Les congés payés, instaurés il y a quatre-vingt-dix ans sous le Front populaire, ont profondément transformé les habitudes estivales des Français. Pourtant, avant même l’ère de l’automobile, une autre invention a marqué durablement l’imaginaire des vacances : le cyclotourisme. Comme le rapporte Ouest France, cette pratique a démocratisé l’accès aux loisirs et aux grands espaces dès le début du XXe siècle.

Ce qu'il faut retenir

  • Le cyclotourisme s’est développé massivement à partir des années 1920, bien avant la généralisation de la voiture.
  • Cette activité a été popularisée par la création de clubs et d’associations dédiés, comme le Touring Club de France en 1890.
  • En 1936, année de l’instauration des congés payés, plus de 2 millions de Français possédaient déjà une bicyclette.
  • Le vélo a permis à des millions de travailleurs d’accéder à des escapades en pleine nature, parfois pour la première fois.
  • Les « routes vertes » et les itinéraires balisés ont vu le jour dès les années 1930, facilitant les voyages à vélo.
  • Cette pratique a inspiré les politiques publiques, comme en témoigne l’aménagement des voies vertes en France aujourd’hui.

Une révolution silencieuse avant l’automobile

Dès les années 1920, le vélo s’impose comme un moyen de transport accessible et polyvalent. Selon Ouest France, il permet à des millions de Français, souvent issus de milieux modestes, de s’évader le temps d’un week-end ou de quelques jours. Contrairement à la voiture, encore réservée à une élite, la bicyclette ne nécessite ni permis ni assurance, ce qui en fait un outil de liberté pour les classes populaires. Les routes, bien que moins aménagées qu’aujourd’hui, suffisent à offrir des escapades vers la campagne ou le littoral.

Cette démocratisation est aussi portée par l’émergence de clubs cyclotouristes. Le plus emblématique, le Touring Club de France (TCF), fondé en 1890, milite pour l’aménagement de voies cyclables et l’organisation de randonnées collectives. «

Le vélo est bien plus qu’un simple moyen de transport, c’est un symbole d’émancipation pour les travailleurs », a rappelé l’historien Pierre Lachaume, spécialiste des loisirs populaires, dans une récente interview.
Une affirmation qui résume l’impact social de cette pratique.

L’âge d’or du cyclotourisme dans les années 1930

En 1936, année historique des congés payés, le vélo occupe une place centrale dans l’imaginaire des vacances. Ouest France souligne que près de deux millions de Français possèdent alors une bicyclette, un chiffre qui explose dans les années suivantes. Les routes, souvent en mauvais état, n’empêchent pas les aventuriers de s’élancer vers des destinations comme la Bretagne, les Alpes ou les bords de la Loire. Les « routes vertes », ces itinéraires sécurisés et balisés, commencent à apparaître dès cette époque, notamment grâce aux efforts des associations cyclotouristes.

Les vacances à vélo ne sont pas seulement une question de liberté, mais aussi de santé. À une époque où les conditions de travail sont rudes, pédaler permet de se ressourcer physiquement et mentalement. Les guides touristiques de l’époque, comme ceux édités par le TCF, regorgent de conseils pour organiser des randonnées de plusieurs jours, avec des étapes dans des auberges ou des campings rudimentaires. Bref, le cyclotourisme incarne alors une forme de tourisme populaire, accessible et authentique.

Un héritage toujours vivant

Si l’automobile a pris le relais après la Seconde Guerre mondiale, le cyclotourisme n’a jamais vraiment disparu. Comme le confirme Ouest France, cette pratique connaît même un regain d’intérêt depuis les années 2000, porté par la vogue des loisirs écoresponsables et du tourisme lent. Les voies vertes, aujourd’hui au nombre de plus de 50 000 km en France, sont un héritage direct des efforts des pionniers des années 1920-1930. Des destinations comme la Loire à Vélo ou la Vélodyssée attirent chaque année des centaines de milliers de cyclistes, prouvant que la petite reine reste un symbole de liberté.

Les associations cyclotouristes, toujours actives, continuent de militer pour l’amélioration des infrastructures. En 2025, un nouveau plan national pour les voies cyclables a été annoncé, avec l’objectif de porter le réseau à 100 000 km d’ici 2030. Une manière de perpétuer l’esprit des congés payés et du cyclotourisme d’autrefois, tout en s’adaptant aux enjeux contemporains.

Et maintenant ?

Alors que la France s’apprête à célébrer les 90 ans des congés payés en 2026, le cyclotourisme pourrait bien profiter de cette dynamique mémorielle. Les collectivités locales et les associations pourraient multiplier les initiatives pour promouvoir cette pratique, notamment auprès des jeunes générations. Reste à voir si les pouvoirs publics maintiendront leur soutien aux infrastructures cyclables, dans un contexte de restrictions budgétaires. Une chose est sûre : l’histoire du vélo en France n’est pas terminée.

En conclusion, le cyclotourisme a marqué l’histoire des vacances françaises bien avant l’ère de la voiture. Une révolution silencieuse, mais dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.

Le Touring Club de France (TCF), fondé en 1890, a été un acteur clé en militant pour l’aménagement de voies cyclables et l’organisation de randonnées collectives. L’association a également édité des guides touristiques et poussé les pouvoirs publics à améliorer les infrastructures, notamment dans les années 1920-1930.