La disparition de Ratko Mladic, figure controversée de la guerre en Bosnie, a ravivé les tensions autour de son héritage et des valeurs européennes. Selon nos confrères de Libération, les cérémonies organisées en Serbie à sa mémoire constituent une provocation envers les victimes du génocide de Srebrenica et un défi lancé à l’État de droit. Ces hommages publics, jugés incompatibles avec les principes démocratiques, soulèvent des questions sur la réconciliation dans les Balkans.

Ce qu'il faut retenir

  • Ratko Mladic, condamné pour génocide et crimes de guerre, est décédé le 30 mai 2026 à La Haye, où il purgait une peine de prison à perpétuité.
  • Des cortèges et veillées funèbres ont été organisés en Serbie, notamment à Belgrade et dans d’autres villes, pour lui rendre hommage.
  • Les autorités serbes, dont le président Aleksandar Vučić, ont participé à ces commémorations, suscitant une vive polémique en Europe.
  • Srebrenica, où plus de 8 000 Musulmans bosniaques furent massacrés en 1995, reste un symbole des crimes commis sous le commandement de Mladic.
  • Ces hommages sont perçus comme une insulte aux victimes et une remise en cause des verdicts du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).

Un héritage criminel et des hommages controversés

La mort de Ratko Mladic, survenue le 30 mai 2026 à l’âge de 75 ans, a été officiellement annoncée par les autorités néerlandaises. Ce général serbe de Bosnie, surnommé « le boucher des Balkans », était déjà une figure sulfureuse avant même son procès. Condamné en 2017 par le TPIY pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre — dont le massacre de Srebrenica en juillet 1995 — il incarnait l’impunité des responsables des pires exactions de la guerre en Bosnie (1992-1995). Comme le rapporte Libération, son décès a pourtant été l’occasion pour une partie de la Serbie de célébrer sa mémoire, transformant des rues en lieux de rassemblement et de deuil.

Parmi les participants figuraient des responsables politiques, dont le président Aleksandar Vučić, qui a salué « un homme qui a défendu la Serbie ». Ces déclarations, relayées par les médias locaux, ont choqué les associations de victimes et les institutions européennes. Pour Le Haut Représentant de l’UE en Bosnie, cette attitude rappelle que « la réconciliation reste un processus inachevé dans les Balkans ».

Srebrenica, un crime imprescriptible

Le massacre de Srebrenica, perpétré en juillet 1995 sous le commandement de Mladic, reste l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire européenne contemporaine. En quelques jours, plus de 8 000 hommes et garçons bosniaques musulmans furent exécutés par les forces serbes de Bosnie, malgré la présence d’une force de maintien de la paix néerlandaise sur place. Ce crime a été qualifié de génocide par la justice internationale, notamment par le TPIY et la Cour internationale de Justice (CIJ). — C’était un crime planifié, organisé, et exécuté avec une brutalité inouïe, rappelle un expert en droit international cité par Libération. Reconnaître cette réalité devrait être une évidence pour tout État européen, surtout pour la Serbie, candidate à l’adhésion à l’Union européenne.

Une provocation envers l’État de droit

Les réactions en Europe ont été immédiates et sévères. La Commission européenne a rappelé que « les valeurs de l’UE s’opposent à toute glorification de criminels de guerre ». Plusieurs États membres, dont la France et l’Allemagne, ont convoqué les ambassadeurs serbes pour protester. À Bruxelles, une source diplomatique a confié à Libération que « ces hommages rappellent que le nationalisme reste une force puissante en Serbie, malgré les engagements européens de Belgrade ». — C’est une insulte faite aux victimes, mais aussi à la justice internationale, souligne une ONG spécialisée dans les crimes de guerre. Comment demander à la Bosnie de tourner la page quand une partie de son voisin serbe célèbre encore ses bourreaux ?

Et maintenant ?

La polémique pourrait s’amplifier dans les semaines à venir, alors que la Serbie doit finaliser son processus de candidature à l’UE d’ici la fin de l’année 2026. Les autorités de Belgrade se trouvent désormais sous pression pour condamner publiquement les hommages rendus à Mladic, sans quoi leur adhésion pourrait être compromise. Une réunion extraordinaire du Conseil européen est prévue pour le 15 septembre 2026 afin d’évaluer la réaction serbe.

Pour les associations de victimes, une chose est sûre : ces cérémonies ne resteront pas sans suite. Plusieurs plaintes ont été déposées devant les tribunaux serbes pour « apologie de crimes de guerre », tandis que des manifestations sont organisées en Bosnie pour exiger une reconnaissance pleine et entière des crimes commis. Autant dire que la question de la mémoire et de la justice dans les Balkans reste plus que jamais d’actualité.

Ratko Mladic a été condamné en 2017 par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, notamment pour son rôle dans le massacre de Srebrenica en 1995, où plus de 8 000 Musulmans bosniaques ont été exécutés. Il était également impliqué dans le siège de Sarajevo, qui a fait près de 10 000 morts entre 1992 et 1995.