À quelques jours d’un scrutin régional en Saxe-Anhalt où l’extrême droite de l’AfD caracole en tête des sondages, le patron de Deutsche Bank, Christian Sewing, a tiré la sonnette d’alarme sur les risques d’un « repli nationaliste » pour l’économie allemande. Lors d’un congrès bancaire à Francfort, il a qualifié les projets prônant une sortie de l’euro ou de l’Union européenne de « poison » pour la croissance et l’attractivité du pays, selon BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Christian Sewing, PDG de Deutsche Bank, a mis en garde contre les dangers d’un « repli nationaliste » pour l’économie allemande.
  • Il a qualifié de « poison » les projets de sortie de l’euro ou de l’UE, évoquant un affaiblissement de la croissance et des investissements.
  • L’AfD, parti d’extrême droite, est donné favori dans les sondages pour les élections régionales en Saxe-Anhalt ce dimanche 7 septembre 2026.
  • Le dirigeant a souligné que les idées populistes étaient « contraires aux fondements de la réussite allemande » : ouverture, diversité et coopération internationale.
  • La coalition gouvernementale à Berlin, composée de conservateurs et de sociaux-démocrates, tente de relancer l’économie via des réformes et des investissements.

Face à une société allemande « polarisée » et à un « centre politique sous pression », Christian Sewing a averti que les résultats des élections pourraient encore fragiliser les équilibres politiques au niveau régional et fédéral. « Ce que les investisseurs n’aiment pas, c’est une coalition qui se recompose après chaque élection régionale », a-t-il prévenu. Sans nommer directement l’AfD, il a critiqué les partis populistes pour leurs propositions jugées incompatibles avec les valeurs qui ont fait la force économique du pays : « l’ouverture, la diversité, une Europe forte, des institutions fiables et la coopération internationale ».

Ces déclarations interviennent dans un contexte économique tendu pour l’Allemagne. Après quatre années de stagnation, la première économie européenne amorce en 2026 un rebond fragile. Pourtant, les menaces sur la stabilité politique pourraient, selon le PDG de Deutsche Bank, « décourager les investissements et les travailleurs qualifiés », tout en « mettant en danger la croissance ». Il a rappelé que la combinaison d’une politique d’ouverture extérieure et de réformes intérieures était essentielle pour pérenniser la prospérité du pays.

Une économie allemande en quête de stabilité et de réformes

Dans son discours, Christian Sewing a appelé à une politique économique combinant « ouverture vers l’extérieur et réformes à l’intérieur ». Pour lui, il est impératif de renforcer l’intégration européenne, de conclure davantage d’accords commerciaux et d’ouvrir davantage le marché du travail aux compétences étrangères. Il a également insisté sur la nécessité de réduire la bureaucratie et de mener des réformes favorables à l’investissement, afin de redonner confiance aux acteurs économiques nationaux et internationaux.

Ces propos interviennent alors que la coalition au pouvoir à Berlin, dirigée par le chancelier Friedrich Merz (CDU) et les sociaux-démocrates (SPD), affiche des résultats en baisse dans les sondages après quinze mois de mandat. Malgré ces difficultés politiques, le gouvernement accélère un train de réformes destiné à relancer l’économie allemande, alors que les défis structurels — tels que la dette publique, le vieillissement démographique et la transition énergétique — restent entiers.

Le patron de Deutsche Bank a également pointé du doigt les risques liés à une victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt. Une telle issue, qui marquerait une première pour ce parti dans un scrutin régional, créerait un choc politique en Allemagne et pourrait fragiliser davantage la cohésion des institutions. « Tout cela affaiblit le site Allemagne, décourage les investissements et les travailleurs qualifiés, et met en danger la croissance », a-t-il martelé lors de son intervention à Francfort.

L’AfD en tête des sondages dans un contexte de polarisation accrue

Les élections régionales en Saxe-Anhalt, prévues ce dimanche 7 septembre 2026, se déroulent dans un climat politique particulièrement tendu. Selon les derniers sondages, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) devance largement les autres partis, confirmant une tendance observée dans plusieurs Länder de l’ex-RDA. Cette dynamique reflète un mécontentement croissant envers les partis traditionnels, perçus comme incapables de répondre aux défis socio-économiques actuels.

Christian Sewing a reconnu que la société allemande était « polarisée », avec un « centre politique sous pression ». Une victoire de l’extrême droite dans ce Land pourrait non seulement influencer la politique régionale, mais aussi avoir des répercussions au niveau fédéral. Les analystes soulignent que de tels résultats pourraient compliquer la formation de majorités stables et favoriser des recompositions politiques à répétition, un scénario que les investisseurs redoutent particulièrement.

— Ces élections surviennent alors que l’Allemagne cherche à consolider sa position dans un environnement international marqué par les tensions commerciales, les crises géopolitiques et la compétition accrue avec les États-Unis et la Chine. Pour Christian Sewing, le choix entre ouverture et repli nationaliste est donc crucial : « Ouverture vers l’extérieur et réformes à l’intérieur » doit être le mot d’ordre, a-t-il insisté, pour éviter de compromettre la place de l’Allemagne comme moteur économique de l’Europe.

Et maintenant ?

Les résultats des élections en Saxe-Anhalt, attendus dimanche, pourraient redessiner le paysage politique allemand et influencer les orientations économiques du pays. Une victoire de l’AfD, même partielle, pourrait pousser le gouvernement fédéral à accélérer ses réformes ou, au contraire, à adopter une posture plus protectionniste. Les marchés financiers, déjà sensibles aux incertitudes politiques, devraient réagir rapidement aux premiers résultats. Par ailleurs, la capacité de la coalition Merz-SPD à maintenir sa cohésion et à mener à bien ses projets de relance économique restera un sujet d’attention majeur dans les semaines à venir.

Si le patron de Deutsche Bank a clairement pris position contre les thèses populistes, son intervention illustre aussi les tensions croissantes au sein même du monde économique allemand. Jusqu’ici, les grandes entreprises et les fédérations patronales évitaient généralement de s’exprimer publiquement sur les questions politiques, par crainte de s’aliéner une partie de leur clientèle ou de leurs salariés. Pourtant, face aux risques que font peser les projets de l’AfD sur la stabilité monétaire et commerciale de l’Allemagne, certains dirigeants n’hésitent plus à sortir du silence — une évolution qui pourrait s’amplifier à l’approche des prochaines échéances électorales.

Reste à voir si cette prise de parole trouvera un écho suffisant pour inverser la tendance dans les urnes ou, au contraire, si elle sera perçue comme une ingérence dans le débat démocratique. Une chose est sûre : dans une Allemagne où les équilibres politiques et économiques sont plus que jamais fragiles, les prochains mois s’annoncent décisifs.

Selon Christian Sewing, une sortie de l’euro ou de l’UE entraînerait une perte de confiance des investisseurs, une dépréciation de la monnaie, une hausse des coûts d’emprunt et une baisse de l’attractivité du pays pour les travailleurs qualifiés et les entreprises étrangères. Il souligne que ces mesures « affaiblissent l’Allemagne, découragent les investissements et mettent en danger la croissance », alors que le pays tente de sortir d’une période de stagnation économique.