Avec la fin des aspirations post-Covid, les salariés français ont clairement recentré leurs attentes sur le pouvoir d’achat. 87 % d’entre eux font désormais de la hausse de leur rémunération globale leur première priorité, selon une étude de l’Ifop pour la Fondation travailler autrement, en partenariat avec le Diot-Siaci Institute, relayée par France Info et Les Echos. Ce chiffre marque un retour aux préoccupations d’avant 2008, avant la crise financière.

Ce qu'il faut retenir

  • 87 % des salariés privilégient désormais une hausse de salaire, contre 61 % en 2022 pour le temps libre (39 % aujourd’hui).
  • L’écart se creuse entre employeurs et employés sur la question salariale : 89 % des dirigeants estiment verser un salaire couvrant les besoins essentiels, contre 63 % des salariés.
  • Les cadres et les salariés des grandes entreprises sont les plus satisfaits de leur rémunération, tandis que les employés et les femmes restent les plus critiques.
  • Le salaire moyen net en France s’élève à 2 321 euros mensuels, avec des écarts marqués selon le statut, le genre et la taille de l’entreprise.
  • Seulement 62 % des salariés estiment que leur employeur communique clairement sur sa politique de rémunération, contre 87 % des dirigeants.

Cette enquête, menée auprès de 1 000 salariés et 468 dirigeants, révèle un changement radical de mentalité. En 2022, le « quiet quitting » et les grandes démissions traduisaient une volonté de privilégier l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle. Aujourd’hui, l’inflation a balayé ces aspirations : 87 % des salariés placent la rémunération en tête de leurs priorités, contre seulement 16 % pour l’équilibre vie pro-vie perso. « Autant dire que le retour du pouvoir d’achat est passé avant tout le reste », souligne Patrick Levy-Waitz, président de la Fondation travailler autrement.

Un fossé persistant entre employeurs et employés sur les salaires

Le malentendu entre dirigeants et salariés reste profond. Si 89 % des employeurs estiment que leur politique salariale permet à leurs collaborateurs de « subvenir à leurs besoins essentiels ainsi qu’à ceux de leur famille », seulement 63 % des salariés partagent cet avis. Pire, moins d’un salarié sur cinq (19 %) juge son salaire « tout à fait » suffisant. « Cela illustre une fracture sociale qui ne cesse de se creuser », analyse Patrick Levy-Waitz, récemment nommé vice-président du Conseil économique, social et environnemental.

Les inégalités salariales persistent selon le statut, le genre et la taille de l’entreprise

Derrière la moyenne nationale de 2 321 euros nets mensuels se cachent des réalités très contrastées. Les employés sont les moins satisfaits de leur rémunération, avec à peine 50 % d’entre eux jugeant leur salaire « juste ». Les ouvriers suivent de près, tandis que les cadres affichent un taux de satisfaction de 81 %. Au-delà de 4 000 euros nets mensuels, la satisfaction grimpe même à 98 %.

Les inégalités de genre restent criantes : les hommes gagnent en moyenne 2 508 euros nets par mois, contre 2 093 euros pour les femmes. L’écart atteint 700 euros entre les grandes entreprises et les TPE, soit une différence de 35 %. « Un sujet d’équité majeur », commente la Fondation travailler autrement, qui y voit le spectre de la fracture des « gilets jaunes ».

Les avantages complémentaires et la transparence salariale, deux points de tension

Les grandes entreprises creusent l’écart en offrant des avantages que les PME ne peuvent se permettre : intéressement, participation, titres-restaurant, mutuelle étendue à la famille ou comité d’entreprise. Côté fidélisation, 22 % des salariés plébiscitent une augmentation ou un 13e mois, tandis que les entreprises misent majoritairement sur les primes et bonus (28 %).

La transparence salariale fait aussi débat. 87 % des dirigeants estiment communiquer clairement sur leur politique de rémunération, mais seulement 62 % des salariés confirment. « Cela reflète peut-être des attentes différentes, ou simplement un manque de clarté dans les communications internes », analyse Patrick Levy-Waitz.

Et maintenant ?

Pour la Fondation travailler autrement, ce retour du pouvoir d’achat comme priorité absolue pourrait s’inscrire dans la durée, tant que l’inflation reste élevée. Les prochaines négociations salariales, attendues à l’automne, seront un premier indicateur de la capacité des entreprises à répondre à ces attentes. Reste à voir si les pouvoirs publics interviendront pour réduire les inégalités persistantes, notamment entre les genres et les tailles d’entreprise.

Cette étude intervient alors que le gouvernement a annoncé un projet de loi sur l’égalité salariale femmes-hommes pour juin 2026. Une mesure qui pourrait, si elle est adoptée, contribuer à réduire les écarts persistants. Dans l’immédiat, les salariés semblent prêts à mettre de côté leurs aspirations à un meilleur équilibre vie professionnelle-vie personnelle au profit d’un salaire plus élevé. « Le pacte social français est en train de se réécrire », conclut Patrick Levy-Waitz.

Selon l’étude relayée par Capital, seuls 39 % des salariés privilégient désormais le temps libre à un salaire plus élevé, contre 61 % en 2022. Ce chiffre marque un retour au niveau de 2008, avant la crise financière.

Oui. 87 % des dirigeants estiment communiquer clairement sur leur politique de rémunération, mais seulement 62 % des salariés partagent cet avis. Un décalage qui souligne un manque de clarté perçu dans certaines entreprises.