Le Rassemblement National (RN) persiste dans sa volonté d’interdire le port du voile islamique dans l’espace public, malgré les vives critiques qui fusent de toutes parts. Jean-Philippe Tanguy, député du parti, a défendu mardi 1er septembre 2026 sur France Info cette mesure controversée, présentée comme une lutte contre « une idéologie » et non une attaque envers les femmes qui le portent. « Nous n’avons jamais stigmatisé les femmes qui portent le voile » a-t-il assuré, tout en justifiant l’abandon de certains symboles « accaparés par une idéologie » selon lui.

Selon 20 Minutes - Politique, le RN envisage de soumettre cette proposition à un référendum, une démarche qui soulève des questions sur sa constitutionnalité. Marine Le Pen, candidate du parti pour la présidentielle, a confirmé lundi 31 août 2026 sa volonté de proposer « aux Français par référendum une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes », incluant notamment la pénalisation du voile dans l’espace public. Une initiative déjà qualifiée de « populiste » et « inapplicable » par Bruno Retailleau, candidat Les Républicains (LR), qui prône pour sa part une interdiction ciblée dans les compétitions sportives et les sorties scolaires.

Ce qu'il faut retenir

  • Le RN propose d’interdire le port du voile islamique dans l’espace public, présenté comme une mesure contre « une idéologie » et non contre les femmes qui le portent, selon Jean-Philippe Tanguy.
  • Marine Le Pen souhaite soumettre cette interdiction à un référendum, dans le cadre d’une « grande loi contre les idéologies islamistes ».
  • Cette proposition est critiquée pour son caractère « populiste » et son applicabilité jugée problématique par une partie de la droite, notamment Bruno Retailleau (LR).
  • Un référendum nécessiterait une révision préalable de la Constitution, que Marine Le Pen compte engager dès son arrivée au pouvoir si elle est élue.
  • Le RN est divisé sur la question, entre la fermeté affichée par Marine Le Pen et les réticences de Jordan Bardella, qui refuse l’idée d’une « police du vêtement ».

Une proposition vivement contestée pour des raisons juridiques et pratiques

La mesure portée par le RN cristallise les tensions autour de la laïcité et de la liberté religieuse. Gabriel Attal, candidat Renaissance, s’y oppose fermement, invoquant le « respect des valeurs de la République » et la « liberté de croyance ». Il avait d’ailleurs suscité la polémique en proposant, il y a quelques mois, d’interdire le voile aux mineures de moins de 15 ans, au nom de la « protection de l’enfance ». Selon lui, « le respect des valeurs de la République passe aussi par une liberté de culte, et donc le respect du choix qui est fait par certaines femmes ».

Les critiques ne viennent pas seulement de la gauche ou du centre. Même au sein de la droite, des voix s’élèvent pour dénoncer une mesure perçue comme électoraliste et difficilement applicable. Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, a balayé d’un revers de main l’initiative du RN sur RTL : « Ces populistes trahiraient leurs promesses parce qu’ils savent parfaitement que c’est inapplicable ». Il a défendu une approche plus ciblée, limitée aux espaces publics sous contrôle de l’État, comme les compétitions sportives ou les sorties scolaires.

Un RN divisé entre Marine Le Pen et Jordan Bardella

Le parti d’extrême droite semble tiraillé entre deux lignes. D’un côté, Marine Le Pen assume pleinement la proposition, la présentant comme un pilier de son programme pour 2027. « Nous n’attaquons pas un symbole religieux, mais une idéologie » a-t-elle martelé, tout en promettant une révision constitutionnelle rapide en cas de victoire. De l’autre, Jordan Bardella, président du RN, avait tempéré le débat en déclarant ne pas vouloir « mettre en place une police du vêtement », une position qui contraste avec le discours plus radical de la figure historique du parti.

Cette dissension interne a été soulignée par Bruno Retailleau, qui estime que « cela patauge dur au RN entre l’expression de Jordan Bardella et celle de Marine Le Pen ». Les observateurs y voient une stratégie délibérée pour tester les réactions de l’électorat, tout en maintenant une unité apparente. Pour autant, les tensions sont palpables, comme en témoignent les déclarations contradictoires au sein du parti.

Un référendum constitutionnellement complexe

Le recours à un référendum pour imposer l’interdiction du voile se heurte à un obstacle de taille : la Constitution française. L’article 11 limite en effet le champ des référendums, ce qui obligerait à une révision préalable de ce texte. Jean-Philippe Tanguy balaye cet argument, affirmant que « l’article 11 est extensif » et que « les Français doivent pouvoir se prononcer sur tous les sujets ». Une interprétation qui pourrait être contestée par le Conseil constitutionnel, susceptible de qualifier la démarche de « coup de force ».

Marine Le Pen, si elle est élue, compte bien engager cette révision dès son arrivée au pouvoir. Son programme prévoit d’ailleurs l’introduction dans la Constitution de dispositions sur l’immigration, la nationalité ou encore la primauté du droit national. Une initiative qui, si elle était menée par référendum, risquerait de susciter de vives polémiques juridiques et politiques. Le Conseil constitutionnel pourrait en effet y voir une tentative de contourner les garde-fous démocratiques traditionnels.

Et maintenant ?

Si le RN maintient sa proposition, les prochaines semaines devraient être marquées par des débats houleux au Parlement, où une partie de la droite et du centre s’opposera farouchement à cette mesure. Une éventuelle saisine du Conseil constitutionnel pourrait bloquer le processus, à moins que le RN ne parvienne à rallier une majorité qualifiée pour une révision constitutionnelle. Dans tous les cas, cette initiative pourrait devenir un enjeu majeur de la campagne présidentielle de 2027, avec des conséquences potentielles sur le paysage politique français. Reste à voir si l’électorat modéré, traditionnellement attaché à la laïcité ouverte, sera sensible à l’argumentaire du RN.

Pour l’heure, la polémique s’annonce durable. Entre défense des libertés individuelles et lutte contre l’islam politique, le débat dépasse largement la question du voile. Il engage des conceptions opposées de la société française et de son rapport à la religion. Autant dire que la balle est désormais dans le camp des institutions, qui devront trancher – ou laisser le dernier mot aux urnes.

Le RN cherche à se prémunir contre les accusations de stigmatisation des musulmans. En présentant le voile comme un symbole d’une « idéologie islamiste » plutôt que comme un acte religieux, le parti tente de justifier sa mesure comme une lutte contre l’islam politique, et non contre l’islam en tant que tel. Cette distinction lui permet de contourner partiellement les critiques sur une éventuelle atteinte à la liberté religieuse, tout en maintenant son positionnement sécuritaire.