Les consommateurs sénégalais qui se tournent vers l’eau en sachet pour se désaltérer s’exposent, malgré les apparences, à des risques sanitaires importants. Selon RFI, une étude universitaire menée à Dakar révèle que 83 % des sachets d’eau vendus dans le pays sont contaminés par des bactéries, dépassant largement les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans 15 % des cas analysés, des traces de matières fécales ont même été détectées, un chiffre particulièrement alarmant pour les autorités sanitaires.
Ce qu'il faut retenir
- 83 % des sachets d’eau en plastique vendus au Sénégal contiennent des bactéries en quantité excessive, selon une étude universitaire.
- Dans 15 % des cas, des traces de matières fécales ont été identifiées.
- Les taux de contamination dépassent largement les normes fixées par l’OMS.
- L’étude a été menée à Dakar, mais les résultats concernent l’ensemble du territoire national.
- Cette pollution pose un défi majeur pour la santé publique, notamment en période de canicule.
Menée par des chercheurs universitaires, cette enquête met en lumière un problème récurrent au Sénégal, où l’eau en sachet – pratique et accessible – représente une alternative courante à l’eau du robinet ou aux bouteilles en plastique. Pourtant, les résultats sont sans appel : quatre sachets sur cinq ne respectent pas les standards sanitaires internationaux. Dr. Amadou Diop, microbiologiste et coauteur de l’étude, a précisé à RFI que « les bactéries identifiées, comme Escherichia coli, indiquent une contamination fécale directe, souvent liée à des conditions de stockage ou de production insalubres ».
Les échantillons prélevés dans plusieurs points de vente de Dakar et d’autres régions du pays ont révélé une concentration de micro-organismes pathogènes bien supérieure aux limites tolérées. L’OMS recommande un taux maximal de 0 UFC/100 ml pour les bactéries indicatrices de contamination fécale, mais certains sachets analysés affichaient des valeurs dépassant 1 000 UFC/100 ml. « Ces chiffres sont préoccupants, car ils exposent les consommateurs à des risques de maladies diarrhéiques, de fièvre typhoïde ou même d’infections plus graves », a souligné le chercheur.
Le phénomène n’est pas nouveau, mais l’ampleur des résultats de cette étude surprend. Depuis des années, les associations de consommateurs alertent sur les pratiques douteuses de certains producteurs, souvent non régulés. Mame Bineta Diouf, porte-parole d’une ONG locale de défense des droits des consommateurs, a déclaré à RFI : « Nous recevons régulièrement des plaintes de clients victimes de troubles digestifs après avoir consommé de l’eau en sachet. Pourtant, il n’existe aucune norme claire encadrant cette production artisanale. » Les autorités sanitaires, contactées par RFI, n’ont pas encore réagi officiellement à ces conclusions.
Ce scandale sanitaire survient dans un contexte où le Sénégal fait face à des défis majeurs en matière d’accès à l’eau potable. Selon la Banque mondiale, près de 20 % des Sénégalais n’ont pas accès à une source d’eau améliorée, et l’eau en sachet représente une solution de secours pour des millions de personnes. Pourtant, avec des taux de contamination aussi élevés, cette alternative pourrait bien aggraver la situation sanitaire plutôt que de l’améliorer. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer les actions des pouvoirs publics et la réaction des producteurs.
L’eau en sachet est largement plébiscitée pour son prix abordable et sa praticité. Vendue à moins de 50 FCFA (environ 0,07 €) l’unité, elle constitue une solution accessible pour les ménages, surtout en zone urbaine où les infrastructures de distribution d’eau potable restent limitées. Son emballage léger et jetable en fait également un produit très pratique pour les déplacements.
Les bactéries comme Escherichia coli peuvent provoquer des gastro-entérites, des diarrhées aiguës, voire des infections plus graves comme la fièvre typhoïde ou le choléra dans les cas extrêmes. Ces maladies sont particulièrement dangereuses pour les enfants et les personnes immunodéprimées.