Quatre ans après la condamnation des exécutants, la justice maltaise s’apprête à examiner les responsabilités du commanditaire présumé dans l’assassinat de Daphne Caruana Galizia, une journaliste d’investigation dont la voiture a été piégée par une bombe le 16 octobre 2017. Selon Libération, ce procès marque une étape décisive dans une affaire qui a ébranlé les fondements de l’État de droit sur l’île méditerranéenne, tout en révélant les liens troubles entre le crime organisé, la politique et les milieux économiques.
Ce qu'il faut retenir
- Le procès s’ouvre à Malte quatre ans après la condamnation à quarante ans de prison des exécutants directs du meurtre de Daphne Caruana Galizia.
- La journaliste a été assassinée le 16 octobre 2017 dans l’explosion de sa voiture, piégée par une bombe.
- L’enquête a révélé des soupçons de complicité impliquant des figures politiques et économiques maltaises.
- Ce procès doit établir les responsabilités du ou des commanditaires présumés, un aspect clé encore non résolu.
- L’affaire a suscité une crise politique et judiciaire majeure à Malte, entraînant la démission de plusieurs responsables.
Une affaire aux ramifications multiples
Daphne Caruana Galizia, 53 ans, était une figure incontournable du journalisme d’investigation maltais. Ses enquêtes avaient mis en lumière des scandales de corruption impliquant des personnalités proches du pouvoir, notamment dans l’affaire des Panama Papers. Son assassinat avait provoqué une onde de choc internationale, poussant l’Union européenne à exiger une enquête transparente. Comme le rapporte Libération, les investigations menées par la police maltaise et des experts internationaux avaient abouti, en décembre 2022, à la condamnation de trois hommes reconnus coupables d’avoir exécuté l’attentat. Cependant, les cerveaux présumés de l’opération restent en liberté.
Parmi les suspects identifiés figurent des hommes d’affaires et des politiques, dont certains ont occupé des postes clés au sein du gouvernement. En 2020, une commission d’enquête européenne avait conclu que l’État maltais avait « failli à protéger » la journaliste, créant un climat propice à son assassinat. Les révélations de Caruana Galizia sur le blanchiment d’argent et les réseaux clientélistes avaient mis en péril des intérêts puissants, rendant plausible l’hypothèse d’une implication de hauts responsables.
Un procès sous haute tension
Ce procès, qui s’ouvre aujourd’hui à La Valette, s’annonce comme l’un des plus sensibles de l’histoire judiciaire maltaise. Les procureurs disposent d’éléments accablants, notamment des écoutes téléphoniques et des témoignages pointant vers des complices au sein des cercles du pouvoir. Selon Libération, les débats promettront des révélations explosives, avec la possibilité de nouvelles arrestations si des preuves supplémentaires émergent.
La famille de la journaliste, représentée par ses trois fils, suit de près l’évolution de la procédure. « Ce procès doit permettre de faire la lumière sur les véritables responsables, pas seulement les exécutants », a déclaré Matthew Caruana Galizia, l’un de ses fils, lors d’une conférence de presse en juin 2026. Les associations de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières, ont salué cette étape, tout en rappelant que Malte reste l’un des pays européens les plus dangereux pour les journalistes. En 2025, le pays occupait la 81e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse.
Quoi qu’il en soit, cette affaire rappelle avec force que la lutte contre l’impunité, surtout lorsqu’elle touche à des intérêts politiques et économiques, reste un combat de longue haleine. Pour les défenseurs des droits humains, ce procès est autant une question de justice qu’un test pour la démocratie maltaise.
Les investigations ont principalement visé trois hommes d’affaires, Yorgen Fenech, Darren Debono et George Degiorgio, ainsi que des personnalités politiques proches du Parti travailliste maltais. Yorgen Fenech, arrêté en 2019, est considéré comme le principal commanditaire présumé. Cependant, son procès n’a pas encore abouti à une condamnation définitive.