Les fédérations d'organismes complémentaires santé viennent d'apprendre que le gouvernement envisage de réduire le taux de prise en charge par l'Assurance maladie obligatoire (AMO) des actes médicaux, tels que les consultations chez un médecin généraliste ou spécialiste. Cette mesure, évoquée lors d'une réunion au ministère de la Santé le jeudi 18 juin 2026, pourrait entraîner une hausse des cotisations des mutuelles pour les assurés, selon Capital.
Ce qu'il faut retenir
- Le gouvernement prévoit d'abaisser le taux de remboursement de l'Assurance maladie pour les consultations médicales, passant potentiellement de 70 % à 60 ou 65 %.
- Cette décision entraînerait une augmentation de 40 % de la part restant à la charge des complémentaires santé.
- Les assurés pourraient subir une hausse de leurs cotisations ou renoncer à certains soins pour des raisons financières.
- D'autres mesures, comme des taxations supplémentaires, pourraient être intégrées dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
- Une mission sur la répartition des dépenses entre l'AMO et les complémentaires, lancée début 2026, n'a pas encore rendu ses conclusions.
Un transfert de charges qui inquiète les complémentaires santé
Lors d'une réunion organisée au ministère de la Santé, les fédérations de complémentaires santé ont été informées d'un projet gouvernemental visant à relever fortement les tickets modérateurs sur les actes médicaux. Cette annonce a été confirmée par la Fédération des institutions paritaires de protection sociale (Fips) dans un communiqué publié le vendredi 19 juin 2026.
Le ticket modérateur correspond à la part des frais médicaux non couverte par l'Assurance maladie obligatoire. Actuellement, les assurés doivent généralement avancer cette somme, puis se la faire rembourser partiellement par leur mutuelle. Avec la baisse annoncée du taux de prise en charge de la Sécurité sociale, la charge restante pour les complémentaires santé augmenterait mécaniquement, ce qui se répercuterait sur le coût des cotisations pour les patients.
Des conséquences directes pour les assurés
Si l'Assurance maladie ne rembourse plus qu'à 60 ou 65 % une consultation chez un médecin généraliste ou spécialiste, la part restant à la charge des complémentaires pourrait progresser de 40 %. Cette situation obligerait les mutuelles à augmenter leurs tarifs pour couvrir les nouveaux coûts, une hausse qui serait directement répercutée sur les assurés. « Les assurés subiront donc de plein fouet la diminution des remboursements de la Sécurité sociale, avec un risque accru de renoncer à certains soins pour des raisons financières », a alerté Dominique Corona, numéro deux de l'Unsa et membre du conseil de la Caisse nationale de l'Assurance maladie (Cnam).
Cette mesure s'inscrit dans un contexte plus large de maîtrise des dépenses de santé. Depuis le début de l'année 2026, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a lancé une mission dédiée à la répartition des dépenses entre l'AMO et les complémentaires. Cependant, les conclusions de cette étude ne sont pas encore connues, laissant planer une incertitude sur l'ampleur des changements à venir.
D'autres mesures pourraient aggraver la situation
Le projet gouvernemental ne se limiterait pas à une simple baisse du taux de remboursement. Selon la Fips, il pourrait être complété par d'autres mesures à l'étude, notamment des taxations supplémentaires, dans le cadre du prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Ces nouvelles contraintes financières risquent d'alourdir encore la facture pour les complémentaires santé, qui pourraient à leur tour répercuter ces coûts sur les assurés.
Autant dire que les ménages français, déjà confrontés à une inflation persistante sur les dépenses de santé, pourraient voir leur budget santé s'alourdir significativement dans les mois à venir. Les professionnels du secteur s'interrogent sur la capacité des assurés à absorber ces hausses, d'autant que les inégalités d'accès aux soins risquent de se creuser.
« Ce transfert massif de charges entre la Sécurité sociale et les régimes complémentaires pourrait être complété par d'autres mesures à l'étude, notamment de taxation, dans le cadre du prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale. » — Fédération des institutions paritaires de protection sociale (Fips), 19 juin 2026
Un risque de renoncement aux soins pour les plus modestes
L'impact de cette réforme pourrait être particulièrement sévère pour les assurés aux revenus modestes ou moyens, déjà fragilisés par la hausse continue des dépenses de santé. En cas de baisse des remboursements, certains pourraient être tentés de réduire leurs dépenses médicales, voire de renoncer à des consultations ou des examens, par crainte de devoir avancer des frais trop élevés. Cette situation risquerait d'aggraver les inégalités en matière d'accès aux soins, un enjeu déjà au cœur des débats sur la santé en France.
Les fédérations de complémentaires santé, qui représentent des millions d'assurés, appellent à une réflexion approfondie sur les conséquences sociales de cette réforme. Elles soulignent que, sans mécanisme de compensation, les assurés les plus vulnérables seraient les premières victimes de cette mesure.
Dans un contexte où les dépenses de santé pèsent de plus en plus lourd dans le budget des ménages, cette annonce soulève des questions sur l'équilibre du système de santé français. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si des ajustements seront apportés à ce projet, ou si les assurés devront se préparer à une hausse de leurs cotisations mutuelles.
Le ticket modérateur correspond à la part des frais médicaux qui n'est pas remboursée par l'Assurance maladie obligatoire. Par exemple, si une consultation chez un médecin généraliste coûte 30 euros et que l'Assurance maladie rembourse 21 euros (soit 70 %), le ticket modérateur s'élève à 9 euros. Ce montant reste à la charge de l'assuré, qui peut se le faire rembourser partiellement ou totalement par sa mutuelle, selon les garanties souscrites.
Le gouvernement prévoit de mettre en place cette mesure dès cet été, par voie réglementaire. Aucune date précise n'a encore été annoncée, mais les fédérations de complémentaires santé ont été informées de l'intention de l'exécutif lors d'une réunion le 18 juin 2026.