Chaque année, le 1er juillet marque au Québec une tradition unique : le « jour du déménagement ». Des dizaines de milliers de ménages profitent de cette date pour changer de logement, un rituel qui rythme la vie locale. Pourtant, depuis plusieurs années, cette pratique se heurte à une réalité bien plus sombre : l’impossibilité croissante de se reloger dans un marché immobilier en crise, rapporte Le Monde.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 1er juillet est traditionnellement le « jour du déménagement » au Québec, une pratique culturelle ancrée depuis plus d’un siècle.
  • Cette année, des milliers de Québécois ont dû renoncer à déménager en raison de la pénurie de logements et de la hausse des loyers.
  • La province enregistre un taux de vacance des logements historiquement bas, autour de 1,5 %, selon les dernières données disponibles.
  • Les loyers ont augmenté de plus de 10 % en un an dans certaines régions, aggravant les difficultés des ménages.

Une tradition centenaire mise à mal par la crise immobilière

Depuis plus de 150 ans, le 1er juillet est synonyme, au Québec, de départs en cascade et de déménagements groupés. Cette pratique trouve son origine dans des réglementations historiques qui limitaient la durée des baux à un an, les renouvellements prenant effet à date fixe. Aujourd’hui, ce phénomène touche environ 200 000 ménages chaque année, selon les estimations des associations de locataires.

Pourtant, cette tradition est aujourd’hui rattrapée par la crise du logement qui frappe la province. Avec un taux de vacance des logements tombant à 1,5 % en 2025, les locataires se retrouvent dans une position de faiblesse face aux propriétaires, qui peuvent exiger des loyers bien plus élevés, voire refuser de renouveler les baux, indique Le Monde.

Des loyers en hausse et des logements introuvables

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2024 et 2026, le prix moyen des loyers au Québec a augmenté de plus de 10 % dans les grandes villes comme Montréal et Québec. À Montréal, un deux-pièces coûte désormais en moyenne 1 500 dollars canadiens par mois, contre 1 350 en 2024. Dans certains quartiers prisés, les hausses dépassent 20 %, selon les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).

Pour les ménages souhaitant déménager, la situation est d’autant plus critique que les offres de logements sont rares. Les annonces sur les plateformes spécialisées se comptent par centaines, alors que des milliers de demandes affluent. « On reçoit des centaines de candidatures pour un seul logement, et encore, c’est si le propriétaire accepte de renouveler le bail », explique Marie-Claire Dubois, porte-parole de l’Association des locataires de Montréal, citée par Le Monde.

Des conséquences sociales et économiques lourdes

Cette crise a des répercussions bien au-delà des simples difficultés logistiques. Les ménages les plus modestes, souvent contraints de quitter leur logement faute de pouvoir payer un loyer majoré, se retrouvent dans des situations précaires. Certains sont même contraints de quitter la province pour s’installer dans des régions moins chères, comme la Gaspésie ou l’Outaouais, où les loyers restent plus accessibles.

Les associations de défense des locataires dénoncent un « cercle vicieux » : la hausse des loyers pousse les ménages à chercher des logements moins chers, ce qui fait mécaniquement augmenter les prix dans ces zones. « C’est un effet boule de neige, et la crise du logement ne fait qu’empirer la situation », souligne Dubois.

Que faire face à cette crise persistante ?

Face à l’urgence, le gouvernement québécois a annoncé, en mars 2026, un plan d’urgence pour le logement, doté de 500 millions de dollars. Ce plan prévoit notamment la construction de 10 000 logements sociaux d’ici 2028 et des aides financières pour les ménages modestes. « Nous devons agir rapidement pour éviter que la situation ne devienne ingérable », a déclaré Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et du Logement, lors d’une conférence de presse.

Pourtant, les associations de locataires estiment que ces mesures sont insuffisantes. Elles réclament notamment un encadrement strict des loyers et une politique de construction massive de logements abordables. « Les annonces du gouvernement sont un pas dans la bonne direction, mais nous avons besoin de solutions concrètes et immédiates », insiste Dubois.

Et maintenant ?

Le 1er juillet 2027 s’annonce déjà comme une nouvelle date de tension pour les Québécois. Avec une demande de logements qui continue de croître et une offre qui stagne, la situation pourrait encore s’aggraver d’ici l’année prochaine. Les prochains mois seront déterminants : les décisions prises par le gouvernement sur la construction de logements sociaux et l’encadrement des loyers pourraient soit atténuer la crise, soit l’aggraver. Les associations de locataires, elles, promettent de maintenir la pression pour obtenir des solutions durables.

En attendant, des milliers de Québécois devront une fois de plus composer avec une tradition devenue un symbole de précarité plutôt que de fête : le « jour du déménagement ».

Cette tradition remonte à l’époque où les baux étaient limités à un an et renouvelés systématiquement le 1er juillet. Cette date était donc celle des départs et des arrivées groupées. Bien que les réglementations aient changé, cette pratique est restée ancrée dans la culture québécoise.