Les rayons des supermarchés regorgent désormais de mentions « sans sucre ajouté » sur les emballages de gâteaux, compotes ou encore de pain de mie. Une tendance qui séduit de plus en plus de consommateurs soucieux de leur alimentation, mais dont l’intérêt nutritionnel réel fait débat. Selon nos confrères de Franceinfo - Santé, ces produits, souvent plus chers, ne garantissent pas toujours une meilleure santé. Retour sur une promesse marketing qui interroge.
Ce qu'il faut retenir
- Les produits « sans sucre ajouté » représentent une part croissante des ventes en grande distribution, avec une offre désormais pléthorique dans tous les rayons.
- Leur prix est généralement supérieur de 20 à 30 % à celui des versions classiques, comme l’illustre l’exemple du pain de mie à 2,71 € contre 1,72 € pour la version sucrée.
- Ces produits ne sont pas toujours moins caloriques ou plus sains : leur goût sucré est souvent maintenu grâce à des ingrédients naturellement riches en sucres, comme certaines variétés de pommes pour les compotes.
- Pour les gâteaux, une diététicienne recommande de privilégier les versions classiques en petites quantités plutôt que de se fier au marketing des produits « sans sucre ajouté ».
- En revanche, pour les produits à base de fruits, le « sans sucre ajouté » peut représenter un vrai bénéfice, à condition de surveiller les portions.
Une offre qui explose, mais à quel prix ?
Dans les rayons d’un supermarché francilien, l’inflation des produits « sans sucre ajouté » est visible. Mickaël Dancerne, adhérent Intermarché à Cachan et Bagneux, constate une multiplication des références : « Vous avez vraiment toutes les déclinaisons du pain de mie sans sucre ajouté. Si on prend un ou deux ans en arrière, on devait avoir une ou deux références noyées dans le rayon. Maintenant, vous avez une descente complète où vous allez avoir sans sucre ajouté. Tous les industriels mettent en avant ces produits. Il y a une vraie tendance sur le mieux manger. » Une évolution qui reflète une demande croissante des consommateurs pour des produits perçus comme plus sains.
Cependant, cette qualité supposée se paie. À titre d’exemple, un pain de mie « sans sucre ajouté » affiche un prix de 2,71 €, soit près d’un euro de plus que son équivalent sucré. Pour certains clients, comme ce sportif soucieux de sa glycémie, l’investissement en vaut la peine : « D’une, c’est pour la santé, mais c’est aussi parce que je fais attention à ma glycémie pour éviter les fringales au quotidien. C’est un bon indicateur, ce genre de pastille. Maintenant, il faut aussi regarder la composition tout le temps. » Une remarque qui souligne l’importance de décrypter les étiquettes au-delà des mentions marketing.
Des ingrédients naturels pour remplacer le sucre ajouté
Pour comprendre comment les industriels parviennent à donner un goût sucré sans ajouter de sucre, nous nous sommes rendus dans une usine de Loire-Atlantique spécialisée dans les compotes. Emilande Crole, responsable marque de distributeur pour La Fourche, explique la méthode : « On fait en sorte en amont de mélanger des variétés qui s’équilibrent pour, à la fin, avoir une purée de fruits avec un bon équilibre entre acidité et sucre. C’est ça aussi qui nous permet d’utiliser les pommes comme élément sucrant et de ne pas ajouter du sucre en plus dans nos purées de fruits. » Résultat, 90 % de la production de compotes de l’usine sont désormais sans sucre ajouté, une proportion qui illustre l’ampleur du phénomène.
Pourtant, cette absence de sucre ajouté ne signifie pas absence de sucres tout court. Les fruits, même transformés en purée ou en compote, contiennent naturellement des sucres. « On ne peut pas dire que ces produits sont sans sucre, mais plutôt qu’ils n’en contiennent pas en plus de celui qui est déjà présent dans les ingrédients », précise Emilande Crole. Une nuance importante pour les consommateurs qui pourraient croire à tort avoir affaire à des produits allégés en sucre.
Faut-il privilégier le « sans sucre ajouté » pour tous les produits ?
La question divise les experts. Laëtitia Suissa, diététicienne, apporte un éclairage nuancé. Pour les gâteaux, elle recommande de rester prudent : « En général, ce que je préconise, c’est toujours de favoriser peut-être des aliments avec du vrai sucre, plus de sucre naturel. En consommer une petite quantité plutôt que de consommer des produits avec un marketing très vendeur et en fait on va en consommer deux fois plus puisqu’on va dire que c’est mieux pour la santé. » Selon elle, le piège réside dans la surconsommation de produits perçus comme sains, mais qui, en réalité, ne le sont pas forcément.
En revanche, pour les produits à base de fruits, le « sans sucre ajouté » peut représenter un vrai avantage. « Pour les produits à base de fruits en revanche, mieux vaut miser sur le sans sucre ajouté, mais attention, ils restent naturellement très sucrés et doivent être consommés avec modération », ajoute-t-elle. Une position qui rappelle que le critère « sans sucre ajouté » ne doit pas être le seul guide d’achat, et que la modération reste de mise pour tous les produits sucrés, qu’ils soient naturels ou ajoutés.
Des pièges à éviter dans les rayons
La mention « sans sucre ajouté » est encadrée par la réglementation européenne, qui interdit d’ajouter du sucre ou des édulcorants aux produits ainsi étiquetés. Pourtant, cela ne signifie pas que ces produits sont pauvres en calories ou adaptés à un régime minceur. « Ce n’est pas parce qu’un produit est sans sucre ajouté qu’il est hypocalorique ou adapté à une perte de poids. Tout dépend de la base du produit et des autres ingrédients utilisés », rappelle Laëtitia Suissa.
Autre point de vigilance : la présence d’additifs ou d’arômes qui peuvent compenser l’absence de sucre, mais introduire d’autres substances moins recommandables. « Il faut toujours vérifier la liste des ingrédients. Parfois, on remplace le sucre par des édulcorants ou d’autres additifs dont l’impact sur la santé n’est pas neutre », explique la diététicienne. Une analyse qui invite les consommateurs à adopter un regard critique sur les étiquettes, au-delà des mentions rassurantes en façade.
En attendant, les consommateurs sont invités à rester vigilants et à privilégier une alimentation variée et équilibrée, plutôt qu’à se fier uniquement aux mentions portées sur les emballages. Comme le souligne Laëtitia Suissa, « la clé reste la modération et le bon sens. Un produit sans sucre ajouté n’est pas automatiquement un produit sain, et un produit sucré en petite quantité peut tout à fait s’intégrer dans une alimentation équilibrée. »