Selon nos confrères de BFM Business, la juridiction financière dresse, dans un rapport publié ce 2 septembre 2026, un bilan sévère de la gestion française des fonds européens de la Politique agricole commune (PAC). Avec plus de 9 milliards d’euros versés chaque année aux agriculteurs, ces aides publiques, qui représentent près de 25 % du budget de l’Union européenne, ne parviennent pas à répondre aux défis majeurs du secteur, malgré les réformes successives.

Ce qu'il faut retenir

  • La France distribue chaque année plus de 9 milliards d’euros aux agriculteurs via la PAC, soit 56 % des subventions publiques du secteur.
  • Les objectifs environnementaux ne pèsent que 30 % des financements dans le Plan stratégique national (PSN), contre 34 % en moyenne dans l’UE.
  • La modernisation productive ne représente que 4 % des budgets alloués, et la production agricole stagne en volume malgré l’augmentation de sa valeur.
  • Les aides nationales de crise sont passées de 500 millions d’euros par an jusqu’en 2020 à 1 milliard d’euros en 2022.
  • La Cour des comptes propose un nouveau concept : la « résilience productive », combinant performances économiques et environnementales.

Une manne européenne mal exploitée face à une agriculture en crise

Alors que l’été caniculaire 2026 a laissé des traces profondes sur la Ferme France — production de maïs au plus bas depuis 1980, pénuries de tomates et de salades, surcoûts pour les éleveurs de ruminants —, la Cour des comptes pointe l’absence de stratégie française à la hauteur des enjeux. Selon le rapport publié aujourd’hui, la France, premier bénéficiaire des fonds de la PAC, n’a pas su transformer cette manne en levier de relance et d’adaptation. « Aucune des promesses ayant justifié la dernière réforme de la PAC n’a été tenue en France », écrit la juridiction, soulignant l’échec des résultats économiques comme environnementaux.

Des aides insuffisamment ciblées et un système conservateur

Depuis 2023, les États membres disposent d’une marge de manœuvre accrue dans l’allocation des fonds de la PAC, qui constituent 73 % du résultat courant avant impôt des exploitations françaises. Pourtant, la France a choisi une approche jugée « conservatrice » et désormais « inefficace » par la Cour des comptes. Plutôt que de cibler les aides en fonction des besoins spécifiques des filières ou des territoires, Paris a privilégié un soutien généralisé aux revenus agricoles, garantissant un accès aux financements à un maximum d’exploitants. Résultat : les aides ne répondent ni aux transformations structurelles nécessaires, ni à la volatilité des marchés, ni à l’installation des jeunes agriculteurs.

Les objectifs environnementaux ne représentent que 30 % des financements du Plan stratégique national (PSN), contre 34 % en moyenne dans l’Union européenne. Quant à la modernisation productive, elle n’engrange que 4 % des budgets alloués. « La France mise sur un modèle qui ne permet ni d’inciter à l’innovation, ni d’accompagner les risques, ni de partager la valeur tout au long de la chaîne alimentaire », constate la Cour des comptes.

Une facture nationale en hausse et des filières en difficulté

Les crises à répétition pèsent de plus en plus sur le budget de l’État. Les aides de crise nationales sont passées de 500 millions d’euros par an jusqu’en 2020 à 1 milliard d’euros en 2022, un chiffre qui devrait continuer d’augmenter sans une refonte du système. Les rendements des filières végétales, notamment dans les zones intermédiaires, s’érodent, et le solde de la balance commerciale agroalimentaire recule. « La production agricole augmente en valeur, mais stagne en volumes », résume le rapport.

« Le système actuel ne permet pas de répondre aux défis économiques, environnementaux et sociaux du monde agricole. Il est urgent de repenser l’allocation des fonds pour une agriculture résiliente et compétitive. »

— Cour des comptes, rapport du 2 septembre 2026

Vers un nouveau modèle : la « résilience productive »

Alors que les négociations sur la future PAC (2028-2034) battent leur plein entre États membres, la Cour des comptes recommande une refonte en profondeur du système de soutien. Elle propose des aides « dégressives, contracycliques, centrées sur l’investissement, la gestion des risques, la transmission et l’installation ». Son objectif : remplacer le modèle actuel par un nouveau concept, la « résilience productive », qui concilie performances économiques et environnementales. Des modes de production comme l’agroécologie ou la polyculture-élevage pourraient servir de modèles.

Le gouvernement à l’épreuve des promesses non tenues

Alors que le gouvernement s’apprêtait à présenter un plan de sauvetage et de relance agricole — initialement prévu pour le 4 septembre mais reporté de quelques jours —, la Cour des comptes rappelle que les promesses de la dernière réforme de la PAC restent lettre morte en France. Les négociations en cours au niveau européen s’annoncent tendues, les États membres étant divisés sur le cadre et le budget de la future PAC. La France, qui a massivement utilisé sa marge de manœuvre depuis 2023, devra justifier sa stratégie si elle veut éviter un nouveau gâchis.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes s’annoncent décisives. Le gouvernement devrait présenter son plan de relance agricole dans les prochains jours, tandis que les négociations sur la PAC 2028-2034 pourraient aboutir d’ici la fin de l’année 2026. La Cour des comptes a d’ores et déjà appelé à une révision du Plan stratégique national français pour intégrer davantage d’ambition environnementale et productive. Reste à savoir si Paris saura tirer les leçons de ce rapport cinglant avant que la facture des crises ne devienne ingérable.

Les filières agricoles, en première ligne face aux aléas climatiques et économiques, attendent des mesures concrètes. Quant aux consommateurs, ils pourraient bientôt subir les conséquences de cette inertie : des pénuries persistantes et une inflation des prix des produits frais.

La PAC est un pilier de l’Union européenne, représentant près de 25 % de son budget annuel. Elle vise à soutenir les agriculteurs européens via des aides directes et des programmes de développement rural. Pour la France, premier bénéficiaire, elle représente plus de 9 milliards d’euros par an et 56 % des subventions publiques à l’agriculture.

La juridiction financière reproche à la France de ne pas avoir su cibler les aides en fonction des besoins réels des filières et des territoires. Elle souligne que les objectifs environnementaux sont sous-financés (30 % contre 34 % en moyenne dans l’UE) et que la modernisation productive ne représente que 4 % des budgets. Résultat : les aides ne transforment pas le secteur, et les crises s’accumulent.