Près de 80 % des structures sanitaires au Yémen fonctionnent à moins de la moitié de leurs capacités, selon Franceinfo - Santé. Dans ce pays ravagé par plus d’une décennie de conflit, les hôpitaux peinent à répondre aux besoins d’une population épuisée par les années de guerre, la famine et les épidémies. Les chiffres, relayés par des sources médicales locales et internationales, dressent un tableau alarmant de la situation sanitaire sur place.

Ce qu’il faut retenir

  • Moins de 20 % des hôpitaux yéménites sont pleinement opérationnels, selon les dernières estimations disponibles.
  • Les infrastructures médicales ont subi des destructions massives, avec plus de 1 500 établissements endommagés ou détruits depuis 2015.
  • Le système de santé repose désormais à 80 % sur l’aide humanitaire internationale, faute de moyens locaux.
  • Les maladies évitables, comme le choléra ou la diphtérie, connaissent une résurgence inquiétante.
  • Les salaires des personnels soignants ne sont plus versés depuis plus de deux ans dans certaines zones.

Un système de santé en lambeaux

Les hôpitaux yéménites, autrefois considérés comme des références régionales, sont aujourd’hui des coquilles vides. D’après des rapports compilés par Franceinfo - Santé, seulement 17 % des centres médicaux fonctionnent à pleine capacité. Les autres sont soit fermés pour cause de bombardements, soit sous-équipés faute de pièces détachées ou de médicaments. Les infrastructures critiques, comme les blocs opératoires ou les services de pédiatrie, sont les plus touchées. Les médecins, souvent non payés depuis des mois, doivent parfois choisir entre soigner leurs patients ou nourrir leurs familles.

Les conséquences se mesurent en vies humaines. Les épidémies de maladies évitables, comme le choléra, ont fait leur retour en 2025 après des années d’absence. En 2026, plus de 150 000 cas suspects ont été enregistrés, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un chiffre en constante augmentation. Les centres de traitement, déjà sous tension, peinent à absorber l’afflux de patients. « On travaille dans des conditions indignes, avec des moyens de fortune », a témoigné un médecin de l’hôpital Al-Thawra à Sanaa, cité par Franceinfo - Santé. « Les patients meurent parce qu’on n’a pas d’antibiotiques basiques. »

L’aide humanitaire, seule bouée de sauvetage

Sans l’intervention des ONG et des agences des Nations unies, la situation serait bien plus dramatique. Près de 80 % du budget des hôpitaux provient de l’aide internationale, principalement coordonnée par l’OMS et le Programme alimentaire mondial (PAM). Les médicaments, le matériel chirurgical et les denrées alimentaires arrivent au compte-gouttes, souvent entravés par les restrictions administratives et les conflits persistants. Les humanitaires dénoncent des retards récurrents dans les livraisons, dus aux blocages imposés par les différentes parties au conflit.

Les professionnels de santé locaux appellent à une action urgente. « Nous avons besoin de fonds pour payer les salaires et reconstruire, pas seulement pour des campagnes de vaccination ponctuelles », a expliqué un responsable de Médecins Sans Frontières (MSF) sous couvert d’anonymat. Pourtant, les appels à l’aide restent largement ignorés. Les promesses de dons faites lors de conférences internationales peinent à se concrétiser, laissant les structures sanitaires dans une précarité chronique.

Et maintenant ?

La communauté internationale a jusqu’à la fin de l’été pour concrétiser ses engagements financiers, sous peine de voir la situation sanitaire s’aggraver encore. Une réunion d’urgence est prévue à Genève le 15 juillet 2026 sous l’égide de l’ONU, où les bailleurs de fonds sont attendus pour débloquer des fonds supplémentaires. Sans ces ressources, les hôpitaux yéménites pourraient cesser leurs activités d’ici la fin de l’année, selon des projections de l’OMS.

Les négociations en cours entre les parties belligérantes, sous médiation saoudienne, pourraient également influencer l’accès aux zones les plus touchées. Pour l’instant, les couloirs humanitaires restent sporadiques et souvent contestés. La population yéménite, déjà exsangue, n’a d’autre choix que de subir une crise dont l’issue semble toujours aussi incertaine.

Le choléra, la diphtérie et les infections respiratoires aiguës sont les trois principales menaces. Plus de 150 000 cas suspects de choléra ont été enregistrés depuis le début de l’année, selon l’OMS, tandis que la diphtérie, en recrudescence depuis 2023, touche désormais toutes les régions du pays.