Selon nos confrères de Libération, le psychologue Mathias Poitau, spécialiste de la prise en charge des auteurs de violences sexuelles, alerte sur l’importance d’instaurer des mesures de prévention durables. Dans un contexte où les statistiques sur les violences sexuelles restent préoccupantes, son analyse met en lumière les défis structurels à relever pour inverser la tendance.

Ce qu'il faut retenir

  • Les violences sexuelles sur mineurs restent un enjeu majeur de santé publique en France.
  • Mathias Poitau, psychologue spécialisé, insiste sur la nécessité de politiques de prévention à long terme.
  • L’efficacité des mesures préventives pourrait être mesurée dans plusieurs années.

Un expert en prise en charge des auteurs de violences sexuelles

Mathias Poitau intervient depuis plusieurs années dans l’accompagnement des personnes ayant commis des violences sexuelles. Son expertise, reconnue dans le milieu médico-social, lui permet d’éclairer les mécanismes de prévention les plus adaptés. Pour lui, la lutte contre ces violences ne peut se limiter à des actions ponctuelles. « On pourra peut-être mesurer les effets de la prévention dans quelques années », a-t-il déclaré à Libération.

Des politiques de prévention jugées insuffisantes

Si des dispositifs existent, leur portée reste limitée selon l’expert. Les campagnes de sensibilisation, les formations pour les professionnels de l’éducation ou encore les programmes de repérage précoce sont souvent perçus comme des réponses isolées. Mathias Poitau souligne que leur impact réel ne pourra être évalué qu’à moyen terme, une fois ces mesures généralisées et appliquées sur une période suffisamment longue.

Autant dire que la tâche est immense. Les chiffres officiels, bien que partiels, confirment l’ampleur du phénomène. En 2024, 11 % des victimes de violences sexuelles déclarées en France étaient mineures, selon les données de l’Observatoire national des violences faites aux femmes.

La prévention comme levier structurel

Pour Mathias Poitau, la prévention doit s’inscrire dans une approche globale, combinant éducation, accompagnement des familles et suivi des auteurs. Il rappelle que les violences sexuelles sur mineurs laissent souvent des séquelles profondes, nécessitant une prise en charge précoce. « Il ne s’agit pas seulement de sanctionner, mais aussi de prévenir la récidive », a-t-il précisé.

Ses propos s’inscrivent dans un débat plus large sur la protection de l’enfance. Les associations, comme l’Association pour la prévention des abus sexuels (APAS), militent depuis des années pour un renforcement des moyens alloués à la prévention. Pourtant, malgré les alertes répétées, les budgets dédiés restent en deçà des besoins.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront en grande partie des décisions politiques à venir. Le gouvernement a annoncé, dans son dernier plan interministériel de lutte contre les violences faites aux enfants, un renforcement des moyens pour les associations et les services sociaux. Une enveloppe de 50 millions d’euros a été allouée pour la période 2026-2028, mais son efficacité reste à prouver.

Pour Mathias Poitau, la clé réside dans la continuité. « Les politiques de prévention doivent être maintenues sur la durée, sans quoi leurs effets seront difficiles à mesurer », a-t-il rappelé. Reste à savoir si les pouvoirs publics suivront cette recommandation.

Une prise de conscience progressive

Le sujet gagne progressivement en visibilité, notamment grâce aux témoignages de victimes et aux rapports d’associations. Pourtant, les obstacles persistent. Les victimes, souvent jeunes, hésitent encore à porter plainte, par peur ou par méconnaissance des dispositifs d’aide. Les professionnels du secteur soulignent aussi le manque de moyens dans les structures spécialisées, comme les centres de victimologie.

Mathias Poitau insiste sur un point : « La prévention ne doit pas être perçue comme une solution miracle. Elle doit s’accompagner d’un travail de fond sur les représentations sociales des violences sexuelles. » Une réflexion qui dépasse le cadre strict des politiques publiques et interroge la société dans son ensemble.

Si les prochaines années permettront peut-être d’évaluer l’impact des mesures mises en place aujourd’hui, une chose est sûre : le combat contre les violences sexuelles sur mineurs reste un marathon, pas un sprint.

Parmi les dispositifs existants, on compte les campagnes de sensibilisation comme « Non au harcèlement », les formations obligatoires pour les professionnels de l’éducation, et les programmes de repérage précoce dans les écoles. Des associations, comme l’APAS, proposent également des ateliers de prévention dans les collèges et lycées.