Alors que le mégafeu de Saumos a ravagé plus de 42 000 hectares en Gironde au mois de juillet, les sylviculteurs de la région se trouvent confrontés à une urgence double. D’une part, ils doivent évacuer, vendre et reboiser leurs parcelles au plus vite pour éviter que les arbres brûlés ou déracinés ne soient infestés par des scolytes, ces coléoptères nuisibles. D’autre part, une autre menace, tout aussi redoutable, commence à se propager : le nématode du pin, un vers microscopique attaquant les pins, dont les premiers foyers ont été détectés au sud de la forêt des Landes. Selon nos confrères du Figaro, cette situation place les professionnels dans une course contre la montre, où chaque jour compte.

Ce qu'il faut retenir

  • Le mégafeu de Saumos a détruit 42 000 hectares de forêt en Gironde en juillet 2026.
  • Les sylviculteurs doivent évacuer et vendre rapidement leur bois pour éviter les infestations de scolytes.
  • Le nématode du pin, un ver microscopique attaquant les pins, progresse au sud de la forêt des Landes.
  • Le marché du bois en 2026 est défavorable, contrairement à la situation post-Covid de 2022.
  • En 2022, l’exploitation des parcelles ravagées par le mégafeu de Landiras avait généré 8 millions d’euros de recettes.

Un bois brûlé vulnérable aux scolytes et aux maladies

Les forêts de Gironde, déjà meurtries par le feu, doivent maintenant faire face à des risques sanitaires accélérés. Un bois calciné, abattu ou affaibli devient une proie idéale pour les scolytes, ces petits coléoptères qui pondent leurs œufs sous l’écorce des arbres morts ou stressés. « Le bois brûlé est particulièrement vulnérable, car il perd ses défenses naturelles », explique un expert sylvicole cité par le Figaro. Sans intervention rapide, ces insectes peuvent proliférer et contaminer les parcelles voisines, aggravant les pertes pour les propriétaires forestiers.

Mais le scénario pourrait encore empirer. Une autre menace, moins visible mais tout aussi dévastatrice, gagne du terrain : le nématode du pin, un organisme microscopique capable de tuer un pin en quelques semaines. Selon les dernières observations, la maladie progresse au sud de la forêt des Landes, à quelques kilomètres seulement des zones touchées par le feu. Les autorités sanitaires surveillent de près cette évolution, car une propagation vers les zones brûlées pourrait avoir des conséquences irréversibles.

Un marché du bois en pleine déroute

Si la situation sanitaire est alarmante, le contexte économique ne l’est pas moins. En 20228 millions d’euros. Cinq ans plus tard, en 2026, le marché est tout autre : la demande européenne s’est affaiblie, et les prix du bois ont chuté. « Pour écouler le bois cette année, la filière va devoir trouver des débouchés hors de nos frontières », a souligné un représentant du secteur auprès du Figaro.

Les sylviculteurs se retrouvent donc pris en étau : d’un côté, des coûts d’exploitation élevés pour évacuer et reboiser, de l’autre, des revenus en chute libre. Certains envisagent de reporter leurs projets de replantation, faute de moyens. D’autres misent sur des aides publiques, mais les dispositifs tardent à être mis en place. « On a besoin de visibilité et de soutien rapide, sinon c’est toute une filière qui risque de s’effondrer », a déclaré un sylviculteur girondin.

Reboisement et prévention : les défis des mois à venir

Face à cette double crise, les sylviculteurs doivent agir sur deux fronts. Le premier concerne l’évacuation et la vente du bois brûlé avant que les scolytes ne s’y installent. Les experts recommandent de traiter les parcelles avec des insecticides et de les surveiller pendant plusieurs mois. « Le risque est maximal dans les six mois qui suivent un incendie », rappelle un ingénieur forestier. Le second front, plus complexe, concerne la prévention contre le nématode du pin. Des contrôles sanitaires renforcés sont en cours, notamment dans les pépinières et les zones de reboisement.

Côté reboisement, les choix des essences à replanter seront cruciaux. Les pins, traditionnellement cultivés dans la région, sont particulièrement vulnérables au nématode. Les autorités envisagent de promouvoir des espèces plus résistantes, comme le chêne ou le Douglas, mais ces alternatives demandent des investissements supplémentaires et des délais de mise en place plus longs.

Et maintenant ?

Dans les prochaines semaines, les sylviculteurs devraient bénéficier d’un plan d’urgence annoncé par les pouvoirs publics, incluant des aides financières pour l’évacuation du bois et des subventions pour le reboisement. Une réunion est prévue en octobre avec les représentants de la filière pour finaliser ces dispositifs. Parallèlement, les services de l’État vont intensifier la surveillance du nématode du pin, avec des zones tampons créées autour des foyers détectés. Pour autant, les professionnels restent prudents : « Même avec des mesures fortes, la reprise prendra des années », confie un observateur du secteur.

En attendant, la Gironde reste sous haute tension. Entre les cendres encore fumantes de juillet et les menaces qui planent sur l’avenir de ses forêts, la région doit faire face à une équation complexe : préserver ses écosystèmes tout en sauvant une filière économique essentielle.

Le nématode du pin est un minuscule ver qui s’attaque aux pins en bloquant leur circulation de sève. Il peut tuer un arbre en quelques semaines. Selon les experts, sa propagation récente dans le sud des Landes est liée aux échanges de plants contaminés et aux conditions climatiques favorables à son développement.

Les sylviculteurs peuvent prétendre à des aides de l’État pour l’évacuation du bois, le reboisement et la prévention sanitaire. Un fonds d’urgence de 5 millions d’euros a été annoncé pour la Gironde, mais les modalités d’attribution ne seront précisées qu’après la réunion d’octobre. Les collectivités locales proposent également des dispositifs complémentaires.