Paris, 1er septembre 2026 — Une nouvelle offensive juridique est engagée contre le groupe de Vincent Bolloré pour défaut de pluralisme sur ses antennes CNews et Europe 1. Selon nos confrères de Libération, 71 universitaires spécialistes du droit ont déposé un recours devant le Conseil d'État, six mois après l'échec de leur première tentative en mars 2026.

Ce recours s'inscrit dans un contexte électoral tendu, à moins d'un an de l'élection présidentielle prévue en avril 2027. Les signataires dénoncent une concentration excessive des médias audiovisuels entre les mains d'un même groupe, susceptible de biaiser le débat démocratique. « Nous estimons que les chaînes CNews et la station Europe 1, toutes deux contrôlées par le groupe Bolloré, ne respectent pas les obligations légales de pluralisme, en particulier dans la couverture de l'actualité politique », a précisé l'un des porte-parole de cette initiative, contacté par Libération.

Ce qu'il faut retenir

  • 71 universitaires du droit ont déposé un nouveau recours devant le Conseil d'État contre CNews et Europe 1, rejeté en mars 2026.
  • La saisine vise à faire respecter les obligations de pluralisme médiatique dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027.
  • Les plaignants accusent les deux antennes de Vincent Bolloré de manquer de diversité dans leur traitement de l'information politique.
  • Une première requête avait été rejetée en mars 2026 par le Conseil d'État.
  • Les signataires s'appuient sur les règles de l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique).

Un premier échec en mars, une stratégie renouvelée

En mars 2026, les mêmes universitaires avaient déjà tenté de saisir le Conseil d'État pour les mêmes motifs, mais leur requête avait été rejetée pour des raisons de procédure. Cette fois, ils ont revu leur stratégie juridique et renforcé leurs arguments, notamment en s'appuyant sur des analyses de contenu médiatique récentes. « Nous avons approfondi notre dossier avec des données précises sur les déséquilibres dans la couverture des campagnes politiques », a indiqué un juriste parmi les plaignants, cité par Libération.

Les deux médias incriminés, CNews et Europe 1, appartiennent au groupe Bolloré, dont les positions éditoriales sont souvent critiquées pour leur orientation perçue comme conservatrice, notamment sur les questions politiques et sociétales. « Le pluralisme n'est pas une option, c'est une obligation légale. Nous attendons du Conseil d'État qu'il rappelle cette exigence à l'Arcom et aux groupes audiovisuels », a souligné un professeur de droit constitutionnel impliqué dans le dossier.

Les obligations de l'Arcom et le rôle du Conseil d'État

L'Arcom, autorité indépendante chargée de veiller au respect des règles de pluralisme, avait déjà été saisie à plusieurs reprises ces dernières années pour des manquements présumés de CNews et Europe 1. Pourtant, aucune sanction concrète n'a été prononcée à ce jour. « L'Arcom dispose de pouvoirs étendus, mais son action reste limitée par des procédures longues et des recours systématiques », a analysé un expert en droit des médias auprès de Libération.

Le Conseil d'État, saisi par les universitaires, pourrait ordonner à l'Arcom de réexaminer sa position ou, à défaut, imposer des mesures correctives aux deux médias. « Ce recours est une tentative de forcer l'Arcom à agir, car les mécanismes actuels ne suffisent pas à garantir un pluralisme réel », a déclaré une juriste spécialisée en droit de la communication, également partie prenante à l'action en justice.

Et maintenant ?

Le Conseil d'État doit désormais examiner la recevabilité de ce nouveau recours. Si elle est acceptée, une audience pourrait se tenir d'ici la fin de l'année 2026, avec une décision rendue courant 2027, en pleine période électorale. « Tout dépendra de la rapidité de traitement des dossiers par le Conseil d'État, mais une décision avant les primaires présidentielles n'est pas exclue », a estimé un observateur judiciaire contacté par Libération.

Dans l'immédiat, les signataires appellent à une mobilisation plus large de la société civile pour faire pression sur l'Arcom et les pouvoirs publics. « Ce combat dépasse le cadre juridique. Il s'agit de défendre la démocratie elle-même », a conclu l'un des universitaires à l'origine du recours.

Pour rappel, la loi française impose aux chaînes et stations de radio une couverture équilibrée de l'actualité politique, notamment en période électorale. En cas de manquement avéré, l'Arcom peut imposer des sanctions, allant de l'avertissement à la suspension de diffusion.

Les plaignants ont revu leur stratégie juridique et renforcé leurs arguments avec des analyses de contenu médiatique détaillées. Ils estiment désormais avoir un dossier plus solide, notamment sur les déséquilibres dans la couverture des campagnes politiques.