Une mission d’évaluation des diplômes universitaires en « médecines complémentaires » doit être lancée pour clarifier leur contenu et leur légitimité, selon Le Monde – Education. Plusieurs enseignants et praticiens dénoncent une caution académique accordée à des pratiques non validées scientifiquement, alors que ces formations se multiplient dans les établissements supérieurs.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de développement croissant des diplômes d’université (DU) dédiés aux approches alternatives de santé, comme l’homéopathie, l’acupuncture ou la médecine chinoise. Pour ses défenseurs, ces cursus répondent à une demande sociale et professionnelle. Pourtant, une partie du corps médical et universitaire met en garde contre un risque d’instrumentalisation par des pseudosciences, craignant une légitimation scientifique trompeuse.
Ce qu'il faut retenir
- Une mission de cartographie et d’évaluation des formations en « médecines complémentaires » doit être lancée pour en réguler l’enseignement dans les universités.
- Plusieurs praticiens et enseignants critiquent l’attribution de diplômes universitaires à des pratiques non établies scientifiquement.
- Ces formations, souvent perçues comme une réponse à une demande sociale, restent controversées dans le milieu médical et académique.
- L’objectif affiché est de mieux encadrer ces diplômes, dont le nombre a augmenté ces dernières années.
Des diplômes universitaires en expansion malgré les critiques
Les universités françaises proposent de plus en plus de diplômes universitaires (DU) en « médecines complémentaires », avec des tarifs variant entre 1 000 et 5 000 euros selon les établissements. Selon Le Monde – Education, ces cursus, souvent suivis par des professionnels de santé ou des particuliers, couvrent des disciplines comme l’ostéopathie, la sophrologie ou encore la phytothérapie. Leur croissance reflète une demande accrue de la part des patients comme des soignants, mais elle suscite également des interrogations quant à leur fondement scientifique.
Parmi les établissements concernés figurent des universités comme celles de Strasbourg, Lille ou encore Paris-Descartes, où ces formations sont parfois intégrées dans des parcours de formation continue. Pourtant, leur reconnaissance académique reste contestée, certains y voyant une forme de caution institutionnelle à des pratiques dont l’efficacité n’est pas démontrée.
Des voix critiques s’élèvent contre l’entrisme des pseudosciences
Un collectif de médecins et d’universitaires, regroupant notamment des membres de l’Académie nationale de médecine et de l’Académie des sciences, dénonce ce qu’il qualifie d’« entrisme des pseudosciences » au sein de l’enseignement supérieur. « C’est donner une caution scientifique à des théories non établies », a déclaré l’un de ses porte-parole, le Pr Jean-Paul Meningaud, chirurgien et professeur à l’université Paris-Est Créteil. « Ces formations profitent d’un flou réglementaire pour se présenter comme légitimes, alors qu’elles reposent souvent sur des fondements empiriques ou des croyances non vérifiées. »
Cette critique s’appuie sur des rapports antérieurs, comme celui publié en 2022 par l’Académie de médecine, qui soulignait l’absence de preuves solides pour de nombreuses pratiques regroupées sous le terme de « médecine douce ». Malgré cela, leur enseignement à l’université se poursuit, alimentant un débat récurrent sur la frontière entre savoir académique et croyances alternatives.
Une mission d’évaluation pour clarifier la situation
Face à ces tensions, une mission de « cartographie et d’évaluation de la qualité » des formations en « médecines complémentaires » a été annoncée par le ministère de l’Enseignement supérieur. Son objectif ? Identifier les cursus les plus problématiques et proposer un cadre plus strict pour ceux qui seraient jugés scientifiquement infondés. Selon les informations rapportées par Le Monde – Education, cette mission pourrait aboutir d’ici la fin de l’année 2026 à des recommandations, voire à des restrictions pour certains diplômes.
Parmi les pistes évoquées figurent la mise en place de critères plus exigeants pour l’agrément des DU, ainsi qu’une meilleure transparence sur les méthodes pédagogiques employées. « L’enjeu n’est pas d’interdire ces formations, mais de s’assurer qu’elles ne trompent pas les étudiants ou les patients sur leur valeur scientifique », a précisé un membre du cabinet ministériel.
Au-delà de la régulation de ces formations, cette affaire soulève une question plus large : jusqu’où l’enseignement supérieur doit-il s’ouvrir à des disciplines marginales ou controversées ? Pour ses détracteurs, la réponse passe nécessairement par un renforcement des exigences scientifiques. Pour ses partisans, elle doit aussi prendre en compte la diversité des attentes sociales.
Parmi les formations les plus répandues figurent les diplômes en homéopathie, acupuncture, ostéopathie, sophrologie, phytothérapie, ainsi que des cursus en médecine chinoise ou en hypnothérapie. Ces disciplines sont souvent regroupées sous l’appellation générique de « médecines complémentaires », bien que leur approche et leur reconnaissance varient considérablement.