Le président russe Vladimir Poutine a sommé mardi l’Arménie de trancher entre une intégration à l’Union européenne et son maintien au sein de l’Union économique eurasiatique, lors d’un échange tendu avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, rapporte le Figaro.
Cette confrontation diplomatique s’est tenue en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), organisé au Kirghizstan en Asie centrale. Pour Moscou, une candidature arménienne à l’UE « crée assurément des difficultés pour le maintien de son statut au sein de l’Union économique eurasiatique », a mis en garde Vladimir Poutine. Il a également renouvelé son exigence d’un référendum en Arménie « le plus rapidement possible » avant toute décision définitive.
Ce qu'il faut retenir
- Première rencontre depuis les élections législatives arméniennes de juin 2026, confirmant le virage occidental du pays.
- Poutine insiste pour qu’Erevan organise un référendum avant d’engager une adhésion à l’UE, jugée incompatible avec l’appartenance à l’Union eurasiatique.
- Pachinian répond que la loi adoptée en 2025 déclarant l’intention arménienne de candidater à l’UE rend ce référendum superflu.
- Les relations entre Moscou et Erevan se dégradent, avec des sanctions russes prises en rétorsion contre l’Arménie, partenaire commercial majeur.
- L’Arménie, historiquement sous influence russe depuis le XIXe siècle, accélère son rapprochement avec l’Occident sous l’impulsion du gouvernement Pachinian.
Un sommet sous le signe des tensions
Les deux dirigeants se sont retrouvés pour la première fois depuis les élections législatives arméniennes de juin 2026, qui ont scellé le pivot de ce pays du Caucase vers l’Occident. Ces scrutins avaient conforté Nikol Pachinian dans sa volonté de faire entrer l’Arménie dans l’UE, une perspective inacceptable pour Moscou, qui y voit une menace pour sa propre influence régionale.
Le sommet de l’OCS, organisé à Bichkek, la capitale kirghize, a donc servi de cadre à cet affrontement diplomatique. Vladimir Poutine y a réaffirmé la position russe : l’adhésion à l’UE signifierait inévitablement une sortie de l’Union économique eurasiatique, une organisation regroupant plusieurs anciennes républiques soviétiques, dont l’Arménie. « Nous devons ajuster nos politiques commerciale et économique en fonction de ces possibles décisions », a-t-il souligné.
Erevan rejette l’idée d’un référendum
Nikol Pachinian a rétorqué que la loi adoptée en 2025, officialisant l’intention arménienne de déposer une candidature à l’UE, rendait superflu tout référendum. « L’adoption d’une loi initiant la procédure pour rejoindre une autre organisation économique revient dans les faits à annoncer le retrait de la nôtre », lui a répondu Vladimir Poutine, selon le Figaro.
Pour le Premier ministre arménien, cette démarche législative équivaut déjà à une déclaration d’intention irréversible. Il a par ailleurs minimisé les risques de rupture avec l’Union eurasiatique, affirmant qu’il était « prématuré de parler d’une sortie de l’Arménie » de cette structure.
Des sanctions russes en représailles
Cette divergence de vues illustre l’ampleur des tensions entre les deux pays, historiquement liés par des relations étroites depuis la conquête du Caucase par la Russie au XIXe siècle. Depuis l’arrivée de Nikol Pachinian au pouvoir, Erevan a opéré un virage stratégique en direction de l’Occident, provoquant la colère de Moscou.
En réaction, la Russie a déjà imposé des sanctions économiques contre l’Arménie, l’un de ses principaux partenaires commerciaux dans la région. Ces mesures, dont l’impact économique reste à évaluer, s’ajoutent aux pressions politiques exercées par le Kremlin pour dissuader Erevan de poursuivre sa démarche européenne.
Reste à voir si ces tensions déboucheront sur une rupture définitive ou si un compromis pourra être trouvé, à l’image des équilibres fragiles qui caractérisent les relations entre Moscou et ses anciens alliés du Caucase.