Une douzaine de personnes, dont un député d’opposition et des étudiants engagés dans le mouvement de contestation contre le gouvernement serbe, ont reçu ces dernières semaines des alertes indiquant qu’elles avaient été ciblées par le logiciel espion Pegasus. Selon nos confrères du Monde, ces notifications, envoyées par l’organisation non gouvernementale Access Now, confirment une surveillance numérique systématique des voix critiques du pouvoir en place.
Ce qu'il faut retenir
- Une douzaine de personnes — dont un député et des étudiants — ont reçu des alertes Pegasus entre mi-août et début septembre 2026.
- Ces cibles font partie du mouvement de protestation contre le gouvernement serbe, actif depuis plusieurs mois.
- L’ONG Access Now a confirmé l’authenticité des notifications via une analyse technique indépendante.
- Pegasus, développé par le groupe israélien NSO, est connu pour être utilisé par des États pour surveiller des opposants politiques.
- La Serbie, candidate à l’adhésion à l’UE, fait l’objet de critiques récurrentes sur son respect des droits humains et des libertés numériques.
Un outil controversé au cœur de tensions politiques
Le logiciel Pegasus, capable d’infecter des smartphones à distance et de récupérer des données sensibles, est au centre de vives polémiques internationales. D’après Le Monde, son utilisation en Serbie s’inscrit dans un contexte de répression accrue contre les médias indépendants et les militants. « Ces notifications arrivent alors que le gouvernement serbe durcit sa politique de contrôle des mouvements sociaux », explique un chercheur en cybersécurité contacté par nos soins. L’envoi des alertes par Access Now vise précisément à alerter les cibles potentielles avant qu’une infection ne soit effective, limitant ainsi les risques de piratage.
Des cibles aux profils variés mais unis par leur opposition au pouvoir
Parmi les personnes visées figurent Marina Ristic, une députée de l’opposition au Parti démocratique, ainsi que plusieurs étudiants de l’Université de Belgrade, connus pour leur participation aux rassemblements hebdomadaires contre la politique du président Aleksandar Vučić. « Nous avons reçu ces messages il y a trois jours, mais nous ignorons encore qui se cache derrière cette tentative d’espionnage », a déclaré Ristic à l’AFP. Les notifications, envoyées en serbe et en anglais, précisaient : « Votre appareil a peut-être été compromis par un acteur malveillant lié à Pegasus. »
Les autorités serbes n’ont pas réagi officiellement à ces révélations. Pourtant, en 2023, le Premier ministre Ana Brnabić avait nié toute utilisation de logiciels espions contre des opposants, qualifiant ces accusations de « fake news ». Comme le rapporte Le Monde, cette nouvelle affaire risque d’aggraver les tensions entre Belgrade et les institutions européennes, déjà préoccupées par le recul démocratique en Serbie.
Dans l’immédiat, les personnes concernées sont invitées à ne pas cliquer sur les liens contenus dans les notifications et à se tourner vers des experts en cybersécurité pour sécuriser leurs appareils. Les organisations de défense des droits humains appellent également à une transparence totale de la part des autorités serbes, sans laquelle « l’ombre de la surveillance arbitraire continuera de planer sur les citoyens », comme le souligne une porte-parole d’Amnesty International.
Non. Pegasus nécessite généralement une interaction de l’utilisateur, comme cliquer sur un lien piégé ou ouvrir un fichier infecté. Cependant, certaines versions du logiciel exploitent des failles zero-day, rendant l’infection possible sans aucune action de la part de la victime. Les alertes envoyées par Access Now permettent d’identifier une tentative de contamination avant qu’elle ne réussisse.