Depuis son arrivée à la tête du gouvernement hongrois mi-mai 2026, Peter Magyar fait face à une situation économique bien plus dégradée qu’annoncé par ses prédécesseurs. Selon BFM Business, le nouveau Premier ministre accuse l’équipe sortante, dirigée par Viktor Orbán, d’avoir caché l’ampleur réelle du déficit public du pays.

D’après Peter Magyar, le déficit budgétaire hongrois devrait atteindre 8 % du PIB d’ici la fin de l’année, un chiffre bien supérieur aux 5 % officiellement communiqués par l’administration précédente. « Ils ont menti aux Hongrois », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur Facebook, soulignant l’écart entre les chiffres annoncés et la réalité constatée par son gouvernement. « Les données publiées, celles des documents officiels et ce que nous observons aujourd’hui ne correspondent en rien. »

Ce qu’il faut retenir

  • Peter Magyar, Premier ministre hongrois depuis mi-mai 2026, accuse l’exécutif Orbán d’avoir sous-estimé le déficit public du pays.
  • Le déficit réel devrait atteindre 8 % du PIB en 2026, contre 5 % annoncés par le gouvernement précédent.
  • Les collaborateurs de Viktor Orbán tablaient en interne sur un déficit de 6,8 %, selon le nouveau gouvernement.
  • La gestion de la pandémie de Covid-19 aurait alourdi les dépenses publiques ces dernières années, maintenant le déficit entre 6 % et 7 %.
  • Un accord récent sur le déblocage des fonds européens gelés a permis d’éviter une dégradation plus poussée du déficit.

Des chiffres officiels contestés dès l’arrivée au pouvoir

Dès son installation, Peter Magyar a pointé du doigt les incohérences des données économiques transmises par l’administration Orbán. Selon lui, les objectifs de déficit fixés à 5 % du PIB pour 2026 étaient irréalistes. Les membres de l’ancien gouvernement eux-mêmes estimaient que le déficit se situerait plutôt autour de 6,8 %, avant que l’exécutif ne corrige brutalement ses prévisions à 4,7 % en 2025, quelques mois avant les élections.

Cette révision à la baisse, intervenant en pleine campagne électorale, interroge sur la transparence des chiffres communiqués. Peter Magyar a rappelé que la Hongrie avait enregistré un déficit oscillant entre 6 % et 7 % depuis plusieurs années, un niveau bien supérieur aux annonces officielles. — Il s’agit d’une pratique qui a pesé sur la crédibilité des institutions hongroises, a-t-il ajouté.

Un contexte économique déjà fragilisé par la pandémie

Le Covid-19 a joué un rôle majeur dans l’aggravation des finances publiques hongroises. Les dépenses liées à la crise sanitaire, combinées à une gestion budgétaire déjà tendue, ont maintenu le déficit à un niveau élevé. L’ancien gouvernement avait tenté de donner des gages de rigueur en annonçant une chute du déficit à 4,7 % en 2025, mais ces chiffres ont été largement contestés une fois Peter Magyar installé à son poste.

Pour justifier ses critiques, le nouveau Premier ministre s’appuie sur des documents internes et des analyses réalisées par son équipe. Selon ces sources, le déficit aurait atteint 8 % sans l’intervention récente d’un accord permettant le déblocage partiel des fonds européens gelés depuis plusieurs années. Cet accord, obtenu après des mois de négociations, a évité une dégradation supplémentaire des comptes publics.

Les ambitions européennes de la Hongrie en péril

Cette situation économique complique les ambitions hongroises d’adopter l’euro à moyen terme. Pour intégrer la zone euro, un pays doit présenter un déficit public inférieur à 3 % du PIB, un objectif désormais hors de portée si les chiffres de Peter Magyar sont confirmés. Par ailleurs, la lutte contre la corruption, exigence majeure de Bruxelles, reste un défi pour le nouveau gouvernement.

Peter Magyar a d’ailleurs fait de la transparence une priorité depuis son arrivée. Il a notamment rejoint le parquet européen et lancé une série de réformes visant à renforcer les organes de contrôle. Ces mesures s’inscrivent dans une volonté affichée de rétablir la confiance des investisseurs et des partenaires européens, alors que la Hongrie accumule les retards sur les recommandations de la Commission européenne.

Un budget à venir sous haute tension

Le gouvernement de Peter Magyar prépare un nouveau budget, dont la présentation est prévue pour fin août 2026. Ce texte s’annonce crucial, car il devra arbitrer entre la nécessité de réduire le déficit et le maintien des dépenses sociales, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Des coupes budgétaires ou des reports de dépenses pourraient être envisagés pour respecter les engagements de rigueur.

Cette perspective suscite des craintes parmi la population, déjà fragilisée par une inflation persistante et une monnaie locale, le forint, historiquement volatile. Pourtant, contre toute attente, la monnaie hongroise s’est appréciée de 15 % depuis un an, une performance en partie attribuée au changement de gouvernement et à l’espoir d’une stabilisation politique.

Les marchés financiers réagissent positivement au changement de cap

Cette amélioration relative du forint, couplée à une baisse des rendements des obligations d’État hongroises — désormais proches de ceux du Royaume-Uni — témoigne d’un regain de confiance des investisseurs. Les marchés semblent saluer le départ de Viktor Orbán et l’arrivée de Peter Magyar, perçu comme un réformateur capable de restaurer la crédibilité économique du pays.

Cette dynamique pourrait offrir une bouffée d’oxygène au gouvernement, même si les défis structurels restent immenses. La Hongrie doit non seulement réduire son déficit, mais aussi accélérer les réformes structurelles pour répondre aux exigences européennes. — Pour l’instant, les signaux sont encourageants, mais les prochains mois seront décisifs, analyse un économiste cité par BFM Business.

Et maintenant ?

Le gouvernement hongrois dispose de quelques semaines pour finaliser son projet de budget 2027, attendu pour fin août. Ce texte devra concilier rigueur budgétaire et préservation des dépenses sociales, dans un contexte où les marges de manœuvre sont limitées. Par ailleurs, les négociations avec Bruxelles sur le déblocage des fonds européens devraient se poursuivre, une issue cruciale pour éviter un nouveau creusement du déficit. Les prochains indicateurs économiques, notamment ceux du troisième trimestre 2026, permettront d’évaluer si les réformes engagées portent leurs premiers fruits.

Si les annonces de Peter Magyar se confirment, la Hongrie pourrait devoir revoir à la hausse ses objectifs de réduction du déficit, ce qui retarderait encore l’adoption de l’euro. Dans l’immédiat, la priorité reste de restaurer la confiance des marchés et des institutions européennes, sous peine de voir le pays s’enfoncer dans une crise de confiance aux conséquences durables.

Plusieurs facteurs expliquent cette difficulté : les dépenses liées à la gestion de la pandémie de Covid-19, qui ont alourdi les comptes publics, une croissance économique atone, ainsi que des mesures sociales coûteuses maintenues malgré la rigueur budgétaire. De plus, la Hongrie a accumulé des retards dans ses réformes structurelles, ce qui limite sa marge de manœuvre pour réduire ses dépenses ou augmenter ses recettes.

D’après les informations disponibles, les secteurs de la santé et de l’éducation pourraient être les premiers concernés par des réductions ou des reports de dépenses. Le nouveau budget, prévu pour fin août 2026, devra arbitrer entre ces priorités sociales et la nécessité de respecter les engagements de réduction du déficit.