Sur les réseaux sociaux, les contenus promouvant l’optimisation de la vie quotidienne en fonction des fluctuations hormonales féminines se multiplient. Ces publications, souvent présentées sous forme d’humour ou de conseils, s’appuient sur des généralisations essentialistes qui ramènent les femmes à leur appareil reproducteur. Selon Courrier International, cette tendance, portée par le bio hacking et le capitalisme technologique, perpétue des stéréotypes de genre et fragilise les acquis féministes.
Ce qu'il faut retenir
- Les contenus sur les réseaux sociaux lient de plus en plus la productivité et le bien-être des femmes à leurs cycles hormonaux, selon Courrier International.
- Cette tendance, combinée au capitalisme technologique, renforce des idées essentialistes et genrées, estime le magazine britannique Dazed.
- Les fluctuations hormonales, bien que réelles, varient considérablement d’une personne à l’autre et ne sauraient expliquer à elles seules les émotions ou comportements féminins.
- Les mouvements populistes de droite s’appuient sur ces discours pour promouvoir une vision traditionnelle des rôles genrés.
- Les applications de suivi menstruel et les conseils non sollicités commercialisent une dépendance aux outils technologiques, selon Dazed.
Une tendance qui instrumentalise le cycle menstruel
Depuis quelques années, les réseaux sociaux regorgent de contenus invitant les femmes à adapter leur alimentation, leur routine sportive ou leur organisation professionnelle en fonction des quatre phases de leur cycle menstruel. Courrier International souligne que cette approche, bien que présentée comme une forme d’émancipation, repose sur des généralisations biologiques discutables. Le magazine britannique Dazed, cité par Courrier International, rappelle que cette tendance s’inscrit dans une logique plus large de contrôle corporel, où la technologie devient un outil de normalisation des comportements féminins.
Les quatre phases du cycle menstruel – folliculaire, ovulatoire, lutéale et menstruelle – sont souvent décrites comme des périodes aux caractéristiques bien définies. Pourtant, Dazed rappelle que ces variations hormonales, bien que scientifiquement documentées, diffèrent grandement d’une personne à l’autre. « Mettre les émotions et les comportements des femmes sur le compte de leurs hormones et ne pas y voir une réaction légitime à leurs situations relève de l’essentialisme », affirme le magazine.
Un capitalisme technologique qui cible les femmes
Le bio hacking, ou optimisation de soi par des outils technologiques, ne se limite plus à des ajustements du sommeil ou à des retouches esthétiques. Il s’étend désormais à la gestion des cycles hormonaux, avec des applications mobiles et des conseils en ligne qui promettent de synchroniser la vie quotidienne sur les fluctuations biologiques. Courrier International note que cette tendance, en apparence anodine, s’accompagne d’un discours culpabilisant : les femmes seraient responsables de leur productivité en fonction de leur état hormonal.
Pour Dazed, cette approche relève d’une manipulation psychologique. « La perception de notre corps est faussée par ce que l’ordinateur nous dit, ce qui pousse à dépendre d’un outil ou d’une technologie commercialisée auprès des femmes comme étant la meilleure ‘solution’ dernier cri », explique le magazine. Les créateurs de contenus, souvent autoproclamés experts, surfent sur des concepts comme la « clarté post-ovulatoire » pour vendre des produits ou promouvoir des idées rétrogrades.
Des stéréotypes genrés qui persistent
Cette tendance à réduire les femmes à leurs hormones s’inscrit dans une logique plus large de contrôle social. Dazed souligne que ces discours sont récupérés par les mouvements populistes de droite, qui s’appuient sur des logiques binaires pour promouvoir une structure familiale traditionnelle. « Tout cela est au service de la plupart des mouvements populistes de droite, qui mobilisent des assignations de rôles strictement genrés pour justifier une vision archaïque de la société », déclare le magazine britannique.
En ramenant constamment les femmes à leur appareil reproducteur, ces contenus renforcent l’idée que leur valeur dépend de leur conformité à des normes biologiques. Courrier International rappelle que cette vision essentialiste a des conséquences concrètes : elle réduit les femmes à des êtres « régis par leurs corps et leurs émotions », et légitime des raisonnements misogynes. « Croire que les facultés intellectuelles et physiques des femmes changent considérablement au cours du mois revient à nier leur libre arbitre », précise Dazed.
Une solution pour certaines, une oppression pour la majorité
Il est indéniable que les applications de suivi menstruel ou les conseils en ligne peuvent aider certaines femmes, notamment celles souffrant de troubles endocriniens comme le syndrome prémenstruel ou le trouble dysphorique prémenstruel. Cependant, Courrier International met en garde contre une généralisation abusive de ces outils, qui risquent de transformer une solution ponctuelle en une norme contraignante.
Pour les femmes qui ne souffrent pas de ces troubles, ces contenus peuvent au contraire renforcer un sentiment de culpabilité. Elles sont invitées à adapter leur vie à un cycle dont les variations sont souvent imprévisibles, sous peine d’être perçues comme moins productives ou moins rationnelles. Dazed rappelle que cette vision est non seulement réductrice, mais aussi dangereuse : elle « détricote des décennies de travail féministe » en niant l’autonomie des femmes.
En attendant, les femmes restent prises entre deux feux : d’un côté, l’accès à des outils technologiques censés les aider à mieux comprendre leur corps ; de l’autre, la pression d’une société qui attend d’elles qu’elles s’adaptent en permanence à des normes biologiques souvent imposées de l’extérieur. Comme le souligne Courrier International, « la question n’est plus de savoir si ces contenus sont utiles, mais s’ils ne deviennent pas une nouvelle forme de contrôle ».
Selon Dazed, ces contenus risquent de renforcer des stéréotypes genrés en ramenant les femmes à leur appareil reproducteur. Ils peuvent aussi créer une dépendance aux outils technologiques, transformant une solution ponctuelle en une norme contraignante. Enfin, ils légitiment des discours populistes qui promeuvent une vision traditionnelle des rôles féminins.
Oui, certaines applications mobiles de suivi menstruel sont reconnues pour leur sérieux, comme Clue ou Flo. Cependant, Dazed met en garde contre les applications qui généralisent les conseils en fonction des phases du cycle, sans tenir compte des variations individuelles. Il est conseillé de croiser les informations avec un professionnel de santé.