Un groupe de pirates informatiques, déjà à l’origine de plusieurs intrusions dans les systèmes administratifs français, frappe à nouveau avec une ampleur inédite. Selon Journal du Geek, le collectif ZeroBytes vient de s’emparer d’un fichier contenant les données personnelles de près de 48 millions de contribuables, soit presque tous les propriétaires immobiliers du pays. Cette attaque, ciblant la plateforme Zéro Logement Vacant, illustre une fois de plus la vulnérabilité des administrations face à des cybermenaces toujours plus audacieuses.

Ce qu'il faut retenir

  • Le groupe ZeroBytes revendique le vol de données personnelles de 48 millions de propriétaires immobiliers en France.
  • L’intrusion a visé la plateforme Zéro Logement Vacant, outil administratif lié au ministère de la Transition écologique.
  • Le fichier dérobé contenait 82 millions d’enregistrements, dont 67 millions de données sensibles (noms, adresses, emails, numéros de téléphone, mots de passe masqués).
  • Les pirates affirment avoir exploité une session valide sur Metabase, un outil de statistiques, sans utiliser de faille technique.
  • Les victimes potentielles sont invitées à la plus grande prudence face aux tentatives d’arnaque par email ou téléphone dans les semaines à venir.

Créée en 2020 par la Fabrique numérique de l’Écologie et rattachée au ministère de la Transition écologique, Zéro Logement Vacant est un service public méconnu. Sa mission ? Repérer les 1,35 million de logements vacants en France pour inciter leurs propriétaires à les remettre sur le marché. Pour identifier ces biens inoccupés, la plateforme s’appuyait sur les fichiers fonciers de la DGFiP (Direction générale des finances publiques) et de DataFoncier, des bases de données quasi exhaustives du patrimoine immobilier français.

C’est précisément ce fichier, contenant les identités des propriétaires et leurs coordonnées, qui a été dérobé. ZeroBytes détaille son butin dans une publication datée du 29 août 2026 : 82 millions d’enregistrements de propriétaires, dont 67 millions de données sensibles. Parmi ces informations figurent des noms, dates de naissance, adresses postales, détails sur les droits de propriété, ainsi que des adresses e-mail, numéros de téléphone et comptes d’agents publics ou de prestataires, accompagnés de leurs mots de passe masqués. En croisant ces données, les pirates disposent d’un matériau idéal pour des arnaques ciblées : faux courriers des impôts, appels frauduleux imitant des collectivités locales, ou encore phishing pour usurper l’identité de propriétaires.

La plateforme a été immédiatement déconnectée dès la détection de l’intrusion. Pourtant, le mode opératoire utilisé interroge : selon ZeroBytes, aucune faille technique n’a été exploitée. Le groupe affirme avoir simplement utilisé une session valide sur Metabase, l’outil de statistiques de la plateforme. Ce scénario rappelle celui de l’intrusion précédente dans les systèmes de la DGFiP, où l’usurpation des identifiants d’un agent avait suffi à permettre l’accès aux données.

« Le fichier dérobé permet de dresser des profils détaillés, ce qui en fait une mine d’or pour des arnaques sur mesure. Les propriétaires doivent redoubler de vigilance dans les semaines à venir. »

— ZeroBytes, dans une publication du 29 août 2026

Les risques pour les victimes potentielles sont multiples. Les pirates pourraient utiliser ces données pour envoyer des emails ou appels frauduleux, se faisant passer pour des administrations ou des organismes financiers. L’objectif ? Inciter les propriétaires à révéler des informations bancaires, à cliquer sur des liens malveillants, ou à effectuer des virements vers des comptes contrôlés par les cybercriminels. Les services de renseignement et de cybersécurité ont d’ores et déjà alerté sur la probabilité élevée d’une recrudescence des tentatives d’escroquerie dans les semaines à venir.

Et maintenant ?

Les autorités compétentes, notamment la CNIL et l’ANSSI, devraient prochainement publier des recommandations pour les personnes concernées. Une enquête a été ouverte par la Police judiciaire pour identifier les auteurs de l’intrusion et comprendre comment une session valide a pu être détournée. Par ailleurs, un audit complet des systèmes de la plateforme Zéro Logement Vacant est en cours pour renforcer sa sécurité. Les propriétaires sont invités à consulter régulièrement leurs comptes bancaires et à signaler toute activité suspecte aux autorités.

Cette attaque soulève des questions plus larges sur la protection des données administratives en France. Malgré les progrès réalisés en matière de cybersécurité, les administrations restent des cibles privilégiées pour des groupes organisés. La multiplication des intrusions – après celles visant Bercy puis le ministère de l’Éducation nationale – interroge sur la robustesse des systèmes publics face à des menaces en constante évolution. ZeroBytes, qui se présente comme un collectif engagé dans une forme de « justice numérique », rappelle une fois de plus que les données des citoyens ne sont pas à l’abri des cybercriminels.

Si vous êtes propriétaire immobilier en France, vos données sont potentiellement concernées. La plateforme Zéro Logement Vacant ayant été directement ciblée, il est conseillé de surveiller vos emails et votre boîte aux lettres pour détecter toute communication suspecte. Vous pouvez également consulter le site officiel du ministère de la Transition écologique ou de la CNIL pour des mises à jour.