Le site d'information indépendant Rue89 Lyon a été définitivement relaxé mardi 1er septembre 2026 par la cour d'appel de Lyon, dans le cadre d'un procès en diffamation intenté par Jean-Michel Aulas, ancien président de l'OL et ex-candidat à la mairie de Lyon, ainsi que par son fils Alexandre Aulas. Cette décision, qui confirme partiellement le jugement de première instance rendu le 20 janvier 2026, clôt un contentieux de près de trois ans lié à un article publié en octobre 2023 sur les investissements de la famille Aulas en Floride. Selon Franceinfo - Sport, la cour a estimé que les propos incriminés ne portaient pas atteinte à l'honneur ou à la considération de Jean-Michel Aulas, tout en annulant symboliquement la condamnation des plaignants à lui rembourser ses frais de justice.

Ce qu'il faut retenir

  • La cour d'appel de Lyon a confirmé la relaxe de Rue89 Lyon dans l'affaire de diffamation opposant le média à Jean-Michel Aulas et son fils Alexandre Aulas, comme l'avait déjà fait le tribunal de première instance en janvier 2026.
  • L'article incriminé, publié en octobre 2023, évoquait les investissements du groupe familial en Floride, notamment via la société Embassair, spécialisée dans l'accueil de jets privés de luxe.
  • Les juges ont estimé que les propos sur l'utilisation des jets privés par Jean-Michel Aulas ne constituaient pas une atteinte à son honneur ou à sa considération.
  • La cour a par ailleurs relevé que Rue89 Lyon avait sollicité le groupe Holnest, contrôlé par Jean-Michel Aulas, avant la publication de l'article, sans obtenir de réponse.
  • La condamnation des Aulas père et fils à verser 3 369 euros à Rue89 Lyon pour frais de justice a été annulée en appel, bien que la décision confirme le sérieux du travail journalistique réalisé.

Un article au cœur d'une enquête sur des investissements en Floride

Le litige trouve son origine dans un article publié par Rue89 Lyon le 25 octobre 2023, intitulé « La famille Aulas s'envole en jet privé vers des paradis fiscaux ». L'enquête s'intéressait à la société Embassair, basée en Floride et cofondée par Jean-Michel Aulas, spécialisée dans la gestion de jets privés de luxe. Le groupe Holnest, détenu par la famille Aulas, avait alors porté plainte pour diffamation, arguant que l'article portait atteinte à son honneur et à sa réputation.

Les plaignants dénonçaient notamment l'utilisation de termes comme « paradis fiscaux » et la mise en cause de l'éthique des investissements réalisés par Jean-Michel Aulas. Cependant, dans son arrêt rendu mardi, la cour d'appel a considéré que ces éléments ne constituaient pas une diffamation. Elle a souligné que les propos tenus par le média ne pouvaient raisonnablement être interprétés comme une attaque personnelle contre l'ancien dirigeant du club lyonnais, ni comme une atteinte à son image professionnelle.

La cour valide le sérieux du travail journalistique

Au-delà de la relaxe, la cour d'appel a salué la démarche journalistique de Rue89 Lyon. Les magistrats ont relevé que le média avait, avant la publication de son enquête, sollicité le groupe Holnest pour recueillir sa version des faits. Cette démarche, bien que sans réponse de la part du groupe familial, a été prise en compte pour apprécier la bonne foi du journaliste. Comme le souligne Franceinfo - Sport, la cour a confirmé que l'article reposait sur un travail d'investigation sérieux, sans intention malveillante.

Le directeur de la publication de Rue89 Lyon, Pierre Lemerle, s'est déclaré satisfait de cette décision. « La décision en appel confirme le sérieux de l'enquête et le travail journalistique », a-t-il déclaré. Il a cependant exprimé sa déception concernant l'annulation du remboursement des frais de justice, estimant que cette mesure « symbolique » aurait pu reconnaître la légitimité de leur démarche. Le montant de 3 369 euros, initialement accordé en première instance, avait été condamné à être versé par les Aulas père et fils au média.

Un précédent judiciaire pour les médias indépendants

Cette affaire prend une dimension particulière dans le paysage médiatique français, où les poursuites en diffamation contre la presse indépendante se multiplient. Rue89 Lyon, média local basé à Lyon, s'inscrit dans une tradition de journalisme d'investigation et d'enquête, souvent ciblé par des procédures judiciaires visant à museler les voix critiques. La relaxe en appel constitue donc une victoire pour les défenseurs de la liberté de la presse, même si la cour a choisi de ne pas sanctionner les plaignants sur le plan financier.

Pour Jean-Michel Aulas, cette décision marque la fin d'un contentieux judiciaire de près de trois ans. L'ancien président de l'OL, figure controversée du football français, avait déjà été mis en cause à plusieurs reprises pour ses prises de position politiques et ses investissements. Son implication dans des projets immobiliers aux États-Unis, notamment en Floride, avait déjà suscité des interrogations sur la transparence de ses activités.

Et maintenant ?

Si cette décision clôt définitivement le volet judiciaire de l'affaire, elle pourrait avoir des répercussions sur la stratégie juridique des médias indépendants face aux poursuites en diffamation. Les associations de défense de la liberté de la presse pourraient s'emparer de ce cas pour renforcer la protection des journalistes. Reste à voir si les Aulas envisageront un pourvoi en cassation, bien que la décision de la cour d'appel semble solide sur le fond. Pour Rue89 Lyon, cette affaire pourrait également servir de leçon sur l'importance des procédures de vérification avant publication, même si la cour a reconnu leur sérieux.

Cette affaire soulève une question de fond : dans un contexte où les médias indépendants sont de plus en plus exposés à des poursuites, comment concilier la protection de la réputation des personnalités publiques et la liberté de la presse ? La décision de la cour d'appel de Lyon, bien que favorable au média, ne tranche pas entièrement cette problématique.

Jean-Michel Aulas, via son groupe Holnest, a poursuivi Rue89 Lyon pour diffamation après la publication en octobre 2023 d'un article évoquant ses investissements en Floride, notamment via la société Embassair, spécialisée dans les jets privés de luxe. Le groupe estimait que l'article portait atteinte à son honneur et à sa réputation.