Alors que le scrutin législatif israélien prévu le 27 octobre 2026 approche à grands pas, la campagne électorale s’annonce particulièrement tendue au sein de la majorité sortante. Selon Courrier International, les attaques répétées de Benyamin Nétanyahou et de son épouse Sara contre l’opposition, ainsi que les tensions au sein même de la droite, illustrent une bataille politique où les stratégies de diversion côtoient les divisions internes.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son épouse Sara multiplient les déclarations polémiques sur les attaques du 7 octobre 2023, accusant sans preuve l’opposition de complicité.
  • Yaïr Golan, ancien général et figure de l’opposition, est visé par des allégations infondées de Sara Nétanyahou, qui l’accuse d’avoir été informé à l’avance des attaques du Hamas.
  • Un sondage publié le 2 septembre 2026 par le quotidien Maariv place le parti de Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major, en tête avec 24 sièges, devant le Likoud de Nétanyahou crédité de 22 sièges.
  • Le bloc gouvernemental sortant plafonne à 49 sièges à la Knesset, loin des 61 sièges nécessaires pour former une majorité, tandis que l’opposition en totaliserait 58.
  • Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, et Ofer Winter, nouveau venu à droite, compliquent la stratégie électorale de Nétanyahou en séduisant une partie de l’électorat nationaliste.

Des accusations infondées pour discréditer l’opposition

Dans une interview accordée le 31 août 2026 à la chaîne Channel 14, proche du gouvernement, Sara Nétanyahou a accusé Yaïr Golan, chef du parti d’opposition des Démocrates et ancien général, d’avoir été informé des attaques du Hamas avant même son mari. Elle a prétendu qu’il était « habillé et prêt » à partir au combat dès le 7 octobre 2023, une journée marquée par l’assaut du Hamas qui avait fait plus de 1 200 morts en Israël.

Ces déclarations, largement relayées, ont provoqué un tollé, d’autant que Yaïr Golan s’est illustré ce jour-là en se rendant spontanément sur les lieux des attaques pour porter secours à des victimes. Pour le journaliste Nadav Eyal, du quotidien Yediot Aharonot, cette attaque personnelle contre Golan constitue un « but contre son camp » pour le Likoud. « De nombreux Israéliens, de droite comme de gauche, ont vécu et vu de leurs propres yeux l’héroïsme de Yaïr Golan le 7 octobre », a-t-il souligné, ajoutant que « Sara Nétanyahou nous a rendu un immense service » en attirant l’attention sur cette stratégie.

Benyamin Nétanyahou a dû réagir pour tenter de désamorcer la polémique. Lors d’une déclaration publique, il a reconnu un « échec » et une « mauvaise évaluation » des services de renseignement israéliens, tout en niant catégoriquement toute « trahison » autour des événements du 7 octobre 2023.

Un paysage politique en pleine recomposition

Cette escalade des tensions survient alors que le camp Nétanyahou traverse une période difficile dans les sondages. Selon une enquête publiée le 2 septembre 2026 par le quotidien Maariv, le parti de Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée, arrive en tête avec 24 sièges prévus à la Knesset, devant le Likoud du Premier ministre, crédité de seulement 22 sièges. Un revers symbolique pour Nétanyahou, dont la formation dominait traditionnellement le paysage politique israélien.

Plus inquiétant encore, le bloc gouvernemental sortant, composé du Likoud, des partis ultraorthodoxes et de formations d’extrême droite, ne totaliserait que 49 sièges, soit bien en deçà des 61 sièges nécessaires pour former une majorité. À l’inverse, l’opposition réunirait 58 sièges, tandis que les partis arabes obtiendraient 13 sièges. Une configuration qui laisse peu de marges de manœuvre pour Nétanyahou, dont la position dépend désormais des alliances fragiles au sein de la droite.

Les alliés de Nétanyahou, une source de divisions

Parmi ces alliés, Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale et chef du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, occupe une place centrale dans les stratégies électorales. Nétanyahou cherche à le convaincre de s’allier à nouveau avec Bezalel Smotrich, ministre des Finances, dont le parti pourrait ne pas franchir le seuil électoral. Une alliance cruciale, car une perte de voix de la part d’Otzma Yehudit pourrait priver la droite de dizaines de milliers de suffrages.

Pourtant, Ben Gvir refuse de se plier aux demandes du Premier ministre. Lors d’une intervention récente, il a accusé Nétanyahou de vouloir « un Otzma Yehudit faible, afin de gouverner avec Eisenkot ». Une critique qui reflète les tensions croissantes entre les deux hommes, Ben Gvir cherchant à s’imposer comme la figure incontournable de l’extrême droite.

Ces divisions ont trouvé un écho médiatique avec l’incident survenu la semaine dernière à Madama, en Cisjordanie, où un député d’Otzma Yehudit a détruit à coups de masse un monument commémorant des « martyrs » palestiniens. Un geste symbolique, mais qui a alimenté les critiques sur la radicalisation de la campagne.

Ofer Winter, un nouveau rival à surveiller

À ces difficultés s’ajoute la menace représentée par Ofer Winter, ancien général et figure de la droite nationaliste et religieuse. Fin août 2026, Winter a lancé son propre parti, Amcha Yisrael (« Ton peuple, Israël »), en se présentant comme un renouveau politique après les attaques du 7 octobre 2023.

Pour le Yediot Aharonot, Winter incarne une menace pour Nétanyahou, car il séduit une partie de l’électorat de droite tout en restant difficile à contrôler. Bien qu’il affirme soutenir un retour de Nétanyahou à la tête du gouvernement, son ambiguïté nourrit les craintes d’un « cheval de Troie » susceptible de basculer vers l’opposition après les élections. Une perspective qui inquiète d’autant plus le Premier ministre que Winter pourrait capter des voix précieuses dans un contexte aussi serré.

Nétanyahou tente de mobiliser son électorat

Face à cette situation, Benyamin Nétanyahou a choisi de se rendre sur le plateau d’un talk-show très suivi à droite, celui des Patriotes sur la chaîne Channel 14. Une démarche inhabituelle, selon Zman Israel, la version hébraïque du Times of Israel, qui y voit une tentative de rassembler une large union à droite pour éviter une défaite électorale. « Faute d’alternative, Nétanyahou va sur le plateau des Patriotes à la recherche d’un public qui l’aidera à imposer une large union à droite afin de ne pas perdre les élections », analyse le média.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives, alors que les sondages indiquent un possible basculement du pouvoir en faveur de l’opposition. Si les alliances traditionnelles de Nétanyahou ne se concrétisent pas, le Premier ministre pourrait se retrouver dans une position inconfortable, contraint de négocier avec des partenaires inattendus ou de risquer une défaite historique. Les prochaines déclarations de Ben Gvir et d’Ofer Winter, ainsi que les réactions des partis arabes et de gauche, pourraient jouer un rôle clé dans l’issue du scrutin du 27 octobre 2026.

Pour l’heure, la campagne israélienne reste marquée par les polémiques, les divisions internes et une radicalisation des discours, reflétant les fractures d’une société israélienne toujours en quête de stabilité après les traumatismes des dernières années.

Les accusations de Sara Nétanyahou contre Yaïr Golan ont été perçues comme une tentative de discréditer une figure de l’opposition qui s’est illustrée par son héroïsme le 7 octobre 2023. Golan s’est rendu spontanément sur les lieux des attaques pour porter secours aux victimes, ce qui a été largement médiatisé. En le présentant comme ayant été informé à l’avance des attaques, le Likoud a été accusé de manipuler l’opinion publique.