insiste aussi sur la nécessité de changer systématiquement les identifiants et mots de passe par défaut — une faille récurrente dans de nombreuses organisations. Les protocoles d’administration doivent être sécurisés via TLS ou SSH, et les interfaces d’administration doivent être connectées à un réseau dédié et cloisonné, isolé du reste de l’infrastructure. Cette approche en couches permet de limiter l’impact d’une éventuelle compromission.
Enfin, l’ANSSI rappelle l’importance des mises à jour régulières des systèmes d’exploitation, des pilotes, des points d’accès, des contrôleurs et des terminaux. Ces correctifs, souvent perçus comme une contrainte, comblent des vulnérabilités critiques et doivent être déployés sans délai, dès leur publication. « Négliger les mises à jour, c’est laisser une porte grande ouverte aux attaquants », rappelle l’agence dans son guide.
« Ce guide s’inscrit dans une démarche proactive pour renforcer la résilience des organisations face aux cybermenaces. Chaque mesure, même individuelle, contribue à bâtir un écosystème plus sûr. »
— Un porte-parole de l’ANSSI, cité par BDM
Dans un contexte où les cyberattaques se multiplient et où les méthodes des pirates gagnent en sophistication, ces directives de l’ANSSI pourraient bien devenir une référence pour les professionnels de la cybersécurité. Leur adoption massive dépendra cependant de la capacité des organisations à concilier exigences techniques et contraintes budgétaires. Une chose est sûre : dans le paysage actuel de la menace, la négligence n’est plus une option.