Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des pays du G20 se réunissent depuis ce week-end à Asheville, en Caroline du Nord, pour une série de discussions cruciales sous l’égide des États-Unis, désormais à la présidence du volet financier du groupe. Selon Euronews FR, cette rencontre, qui s’achèvera par un sommet des dirigeants les 14 et 15 décembre à Miami, intervient dans un contexte économique et diplomatique particulièrement tendu, marqué par des tensions commerciales, une résurgence des hostilités économiques avec l’Iran et des tensions internes à l’alliance atlantique.
Ce qu'il faut retenir
- Les États-Unis, présidant le G20 financier, mettent l’accent sur la croissance économique, la restructuration de la dette et la sécurité énergétique, un agenda qu’ils entendent imposer à leurs partenaires.
- Washington durcit sa pression sur l’Iran, avec l’annonce prochaine de sanctions contre une banque non nommée, tandis que le Trésor américain cible déjà des institutions financières liées à des échanges avec Téhéran.
- Les restrictions imposées à certains médias (New York Times, Wall Street Journal, Bloomberg) lors de ces réunions suscitent une polémique sur la transparence.
- L’Europe est représentée par l’Irlande, dont le ministre des Finances, Simon Harris, insiste sur les enjeux de sécurité énergétique et de stabilité financière.
- Ces discussions préparent aussi le terrain pour la visite officielle de Xi Jinping à Washington le 24 septembre et le sommet de Miami en décembre.
Un cadre symbolique pour un sommet sous haute pression
Asheville, ville des montagnes de Caroline du Nord, n’a pas été choisie au hasard. Elle a été le théâtre de l’ouragan Helene en septembre 2024, une catastrophe naturelle ayant causé la mort de plus de 250 personnes et des dégâts estimés à près de 80 milliards de dollars (69 milliards d’euros) sur un vaste territoire allant de la Floride aux Carolines. « La reconstruction d’Asheville offre un cadre adéquat pour aborder les questions de croissance économique », a souligné le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, lors d’un entretien avec l’Associated Press. Selon nos confères de Euronews FR, l’administration Biden mise sur ce symbole pour rallier les membres du G20 à sa vision, axée sur la dérégulation et l’indépendance énergétique.
L’ordre du jour de cette réunion, qui a débuté par une rencontre des adjoints ce week-end, est chargé : croissance économique, déséquilibres mondiaux, restructuration de la dette souveraine, régulation bancaire et sécurité énergétique. Autant de sujets qui devraient cristalliser les divergences entre les États-Unis et leurs partenaires, notamment sur la question des tarifs douaniers et des sanctions.
Washington muscle son discours face à l’Iran et à la Chine
La priorité affichée par Scott Bessent reste la lutte contre l’influence iranienne, sur le plan économique cette fois. « Nous allons sanctionner une nouvelle banque cette semaine », a-t-il annoncé à l’agence AP, sans préciser laquelle. « Ce sera une forme de violence financière si nous devons aller jusque-là », a-t-il ajouté, avant d’insister : « Nous montrons aux gens que nous savons qui vous êtes, et que cela doit cesser ». Une rhétorique qui rappelle l’escalade verbale des dernières semaines, alors que les tensions entre Washington et Téhéran se cristallisent désormais sur le terrain économique plutôt que militaire.
Le Trésor américain a d’ores et déjà donné le ton en proposant, vendredi 29 août, une règle visant à couper les succursales émiraties de la Banque Misr — deuxième établissement bancaire égyptien — du système financier américain. Une mesure ciblée, mais symbolique, qui évite pour l’instant de frapper des partenaires commerciaux majeurs comme la Chine ou l’Inde, toujours actifs dans les échanges avec l’Iran. « Toutes les options sont sur la table » concernant les achats de pétrole chinois, a prévenu Bessent, balayant les accusations d’hésitation de la part des médias, qu’il qualifie de « récit complètement faux ».
L’Europe en première ligne : entre prudence et fermeté
Côté européen, l’Irlande assure la représentation de l’UE au G20, une responsabilité liée à sa présidence semestrielle du Conseil de l’Union européenne depuis le 1er juillet. Simon Harris, à la fois Tánaiste (vice-Premier ministre) et ministre des Finances irlandais, a salué « la première réunion ministérielle des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales du G20 depuis que l’Irlande a pris la présidence de l’UE ». Pour lui, ce forum doit servir à « échanger des points de vue et œuvrer à la stabilité économique et financière internationale ».
Parmi les priorités européennes figurent clairement la sécurité énergétique et la garantie d’approvisionnements stables, dans un contexte marqué par la volatilité des marchés due aux conflits au Moyen-Orient. Harris doit par ailleurs enchaîner les réunions bilatérales avec ses homologues du G20, alors que Dublin a également été invitée en tant que pays hôte au sommet des dirigeants de décembre à Miami.
Tensions commerciales et restrictions médiatiques : le G20 sous tension
Ces discussions se déroulent dans un climat de défiance croissante entre les États-Unis et plusieurs de leurs alliés. Les négociations commerciales avec le Canada se sont envenimées après leur échec, tandis que les relations avec Pékin restent sous haute surveillance. Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale, a encore alimenté les spéculations en tenant, quelques jours avant le sommet, un discours offensif lors de la conférence de Jackson Hole, augmentant les probabilités d’une hausse des taux américains dès ce mois-ci.
Autre source de controverse : les restrictions imposées à certains médias. Le Trésor américain a interdit l’accès à la couverture de ces réunions à des journalistes du New York Times, du Wall Street Journal et de Bloomberg. Une décision qualifiée d’« inquiétante » par le New York Times, qui y voit « une tentative flagrante de se soustraire au regard du public ». Interrogé sur le sujet, Bessent a rétorqué que cette mesure « n’a rien à voir avec le point de vue », sans fournir d’explications supplémentaires.
En toile de fond, la réunion du G20 financier devra aussi répondre à une question plus large : dans un monde où les dettes souveraines atteignent des sommets et où les conflits géopolitiques se multiplient, les États parviendront-ils à concilier souveraineté économique et coopération internationale, ou l’unilatéralisme prendra-t-il définitivement le pas sur le multilatéralisme ?