Le réalisateur géorgien Alexandre Koberidze signe « Dry Leaf », une œuvre où il part à la recherche d’une jeune fille disparue, de village en village. Tourné avec un téléphone Sony Ericsson de 2008, le film se veut bien plus qu’un simple récit : il cherche à capturer « l’âme qui est dans les choses », selon ses propres mots. Cette approche artistique, à la fois minimaliste et ambitieuse, interroge les limites du médium cinématographique et la manière dont une caméra peut transcender le visible. Libération revient sur cette démarche singulière et le regard que porte Koberidze sur son propre travail.
Ce qu'il faut retenir
- Alexandre Koberidze est le réalisateur du film « Dry Leaf », une quête à travers les villages géorgiens pour retrouver une fille disparue.
- Le tournage a été réalisé avec un téléphone Sony Ericsson de 2008, appareil choisi pour sa capacité présumée à saisir « l’âme des choses ».
- Le cinéaste défend l’idée que certains outils technologiques, bien que dépassés, peuvent révéler une dimension invisible du réel.
- « Dry Leaf » est salué pour sa dimension poétique et son approche innovante de la narration cinématographique.
Un film né d’une quête et d’un outil inattendu
Avec « Dry Leaf », Alexandre Koberidze s’engage dans une quête à la fois physique et métaphysique. L’histoire suit le parcours d’un personnage qui traverse plusieurs villages géorgiens à la recherche d’une jeune fille disparue, un récit qui mêle réalisme et symbolisme. Ce qui frappe avant tout, c’est le choix du cinéaste : tourner l’intégralité du film avec un téléphone portable sorti en 2008. Selon Libération, Koberidze y voit bien plus qu’un simple gadget. Pour lui, cet appareil, avec ses limites techniques, possède une qualité unique : « capter l’âme qui est dans les choses ».
Ce téléphone, aujourd’hui considéré comme obsolète par les standards technologiques, devient ainsi le symbole d’une esthétique particulière. Koberidze explique que son objectif n’était pas de produire un film parfait sur le plan technique, mais de créer une œuvre où l’émotion et l’invisible prenaient le pas sur la précision formelle. Une démarche qui rappelle celle de certains cinéastes du passé, pour qui l’imperfection technique pouvait devenir une force narrative.
Une réflexion sur le visible et l’invisible au cinéma
Ce qui rend « Dry Leaf » particulièrement intéressant, c’est la manière dont Koberidze aborde la question de la captation de l’invisible. Pour lui, la caméra — même rudimentaire — peut révéler des vérités que l’œil nu ignore. « Ça m’intéresse de chercher comment filmer l’invisible », déclare-t-il à Libération. Cette quête dépasse le simple cadre du film : elle interroge la nature même du cinéma, entre documentation et création poétique.
Le cinéaste géorgien, installé en Allemagne, s’inscrit dans une tradition où le cinéma est autant un art qu’une philosophie. Son approche rappelle celle de réalisateurs comme Artavazd Pelechian, connu pour ses films où le montage crée une dimension presque spirituelle. Avec « Dry Leaf », Koberidze pousse cette réflexion plus loin en utilisant un outil aussi banal qu’un téléphone portable. Le résultat est un film où chaque plan semble porter une charge émotionnelle et symbolique, bien au-delà de son apparence.
La Géorgie comme décor et personnage
Le choix de la Géorgie comme cadre de « Dry Leaf » n’est pas anodin. Le pays, avec ses paysages variés et ses villages aux architectures traditionnelles, offre une toile de fond idéale pour une histoire qui mêle mystère et poésie. Les déplacements du personnage principal à travers ces villages deviennent ainsi une métaphore de la quête intérieure, où chaque étape révèle une partie de l’énigme.
D’après Libération, Koberidze a choisi de tourner sur place pour capter l’authenticité des lieux et des visages. Les habitants des villages où se déroule le film jouent souvent leur propre rôle, renforçant le réalisme de l’ensemble. Ce choix artistique donne au film une dimension documentaire, tout en laissant une large place à l’interprétation. Les paysages géorgiens, entre montagnes et plaines, deviennent ainsi des éléments à part entière du récit, presque des personnages à part entière.
Le film pose également une question plus large : dans un cinéma de plus en plus dominé par les effets numériques et les technologies high-tech, une œuvre comme « Dry Leaf » peut-elle trouver sa place ? Pour Koberidze, la réponse est évidente. « Le cinéma ne se réduit pas à la technique », souligne-t-il. « Ce qui compte, c’est ce que l’on cherche à dire, et comment on le dit. »
Selon Libération, le cinéaste géorgien considère que cet appareil, bien que dépassé sur le plan technologique, possède une qualité unique : il permet de « capter l’âme qui est dans les choses ». Koberidze explique que cette technologie rudimentaire offre une forme de authenticité et de spontanéité que les caméras modernes ne peuvent reproduire. Pour lui, le téléphone devient ainsi un outil poétique, capable de révéler une dimension invisible du réel.