Un chantier archéologique mené depuis 2022 sous l’ancien hôpital Porte-Madeleine, à Orléans, a révélé une nécropole gallo-romaine jusqu’alors insoupçonnée. Selon Futura Sciences, les fouilles ont permis de mettre au jour une soixantaine de sépultures, ainsi que des artefacts inattendus : des tablettes de malédiction, ou « tablettes de défixion », datées de l’époque gallo-romaine, entre la seconde moitié du Ier siècle avant J.-C. et le Ier siècle de notre ère. Ces objets, gravés dans un dialecte gaulois aujourd’hui éteint, témoignent des pratiques magico-religieuses de l’Antiquité.

Ce qu’il faut retenir

  • Des fouilles archéologiques sous l’ancien hôpital Porte-Madeleine à Orléans ont révélé une nécropole gallo-romaine avec une soixantaine de sépultures.
  • Parmi les artefacts découverts figurent des tablettes de malédiction, ou « tablettes de défixion », gravées dans un dialecte gaulois aujourd’hui disparu.
  • Ces tablettes, destinées à lancer des malédictions, sont parmi les plus anciennes découvertes en Gaule romaine.
  • Les sépultures, majoritairement masculines, suggèrent une population potentiellement liée à des activités militaires.
  • Les tablettes, dégradées, ont nécessité des techniques d’imagerie avancées pour être partiellement déchiffrées.

Une nécropole insoupçonnée sous un hôpital du XXe siècle

L’histoire de cette découverte commence en 2022, lorsque des fouilles préventives sont lancées sous l’ancien hôpital Porte-Madeleine, un établissement construit au XXe siècle. Les archéologues de l’Institut national de Recherches archéologiques préventives (Inrap) ne s’attendaient pas à tomber sur une nécropole aussi étendue. Depuis le début des travaux, plus de soixante tombes ont été exhumées, certaines rudimentaires, d’autres plus élaborées, comme celle repérée à l’été 2024, où un fragment de cercueil peint a été identifié. Ces sépultures, datant de la période gallo-romaine, couvrent une période allant de la fin de la République romaine à l’époque impériale.

Les défunts, principalement des hommes, ont été enterrés sans objets de luxe, si ce n’est quelques artefacts personnels. Les analyses anthropologiques indiquent qu’il s’agissait vraisemblablement d’individus en capacité de combattre, bien que le communiqué de la ville d’Orléans n’évoque pas explicitement un lien avec une fonction militaire. L’étendue de la nécropole suggère en revanche un peuplement dense dans ce secteur dès l’Antiquité.

Des tablettes de malédiction, des artefacts rares et énigmatiques

C’est parmi ces sépultures que les archéologues ont découvert des tablettes de plomb gravées, destinées à jeter des malédictions. Ces « tablettes de défixion », bien que relativement répandues dans le monde antique européen, restent des objets rares et intrigants. Les plus anciennes connues remontent au VIe siècle avant J.-C., mais celles d’Orléans, enterrées dans la nécropole, datent de l’époque gallo-romaine. Leur contenu reste partiellement mystérieux, car le dialecte gaulois utilisé s’est éteint à l’écrit sous la domination romaine, bien qu’il ait persisté oralement pendant quelques siècles.

Les tablettes, fortement dégradées par le temps, ont nécessité des techniques d’imagerie avancées pour être étudiées. Les experts ont eu recours à la photogrammétrie Reflectance Transformation Imaging (RTI), une méthode permettant de révéler des détails invisibles à l’œil nu. Une tomographie a également été utilisée pour obtenir des images sans déplier les tablettes, déjà fragilisées par leur long séjour dans le sol. Malgré ces efforts, leur traduction intégrale reste un défi : les chercheurs ont choisi de garder le secret sur leur contenu précis, en attendant une publication exhaustive dans une revue spécialisée dans les mois à venir.

« Les tablettes de défixion étaient un outil redouté dans l’Antiquité. Elles servaient à maudire un ennemi, un rival, ou même un groupe de personnes, dans l’espoir de nuire à leur vie ou à leur réputation. »
— Communiqué du service archéologique de la ville d’Orléans, janvier 2025

Un dialecte gaulois en voie de disparition

Ces tablettes offrent un éclairage précieux sur la langue gauloise, un idiome celtique aujourd’hui disparu. À l’époque gallo-romaine, le gaulois était progressivement supplanté par le latin, tant dans l’administration que dans la vie quotidienne. Pourtant, il a persisté sous forme orale dans certaines régions, notamment en Gaule centrale et en Aquitaine. Les inscriptions comme celles découvertes à Orléans constituent donc des témoignages exceptionnels de cette langue, dont seuls quelques mots ou noms propres nous sont parvenu grâce à des textes antiques ou des inscriptions lapidaires.

Les spécialistes soulignent que ces tablettes ne sont pas seulement des curiosités archéologiques. Elles reflètent une pratique religieuse et sociale bien documentée dans le monde antique : la magie défensive ou offensive. En Gaule, comme dans d’autres provinces de l’Empire romain, les tablettes de plomb étaient souvent enterrées dans des lieux symboliques, comme des nécropoles, pour renforcer leur pouvoir maléfique. Leur présence à Orléans confirme l’importance de la région comme carrefour culturel et religieux à l’époque gallo-romaine.

Des fouilles bientôt terminées, mais des questions persistantes

Les fouilles sous l’ancien hôpital Porte-Madeleine devraient s’achever dans les prochaines semaines, après près de quatre ans de travaux. Les archéologues ont déjà modélisé en 3D une grande partie des sépultures, ce qui a permis de mieux comprendre leur organisation et leur chronologie. Ces données seront intégrées à une étude plus large sur l’occupation antique du site, qui pourrait apporter de nouvelles réponses sur la vie quotidienne des habitants d’Orléans il y a deux millénaires. Pourtant, certaines questions restent sans réponse. Pourquoi une telle concentration de tombes à cet endroit précis ? Les défunts étaient-ils des soldats, des artisans, ou des membres d’une élite locale ? Et surtout, que disaient exactement ces tablettes de malédiction ? Les chercheurs espèrent que les analyses complémentaires, couplées à la publication scientifique attendue, permettront de lever une partie du voile sur ce mystère.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour l’étude de ces artefacts. Une publication détaillée dans une revue spécialisée est prévue d’ici la fin de l’année 2026, ce qui pourrait révéler le contenu exact des tablettes et enrichir notre connaissance des pratiques magico-religieuses en Gaule romaine. Par ailleurs, les données recueillies lors de ces fouilles alimenteront les recherches sur l’évolution des langues celtiques et leur interaction avec le latin dans l’Empire romain. Enfin, cette découverte rappelle l’importance des chantiers archéologiques préventifs, qui, même dans des zones urbaines modernes, peuvent révéler des trésors du passé.

En élargissant le regard, cette trouvaille s’inscrit dans une série de découvertes récentes en archéologie gallo-romaine, comme celle des bijoux en or en Bulgarie ou des mystérieuses tablettes médiévales en Allemagne. Ces artefacts, à l’image des tablettes d’Orléans, montrent que la magie, les langues et les croyances du passé continuent de fasciner, tout en offrant des clés pour comprendre les sociétés anciennes.