Chaque semaine, l’équipe du podcast Chaleur humaine, diffusé par Le Monde, s’attache à décrypter les enjeux de la transition climatique en répondant aux interrogations des auditeurs. Ce dimanche 7 juillet 2026, la question posée porte sur un levier souvent cité pour réduire l’empreinte carbone des déplacements : le partage de voitures au quotidien. Mais ce système, plébiscité par les collectivités et certains acteurs privés, tient-il vraiment ses promesses ?
Ce qu'il faut retenir
- Le covoiturage quotidien est présenté comme un outil clé de la transition écologique, avec un potentiel de réduction des émissions de CO₂ estimé entre 15 et 25 % par trajets effectués selon une étude de l’ADEME en 2025.
- En France, près de 12 millions de trajets sont covoiturés chaque mois, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique en juin 2026.
- Les plateformes comme BlaBlaCar Daily, Klaxit ou Karos enregistrent une croissance annuelle de 20 à 30 % du nombre d’usagers actifs, malgré des disparités géographiques marquées.
- Les zones rurales et périurbaines peinent à adopter le dispositif, faute d’offre suffisante et d’infrastructures adaptées.
- Les émissions évitées grâce au covoiturage en France s’élèveraient à 1,8 million de tonnes de CO₂ par an, d’après les projections de l’ADEME pour 2026.
- Le coût moyen d’un trajet en covoiturage reste 30 % inférieur à celui d’un trajet solo en voiture, selon une enquête menée par 6t-bureau de recherche en 2025.
Un outil en progression, mais encore marginal dans les habitudes
Selon les dernières données du ministère de la Transition écologique, le covoiturage quotidien concerne aujourd’hui près de 5 % des trajets domicile-travail en France. Un chiffre en hausse depuis 2020, où il n’était que de 2,5 %, mais qui reste bien en deçà des objectifs fixés par la loi Climat et Résilience. Celle-ci prévoyait en effet de multiplier par cinq le nombre de trajets covoiturés d’ici 2030. « Les progrès sont réels, mais les efforts doivent être intensifiés pour atteindre les cibles fixées », a souligné Sophie Taboni, experte en mobilité durable à l’ADEME, lors d’un entretien accordé au Monde en juin 2026.
Les plateformes spécialisées, telles que BlaBlaCar Daily ou Klaxit, jouent un rôle central dans cette dynamique. Leurs applications permettent de matcher conducteurs et passagers en temps réel, réduisant ainsi les trajets à vide. En 2025, BlaBlaCar Daily a enregistré une augmentation de 40 % de son nombre d’utilisateurs en France, passant de 500 000 à 700 000 usagers actifs par mois. « L’essor du télétravail a aussi contribué à cette tendance, en recentrant les trajets sur des horaires et des trajets plus prévisibles », a précisé un porte-parole de l’entreprise.
Des limites structurelles, notamment en zones peu denses
Malgré ces avancées, le covoiturage reste un phénomène urbain. Les métropoles comme Paris, Lyon ou Bordeaux concentrent plus de 70 % des trajets covoiturés, tandis que les territoires ruraux et périurbains peinent à s’emparer du dispositif. « Dans les zones où l’offre de transports en commun est limitée et où la voiture individuelle reste indispensable, le covoiturage peine à s’imposer », explique Clément Moliner-Lemaire, cofondateur de Karos, une start-up spécialisée dans le covoiturage local.
Un exemple concret illustre cette disparité : dans le département de la Creuse, seulement 0,5 % des trajets domicile-travail sont covoiturés, contre 12 % en Île-de-France. Les pouvoirs publics tentent de pallier ce déséquilibre via des aides financières, comme le « forfait mobilités durables », qui peut atteindre 800 euros par an pour les salariés utilisant le covoiturage. Pourtant, son impact reste limité, faute de sensibilisation suffisante dans les territoires concernés.
Un bilan carbone positif, mais des marges de progression
D’un point de vue environnemental, le covoiturage permet d’éviter chaque année l’émission de 1,8 million de tonnes de CO₂ en France, selon les projections de l’ADEME pour 2026. Cela représente l’équivalent des émissions annuelles de 800 000 voitures. « Pour chaque trajet covoituré, les émissions de CO₂ par passager sont réduites de 50 à 70 %, par rapport à un trajet solo », précise Sophie Taboni. Ces chiffres placent le covoiturage parmi les solutions les plus efficaces pour décarboner les déplacements, aux côtés des transports en commun et du vélo.
Cependant, son potentiel global reste sous-exploité. Selon une étude publiée par l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) en mars 2026, seulement 10 % des trajets potentiellement covoiturables le sont effectivement. « Il y a un décalage entre l’offre et la demande, ainsi qu’un manque de coordination entre les acteurs publics et privés », souligne l’IDDRI. Pour combler ce retard, plusieurs régions, comme l’Occitanie ou la Nouvelle-Aquitaine, ont lancé des plateformes locales intégrant les opérateurs de transport en commun, afin de créer des écosystèmes de mobilité plus cohérents.
En attendant, les acteurs du secteur misent sur l’innovation technologique pour rendre le covoiturage encore plus attractif. L’intégration de l’intelligence artificielle pour optimiser les trajets, ou le développement de systèmes de bonus-malus pour les conducteurs, pourraient, à terme, transformer les habitudes de déplacement.
Pour les auditeurs du podcast Chaleur humaine, la question n’est donc plus de savoir si le covoiturage fonctionne, mais comment en maximiser l’impact dans un pays où la voiture reste le mode de transport dominant.
Oui, selon une enquête menée par 6t-bureau de recherche en 2025, le coût moyen d’un trajet en covoiturage est 30 % inférieur à celui d’un trajet solo en voiture, une fois le partage des frais pris en compte. En divisant les coûts de carburant, de péage et d’usure du véhicule, les économies peuvent atteindre plusieurs centaines d’euros par an pour les usagers réguliers.
Plusieurs dispositifs existent, comme le « forfait mobilités durables », qui peut aller jusqu’à 800 euros par an pour les salariés utilisant le covoiturage. Les collectivités locales proposent aussi des subventions pour la création d’aires de covoiturage, et certaines plateformes offrent des crédits ou des réductions pour les nouveaux utilisateurs.