Le milliardaire nigérian Aliko Dangote, homme le plus riche d’Afrique, a choisi le Kenya pour implanter sa nouvelle raffinerie de pétrole, un projet pharaonique évalué à 17 milliards de dollars (14,9 milliards d’euros). Selon BFM Business, cette infrastructure, d’une capacité de 700 000 barils par jour, sera construite à Lamu, une île située au large des côtes kényanes, et devrait être opérationnelle dans 30 mois. Ce choix met fin à des mois de spéculations sur l’emplacement de ce complexe, initialement envisagé en Tanzanie avant que Dangote ne se tourne vers Nairobi.

Ce qu'il faut retenir

  • Une raffinerie d’une capacité de 700 000 barils par jour, comparable à celle du Nigeria, sera construite à Lamu (Kenya).
  • Le projet, d’un coût estimé à 17 milliards de dollars, devrait réduire la dépendance de l’Afrique aux importations de produits pétroliers raffinés.
  • La construction, prévue pour durer 30 mois, vise une mise en service en 2028.
  • Dangote, déjà propriétaire de la plus grande raffinerie africaine au Nigeria, prévoit de doubler sa capacité d’ici 2028 pour atteindre 1,4 million de barils par jour.
  • La Tanzanie avait été un temps candidate, mais le milliardaire a finalement opté pour le Kenya après des discussions avec la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan.

Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large visant à transformer le paysage énergétique africain. Actuellement, le continent exporte 75 % de sa production de brut tout en important 70 % des produits pétroliers raffinés qu’il consomme. Une dépendance coûteuse : le Nigeria, premier producteur de pétrole en Afrique, dépensait des milliards de dollars chaque année pour importer du carburant, faute d’infrastructures de raffinage suffisantes. La raffinerie de Lamu pourrait donc jouer un rôle clé dans la réduction de cette vulnérabilité.

Le choix de Lamu n’est pas anodin. Cette île kényane, située dans l’océan Indien, offre des avantages logistiques majeurs : accès direct aux routes maritimes internationales et proximité avec les pays de la Corne de l’Afrique. « Cette implantation permettra de renforcer l’autonomie énergétique de la région », a souligné Edwin Devakumar, vice-président chargé du pétrole et du gaz chez Dangote Industries Limited. Le projet s’ajoute à celui déjà en cours au Nigeria, où la raffinerie de Dangote, entrée en service en 2024 avec une capacité de 650 000 barils par jour, reste un modèle pour le secteur.

Pourtant, la Tanzanie avait été pressentie un temps. Fin juin 2026, Aliko Dangote s’y était rendu pour rencontrer la présidente Samia Suluhu Hassan. « Il lui a exposé les considérations commerciales et techniques ayant motivé la décision du groupe », précise un communiqué de la présidence tanzanienne. Le milliardaire avait même invité le pays à participer au financement du projet à Lamu, une proposition qui n’a pas abouti. « Le Kenya a su répondre aux attentes du groupe en termes d’infrastructures et de stabilité politique », explique un analyste du secteur énergétique basé à Nairobi, sous couvert d’anonymat.

Une fois opérationnelle, cette raffinerie pourrait avoir un impact bien au-delà des frontières kenyanes. Elle permettrait non seulement de répondre à la demande locale, mais aussi d’exporter des produits raffinés vers les pays voisins, comme l’Ouganda, le Rwanda ou la République démocratique du Congo. « Cela pourrait créer des milliers d’emplois et stimuler l’économie régionale », note un rapport de la Banque africaine de développement (BAD) publié en 2025. Dangote, dont la fortune est estimée à plus de 15 milliards de dollars selon Forbes, mise sur ce projet pour consolider sa position de leader dans le secteur énergétique africain.

Pour le Kenya, l’arrivée d’une telle infrastructure représente une opportunité historique. Le pays, qui dépend actuellement à 90 % de ses importations de carburants, pourrait voir sa balance commerciale s’améliorer significativement. « La raffinerie de Lamu s’inscrit dans le cadre du plan national de transformation économique », a déclaré le ministre kényan de l’Énergie, Davis Chirchir, lors d’une conférence de presse en avril 2026. Il a également souligné que le projet s’accompagnerait d’investissements dans les infrastructures portuaires et routières pour faciliter l’approvisionnement en brut.

« Cette raffinerie ne se contentera pas de transformer le pétrole : elle redéfinira les équilibres énergétiques de toute l’Afrique de l’Est. »

— Edwin Devakumar, vice-président de Dangote Industries Limited

Cependant, le projet n’est pas exempt de défis. Les coûts de construction, estimés à 17 milliards de dollars, nécessiteront des partenariats publics-privés pour être couverts en partie. « Le gouvernement kényan devrait apporter un soutien financier et réglementaire », estime un expert en énergie basé à Dar es Salam. Par ailleurs, l’impact environnemental de la raffinerie, située près d’un écosystème marin fragile, fait déjà l’objet de débats parmi les associations locales.

Malgré ces incertitudes, le calendrier reste ambitieux. Dangote Industries Limited a déjà commencé les études de faisabilité et devrait lancer les appels d’offres pour les travaux d’ici la fin de l’année 2026. Si tout se déroule comme prévu, la raffinerie de Lamu pourrait entrer en service à l’horizon 2028, doublant ainsi la capacité de raffinage d’Aliko Dangote en Afrique. « Nous sommes prêts à relever ce défi », a affirmé le milliardaire dans une interview accordée à Bloomberg en mai 2026. « L’Afrique a besoin de ces infrastructures pour briser le cycle de la dépendance. »

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour le lancement du projet. D’ici la fin de l’année 2026, Dangote Industries Limited devrait finaliser les accords avec les autorités kenyanes et les partenaires financiers. Une fois les travaux démarrés, la construction devrait s’étaler sur 30 mois, avec une mise en service prévue pour 2028. Le Kenya, de son côté, prépare déjà les infrastructures complémentaires pour accueillir cette méga-raffinerie. Reste à voir si le projet respectera son calendrier, dans un contexte où les coûts des matières premières et les tensions géopolitiques pourraient ralentir sa réalisation.

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de développement des infrastructures en Afrique, où plusieurs projets similaires sont en discussion. Si elle aboutit, la raffinerie de Lamu pourrait servir de modèle pour d’autres pays du continent, réduisant ainsi la dépendance africaine aux importations de produits pétroliers.