La ville de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, subit les effets collatéraux du conflit opposant l’armée nationale aux rebelles du M23. Selon nos confrères d’Ouest France, les mesures prises par le régime de Kinshasa pour contrer l’avancée des insurgés pénalisent directement les étudiants locaux, piégés entre les deux camps.
Ce qu'il faut retenir
- Les étudiants de Goma subissent les restrictions imposées par Kinshasa dans le cadre de la lutte contre le M23
- Les déplacements et l’accès à l’éducation sont fortement perturbés dans la ville
- Les mesures sécuritaires prises par le gouvernement congolais visent à affaiblir les rebelles, mais touchent aussi la population civile
- La situation humanitaire à Goma se dégrade, selon des observateurs locaux
Une ville sous pression militaire et administrative
Depuis plusieurs mois, Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, est au cœur d’un bras de fer entre les forces armées congolaises (FARDC) et les combattants du M23, un groupe armé dont l’influence s’étend dans la région. D’après Ouest France, les autorités de Kinshasa ont instauré des mesures exceptionnelles pour affaiblir les rebelles, mais celles-ci se répercutent sur la vie quotidienne des habitants. Parmi les populations les plus affectées figurent les étudiants, dont les déplacements et l’accès aux établissements scolaires sont désormais entravés.
Les contrôles militaires se multiplient aux abords de la ville et sur les axes routiers menant à Bukavu ou d’autres zones voisines. « Nous ne pouvons plus circuler librement, déplore un étudiant en médecine de l’université de Goma, cité par Ouest France. Les barrages et les fouilles ralentissent tout, et parfois, nous devons renoncer à nos cours faute de pouvoir nous déplacer à temps ». Ces restrictions s’ajoutent aux difficultés économiques déjà présentes dans la région, aggravant la précarité des jeunes Congolais.
L’accès à l’éducation, un enjeu secondaire face à la priorité sécuritaire
Les autorités congolaises justifient ces mesures par la nécessité de couper les approvisionnements logistiques du M23, connu pour ses exactions et son contrôle de pans entiers du territoire. Pourtant, les conséquences sur le système éducatif sont tangibles. Les universités et écoles de Goma fonctionnent au ralenti, avec des cours annulés ou reportés en raison des restrictions de mouvement. Certains établissements ont même suspendu leurs activités pendant plusieurs jours, le temps que la situation se stabilise.
« La sécurité est notre priorité absolue, a indiqué un porte-parole du gouvernement provincial du Nord-Kivu, contacté par Ouest France. Nous ne pouvons prendre aucun risque qui permettrait au M23 de renforcer ses positions ». Si cette logique est compréhensible d’un point de vue stratégique, elle laisse peu de place aux besoins immédiats de la population, notamment des jeunes en formation. Les associations étudiantes dénoncent une approche déséquilibrée, où l’éducation passe après les impératifs militaires.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
La situation à Goma reflète une crise plus large qui touche l’ensemble de la région du Nord-Kivu. Depuis le début de l’année 2026, les combats entre les FARDC et le M23 ont provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes. Les organisations humanitaires alertent sur la dégradation des conditions de vie, avec des pénuries alimentaires et des accès limités aux soins. Les étudiants, souvent issus de familles modestes, sont particulièrement vulnérables à cette dégradation.
Selon des sources locales relayées par Ouest France, plusieurs centaines d’étudiants auraient quitté Goma depuis le début de l’année pour tenter de poursuivre leurs études dans des villes plus sûres, comme Bukavu ou Kisangani. « Beaucoup abandonnent simplement leurs études, confie un enseignant de l’université de Goma. Sans perspective, certains préfèrent travailler pour subvenir aux besoins de leur famille plutôt que de rester bloqués ici ».
Reste à savoir si le gouvernement de Kinshasa acceptera de moduler ses mesures pour concilier sécurité et besoins éducatifs. Une question qui conditionne l’avenir d’une génération entière d’étudiants congolais.