Deux semaines après la signature d’un accord préliminaire de paix entre l’Iran et les États-Unis le 17 juin 2026, la libre circulation dans le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique reliant le golfe Persique au golfe d’Oman, a été rétablie. Selon BFM Business, Téhéran a d’ores et déjà repris ses exportations pétrolières, interrompues pendant près de deux mois, et en profite pour appliquer une majoration de 20 % sur le prix de ses barils. Une stratégie commerciale qui illustre la volonté de l’Iran de tirer profit de sa position géostratégique tout en maintenant une pression sur ses partenaires internationaux.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 40 millions de barils exportés par l’Iran depuis la levée du blocus américain, selon les déclarations de Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien.
- Une hausse de 20 % du prix du baril iranien, par rapport aux niveaux d’avant-guerre, fixant le cours actuel à environ 73 dollars le baril.
- Un accord de 60 jours de négociations est en cours entre Téhéran et Washington, avec pour enjeu la gestion future du détroit d’Ormuz.
- L’Iran réaffirme sa souveraineté sur le détroit, affirmant qu’il s’agit de ses eaux territoriales et qu’aucun compromis n’est envisageable.
- Des pourparlers techniques indirects sont prévus mercredi 8 juillet à Doha, sous médiation qatarienne et pakistanaise.
- Le trafic maritime reste instable : deux attaques récentes sur des navires ont ralenti le mouvement, tandis que certains transpondeurs sont éteints.
Un blocus levé, une reprise des exportations sous conditions
L’Iran a exporté « plus de 40 millions de barils de pétrole » depuis le 17 juin, date de l’accord préliminaire avec les États-Unis, a indiqué Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et figure centrale du régime, lors d’une interview à la télévision d’État. « Pendant les 50 à 60 jours précédents, le pays avait été dans l’impossibilité totale d’exporter ne serait-ce qu’un seul baril de pétrole », a-t-il rappelé. Cette reprise s’accompagne d’une stratégie tarifaire agressive : le régime iranien vend désormais son pétrole 20 % plus cher qu’avant le conflit, profitant de la levée des sanctions américaines pour maximiser ses revenus.
Le prix du baril iranien s’échange ce 1er juillet autour de 73 dollars, un niveau en baisse de près de 40 % par rapport au pic de 118 dollars atteint en avril 2026, durant la phase la plus intense des hostilités. Malgré cette décote, Téhéran mise sur le volume pour compenser. « Autant dire que l’Iran joue gros sur cette reprise », souligne un analyste cité par BFM Business. « Chaque baril compte, et la majoration permet de compenser partiellement les pertes subies pendant le blocus. »
Le détroit d’Ormuz, pomme de discorde entre Téhéran et Washington
L’enjeu central des négociations en cours porte sur l’avenir du détroit d’Ormuz, par lequel transite près du tiers du trafic pétrolier mondial. Les États-Unis et l’Iran se sont accordés sur une période de 60 jours de discussions, dont l’issue reste incertaine. « On ignore encore comment le détroit sera administré une fois le délai écoulé », note BFM Business. L’Iran, qui revendique sa souveraineté sur ces eaux, n’exclut pas d’instaurer un péage ou de conditionner le passage des navires à des règles strictes.
Cette position a été réaffirmée sans ambiguïté par Mohammad Bagher Ghalibaf : « L’Iran ne renoncera en aucun cas à ses droits sur le détroit d’Ormuz. Il s’agit de nos eaux territoriales. » Une déclaration qui résume l’intransigeance de Téhéran sur ce dossier. Pour Washington, la priorité reste d’éviter une escalade militaire dans une région déjà fragilisée par les tensions régionales.
Des pourparlers techniques indirects sous médiation qatarienne
Les discussions entre les deux pays devraient prendre une tournure plus concrète mercredi 8 juillet à Doha, où des responsables américains et iraniens se réuniront en pourparlers techniques indirects. La médiation sera assurée par le Qatar et le Pakistan, deux pays souvent sollicités pour faciliter les échanges entre Washington et Téhéran. « Des responsables américains et iraniens vont tenir mercredi à Doha des pourparlers techniques indirects avec les médiateurs qatariens et pakistanais », a confirmé à l’Agence France Presse un diplomate au fait des discussions.
Ces échanges s’inscrivent dans un contexte où la gestion du trafic maritime reste sous haute tension. Malgré une légère reprise la semaine dernière, le mouvement des navires a de nouveau ralenti ce week-end après deux attaques ciblant des bâtiments commerciaux. Selon Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, « de nombreux navires passeraient apparemment avec leurs transpondeurs éteints », compliquant le suivi des mouvements et alimentant les suspicions de fraude ou de dissimulation.
Un trafic maritime sous surveillance et des risques persistants
Les autorités maritimes et les assureurs s’inquiètent de la multiplication des incidents dans la région. « Ça peut venir de partout, tout le monde marque », résume un expert en sécurité maritime, évoquant la difficulté à identifier les auteurs des attaques. Pourtant, malgré ces tensions, les analystes estiment que « le risque majeur d’une reprise du conflit reste limité ». Une évaluation qui s’appuie sur la volonté des deux parties de négocier, malgré leurs divergences.
Le détroit d’Ormuz reste un point de friction historique entre l’Iran et les puissances occidentales. En 2019, Téhéran avait déjà menacé de bloquer le passage en réponse aux sanctions américaines. Cette fois, l’Iran mise sur une stratégie plus subtile : reprendre le contrôle de ses exportations tout en utilisant sa position géographique comme levier de négociation. « L’objectif est clair : faire payer le passage », analyse un observateur cité par BFM Business.
Reste à savoir si l’Iran parviendra à imposer ses conditions sans franchir la ligne rouge américaine. Une chose est sûre : le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce mondial, reste plus que jamais un point de crispation géopolitique.
Selon les déclarations de Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, cette majoration vise à compenser les pertes subies pendant les deux mois de blocus américain. En augmentant le prix de ses barils, l’Iran cherche à maximiser ses revenus malgré une demande mondiale encore fragilisée par les tensions géopolitiques. Cette stratégie reflète aussi une volonté de tester la résilience des marchés face à une nouvelle donne tarifaire.
Bien que les deux parties aient entamé des négociations, les risques persistent. Deux attaques récentes sur des navires ont déjà ralenti le trafic, et l’Iran pourrait durcir ses conditions d’accès au détroit. Les analystes estiment cependant que le risque d’une reprise du conflit armé reste limité, grâce à la volonté affichée de dialogue. La prudence reste de mise, car une erreur de calcul de part et d’autre pourrait rapidement envenimer la situation.